‹ La Colombie britannique;Chapitre 266 sur 298 · Agricultare in B, C, 1904, p · texte numérisé non relu

Agricultare in B, C, 1904, p

qui continuent par-dessus la frontière les zones côlière et minière des États-Unis apparaissent relativement peuplés ; en dehors de cette bande discontinue, habitants et centres d'activité s'égrènent, séparés par de grands espaces de nature encore vierge. Si Ton cherche les relations économiques qui permettent de classer tous ces Ilots en archipels, on distingue deux grands courants; Tun, vers les États- Unis de rOuest, suit les voies naturelles; l'autre, vers l'Est canadien et vers l'Extrême-Orient, a été créé par les lignes transcontinentales dont la Province et la Fédération s'apprêtent à augmenter le nombre en faisant achever le Crows Nest et construire le Grand Tronc Pacifique.

Prolongement physique de l'Ouest américain, la Colombie est, par l'action du gouvernement, rattachée de plus en plus au Canada et par le Canada au reste du monde. Ce double caractère, influences communes à tout l'Ouest soit américain, soit canadien, intervention humaine anglo-canadienne se retrouve partout en Colombie.

Comme dans les États-Unis de l'Ouest, la population, accrue par des immigrants fort mélangés, se porte surtout dans les villes et vers les mines ; de même les Indiens sont parqués et tellement « surnombres » par les blancs que la question indigène se réduit presque à rien ; de même le problème des Jaunes se pose et se résout par des mesures préparant l'exclusion ; de même la société blanche se divise en deux classes, capitaliste et ouvrière.

En haut les capitalistes et leurs représentants possèdent et administrent toutes les entreprises depuis les pêcheries jusqu'aux chemins de fer : ils s'associent en puissantes, compagnies, et la concentration financière paraît en progrès dans tous les champs de production, sauf la culture, mais cette exception s'explique par les hauts salaires qui obligent le propriétaire à vendre ou à faire valoir lui-même dans une industrie où la machine joue un rôle relativement faible. Au contraire, pour toutes les autres, les dépenses de main-d'œuvre ne peuvent être compensées que grâce à l'augmentation du rendement obtenu par l'emploi d'un matériel perfectionné, mais cher, exigeant un entretien coûteux, des renouvellements fréquents, nécessités auxquelles seuls d'énormes capitaux peuvent suffire. Les grandes entreprises de pêcheries, les scieries et le transport des bois, les houillères, les grandes usines de fusion se partagent déjà entre quelques trusts, les chemins de fer actuels appartiennent presque tous à la Compagnie C. P. R. On peut dire que le développement du pays se fait surtout par des spéculateurs; c'est à eux plus qu'au budget provincial qu'on doit les endiguements, les drainages, les irrigations

qui, malgré la tendance plus haut indiquée vers la culture moyenne et petite, mettent souvent le propriétaire rural sous la dépendance des gros manieurs d*argent. Plusieurs des groupes financiers opérant en Colombie sont internationaux et ont des affaires similaires au dehors, principalement dans les États-Unis. Bien que rien ne permette de discerner exactement la part des capitaux américains dans la mise en valeur de la Colombie, les indices saisissables la font conjecturer très forte, surtout en ce qui concerne mines et fours de fusion.

Les ouvriers qui forment Vautre partie de la population touchent des salaires d* Amérique, sont organisés en syndicats à Taméricaine, souvent par des Américains de TOuest (chapitre xix).

A tous les échelons chacun vit largement, sans compter, dépensant plus qu*on ne fait chez nous, surtout en frais de logement. Depuis les résidences qui peuplent les faubourgs élégants des villes jusqu'aux petites maisons de bois élevées près des mines, on trouve le confort moderne, salles de bain, éclairage électrique, téléphone et ce n'est pas un faible sujet d'étonnement pour un Européen de rencontrer tout cela dans un pays qui possède des voies ferrées mais qui n*a pas de route et où les franges de la forêt primitive bordent encore rhorizon des régions peuplées. Avec de telles habitudes, les besoins d'argent sont grands et malgré l'élévation constante des salaires, l'ouvrier, habitué à mener ime existence aisée et saine, ne se montre jamais satisfait.

