D. Levât, pp. 365, 358. — Voir ici, p. 250, pi. XI, i
tunnel qui débouche en un point de la contrée environnante plus bas que le pied des travaux.
Dans tous les cas l'exploitation hydraulique demande une grande quantité d*eau. Presque jamais, la crique dans la vallée de laquelle se trouve le front d*abatage n*en fournit assez. Il faut donc barrer son cours à Tamont de la mine, créer un réservoir, y amener d'autres ruisseaux et parfois on ne trouve remplacement favorable qu'à plusieurs kilomètres de distance. Autant que possible, la saignée se fait plus haut que le point d'attaque de manière que le liquide y descende par son poids et que la pression donne au jet une force suffisante; du bassin à la mine, l'eau est amenée par des fossés pratiqués sur le flanc des montagnes; quand il faut traverser un terrain perméable, longer une muraille de rochers, franchir une vallée, on emploie des conduites {(lûmes) de bois brut portées par des jambages de bois ou de fonte. Leur longueur dépasse 20 kilomètres en plusieurs endroits.
Aux exploitations hydrauliques l'État laisse prendre de grands lots pour la même durée que les permis de dragage et avec des conditions et redevances analogues. De plus le concessionnaire peut être autorisé à creuser des tunnels et canaux hors de son lot moyennant le paiement d'un droit à l'Etat et d'une indemnité fixée par le repré^ sentant de l'État aux voisins dont il traverse le claim. Le tout est accordé sous condition de travail continu, à moins que l'exploitation ne soit arrêtée par un cas de force majeure ou par la nature; de ces cas, les représentants de l'État sont juges.
Deux saisons, dans ces régions, suspendent l'exploitation hydraulique, l'hiver par la gelée, l'été par la sécheresse; on commence habituellement en mai, pour se voir arrêté en août. L'automne et l'hiver ne sont pourtant pas des mortes saisons complètes ; alors on se borne à réduire le nombre des ouvriers; on emploie une partie des hommes à couper du bois, puis, quand la neige est venue et que la gelée l'a durcie, on en profite pour transporter en les traînant les machines importées de la cdte et du sud, les bois de la scierie, les minerais exportés.
L'hiver même n'arrête pas tout le travail des mines. L'extraction par galeries {drifting), dédaignée quand on a de l'eau, revient en faveur aux froids parce qu'elle reste la seule possible. Les compagnies ne l'entreprennent pas d'habitude ; elles la concèdent pour l'hiver à des sous-traitants (laymen) qui opèrent à leur compte moyennant une redevance, et qui, le printemps venu, redeviennent ouvriers. Ainsi se conserve pendant quelques mois un semblant d'exploitation indi-
viduelle qui réduit le manque à gagner des compagnies et qui leur assure des ouvriers permanents dans un pays presque déserta
Détournant ]es rivières, barrant les eaux, coupant le bois, vidant les vallées et comblant de leurs déblais les régions basses, on peut juger à quel point les compagnies hydrauliques bouleversent la géologie superficielle des zones où elles opèrent. En Californie, leur pays d*origlne, elles ne sont plus à Taise depuis le peuplement ; les cultivateurs et les éleveurs intallés dans les vallées et les plaines ont protesté contre l'avalanche de boues et de cailloux parce que les sluices troublaient les eaux et ravagaient les cultures; pour leur donner satisfaction, une loi a été votée qui ordonne aux compagnies minières d arrêter leurs déblais avant qu'ils atteignent la zone habitée, ce qui impose des frais énormes de barrage, pompe, dragage et canalisation. Dans le centre et le nord de la Colombie où les vallées ne sont pas habitées, rien de pareil : ces régions sont vraiment la terre d'élection de la méthode hydraulique. Tout au plus les Compagnies ont-elles quelques difficultés, vite aplanies, avec le service d'inspection des pêches fluviales qui se préoccupe de conserver, à l'amont des fleuves, des bassins et biefs de frai pour les saumons.
Pénétrer dans la solitude avant qu'on y rencontre des compétiteurs, épuiser l'or des alluvions, abandonner le pays et se porter ensuite vers de nouveaux déserts dans les régions du centre et du nord, telle est la marche que suivent les exploiteurs de placers. Leur industrie temporaire et pérégrinante occupe peu de personnes relativement à rétendue de son terrain ; derrière sa ligne de prospecteurs et de mineurs individuels, la population ne se groupe guère que sous forme de camps miniers. Ces camps s'animent plus que tous les autres pendant les bonnes périodes parce que nulle industrie ne donne de pareils gains et parce que les chercheurs aux mains pleines d'or, revenant d'une solitude où ils ont vécu dans les privations, sont plus dépensiers que les autres mineurs. Par contre, il n'en est pas qui se défassent plus vite, car les placers n'ont qu'un temps. On ne sait plus où étaient certains centres de la première fièvre de l'or vers les années 1860; tout récemment on a exhumé dans le coude de la Columbia un reste de billard et une paire de menottes, seuls monuments qui, par un hasard symbolique, marquaient la place d'un camp disparu.
La production de l'or alluvial se traduit par une ligne brisée très irrégulière suivant les hauts et les bas des placers.