Les préoccupations intellectuelles et morales de cette population présentent un caractère exclusivement pratique. Comme aux États- Unis chaque groupe d'habitations a son école primaire gratuite; comme dans tous les pays anglo-américains, les colons restent fidèles aux traditions religieuses et partout s'élèvent les églises des diverses confessions. Des journaux s'impriment jusque dans les plus petits camps miniers : ils font une place énorme aux annonces, aux mercuriales, aux cours des métaux et des valeurs, à ce qui intéresse une population qui, à tous les degrés, vit d'affaires et de travail.

Parmi les distractions, les sports et la vie en plein air tiennent le premier rang : c'est presque toujours de jeux, d'ascensions, de canotage, de camping^ de chasse, de pêche qu'on parle quand la conversation quitte les chiffres, les prix, les actions, les obligations.

Il n'est rien là qui ne soit commun à tous les pays neufs, tout au moins dans le monde qui parle anglais, et qui permette à l'immigrant ou au voyageur de faire une différence possible entre les États américains au sud, la Colombie au nord du 49® parallèle.

Même les constitutions et la politique s*y ressemblent assez. Comme les états démocratiques de TOuest américain, la Colombie autonome a une seule assemblée représentative élue au suffrage universel. Elle ne choisit point à leur exemple son chef du pouvoir exécutif , mais le lieutenant-gouverneur qui tient ce rdle est désigné par le ministère fédéral canadien et toujours parmi des Canadiens. Le gouverneur général, seul fonctionnaire nommé par le roi, laisse la réalité du pouvoir au premier ministre fédéral qui, responsable devant les Chambres, n'a pas un pouvoir presque discrétionnaire comme le président des États-Unis. Si tout se fait au nom du roi dans la Puissance, on n*y trouve vraiment de la monarchie que les formes extérieures : ce n*est point assez pour que les étrangers nouveaux venus établissent une comparaison au bénéfice des États-Unis et ne s*associent point aux sentiments de fidélité nationale que manifestent les anciens colons. Aucune raison pour un mouvement séparatiste dans un pays qui possède toutes les libertés politiques. Si Ton y a parlé quelquefois de quitter la Fédération, c*était un marchandage pour obtenir d'elle quelques avantages.

Dès son adhésion à F Union la Colombie se fait payer son entrée par la promesse d'une voie ferrée transcontinentale; depuis, les relations entre gouvernement provincial et ministère d'Ottawa consistent surtout en discussions d'intérêt. Par exemple, la Colombie se plaint de payer par tête d'habitant trois fois plus que les autres provinces. On l'a vue réclamer une partie des droits prélevés par les services fédéraux sur les pêches, les Chinois; elle veut une protection douanière pour ses bois fabriqués, pour ses fruits, mais elle proteste contre une élévation des tarifs sur les fers blancs, réclamée par les métallurgistes d'Ontario, qui augmenterait le prix de la matière à boites de conserves. Elle profite avec reconnaissance des primes fédérales à la production du plomb et cherche à tirer parti des primes à la production du fer et de l'acier. Elle réclame la construction de Grand Tronc Pacifique, l'augmentation des voies ferrées, un pont sur le détroit entre la côte ferme et Vancouver. En un mot, la politique y est dominée par les intérêts économiques.

Avant tout colombiens, les habitants se rendent compte que la Fédération avec ses services d'études et de recherches, ses douanes, ses crédits d'encouragement, surtout son désir de créer des débouchés sur le Pacifique en côte canadienne rend à la Colombie les services les plus considérables.

Dans l'intérieur même de la Province, les députés se font les porte-paroles des deux grandes classes sociales, des capitalistes quand

ils discutent les coûcessions et les travaux publics, des salariés quand ils votent les lois de protection ouvrière. Les ministères vivent ou meurent sur des questions agricoles, industrielles, commerciales ou financières. Dans ces années dernières, le budget était en déficit et le gouvernement s*est tiré d'afîaire par une mesure démocratique, en augmentant Timpôt foncier progressif. Il annonce aujourd'hui que les recettes balancent les dépenses, que son crédit est rétabli à Londres et qu il va pouvoir emprunter pour faire les travaux publics les plus indispensables'. Voilà ce qui passionne le public de ces pays neufs. Le souci des richesses domine toutes les préoccupations car la nature est encore trop forte pour que Thomme songe à autre chose qu'à lutter contre elle, car l'éducation anglaise et l'éducation américaine concordent toutes deux à donner aux hommes comme principal but « make money », faire argent des valeurs enfermées dans le sol, la forêt et les eaux.

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