LE NORD
toujours plus à Test le lac Atlin ; on le traverse et sur sa rive orientale on trouve le camp minier d'Atlin, chef-lieu du district.
Les services sont irréguliers; en octobre 1904 l'inspecteur des mines a dû louer un canot et pagayer pour se rendre d' Atlin à Tagish ; encore s'est-il vu contraint d'attendre qu'un vent violent fut tombé et de ramer toute la nuit pour profiter de l'accalmie. L'hiver, les lacs sont pris par la gelée.
Au Windy Arm du lac Tagish, les gisements de minerai complexe et de quartz sont exploités entre 900 et 1200 mètres sur le flanc des montagnes qui vont jusqu'à 2000. Un trolley de 5 kilomètres descend les bennes; en bas, les logements et la pension, installés par la Compagnie pour ses ouvriers, annoncent la future ville; les salaires journaliers s'élèvent à 7 fr. 50 pour 8 heures dans la mine, durée légale, pour 10 heures à la surface.
Le principal centre de la région est Atlin, le grand fournisseur d'or alluvial en Colombie. La découverte des placers à l'est du lac Atlin est une conséquence du mouvement qui se fit au moment du Klondike. Elle date de 1898; en 1904, l'un de ses auteurs mourut à Atlin et le gouvernement se fit représenter à ses obsèques.
Atlin est aujourd'hui un centre officiel avec 300 maisons, deux églises, un hôpital, une école, trois scieries, auxiliaires indispensables des usines, une brasserie, des hôtels, des banques ou bureaux d'achat. Les convois de chiens de trait employés pendantl'hiver lui donnent, comme aux autres camps miniers de la région, un air boréal qui relève la banalité de ce genre de ville.
10 000 personnes s'étaient jetées dans le district après les premières découvertes en 1900; il en restait 3 000 en 1903. Le prospecteur individuel y trouve encore sa vie : la bâtée primitive s'y voit en usage, mais dans les districts de plus en plus éloignés.
Le riche gisement de Pine Creek, le premier découvert et encore aujourd'hui le plus riche de Colombie, et les dépôts de toutes les autres criques à l'est du lac Atlin ont passé à des compagnies hydrauliques. En 1903 les droits payés par les mineurs individuels faisaient 72 p. 100 des recettes; un an plus tard ils tombaient à 45 p. 100*.
Une douzaine de compagnies, dont plusieurs américaines et une française, la Société minière de la Colombie britannique se partagent les lots de criques. Les plus grandes emploient 120 hommes {Pine Creek) et 200 hommes {Spruce Creek).
Le bassin de la crique du Pin, qui renferme les principaux gise-
1. An. Bep, Mines, B, C. for 1900, p. 778-770; /or 190^, pp. 20, 56, 80; /or 1905, p. 68 (Description de Pine Creek et gisements yoisins.) — Notes bibliogr. de la p. 79.
ments, est enveloppé au nord par une nappe considérable de granit qui occupe tout le nord-est du lac; dans le voisinage, les roches magnésiennes tendres sont traversées par une quantité de petits filons de quartz coupés par deux sortes de jets éruptifs, les uns porphyroïdes, riches en or, très décomposés et se lavant au jet des monitors hydrauliques, les autres semblables à du basalte, qui résistent et demeurent après Texploitation, comme des témoins.
Chose étrange et tout à fait exceptionnelle en Colombie, la roche en place qu'on trouve après avoir lavé Falluvion renferme elle aussi de Tor.
Dans les rivières, on a essayé de draguer, mais il n'y a pas d'eau et trop de boue; on a recommencé en élevant le niveau par une digue afin de faire Qotter la drague.
Enfin, une société américaine de Skagway s'est attaquée aux filons de quartz ; elle a installé une batterie d'amalgamation et envoyé des produits i Ladysmith pour essai. Ces procédés coûtent très cher : D'autre part, la saison est trop courte. En 1904, vers la fin de septembre, un coup de froid a gelé à fond sluices et monitors de Fine Creek. En 1905, l'été s'est montré extraordinairement sec et l'eau a manqué.
La main-d'œuvre est rare, car les ouvriers diminuent i mesure qu'il n'y a plus de place pour les chercheurs isolés. On a cru trouver un moyen de les garder et de ne pas perdre l'hiver; la compagnie concède à des individus le droit de travailler en souterrain pendant l'hiver dans l'alluvion {drifting). Malgré tout, l'eflfectif tend à diminuer ainsi qu'on peut le voir par les chiffres suivants.
AnaéM. Hommes aux pUcers. Aa drifting.
Malgré la richesse des placers^ la société française et toutes celles qui n'avaient pas assez de capitaux n'ont pas réussi.
L'exploitation d'argile magnésienne et son transport en sacs à San-Francisco pour la fabrication des briques réfractaires ne parait pas propre à donner un revenu important et durable : bien qu'on paye l'argile 40 francs la tonne elle ne donne pas les mêmes profits que le métal précieux ^
Jusqu'à l'extrême nord de la Province, nous retrouvons Yauri sacra famés qui lance les prospecteurs dans les régions les plus reculées, et nous assistons à la concentration capitaliste de l'industrie.
1. An. Rep, Mines B. C. for i90U, pp. 60, 63, 65, 75, 82, 85; /or i906, p. 68.
L^impression générale que donne la Colombie est celle d'une prospérité continue et croissante qui se manifeste par Taugmentartion rapide du commerce. En 1906, la Province importait pour 78592855 francs et exportait pour 114087 890, ce qui représente pour la totalité des échanges 192680785 francs, 50 millions de plus qu*en 1901, près de 1 000 francs par tète d'habitant, deux fois plus qu*en Angleterre, trois fois plus qu'en France ^
L'importance relative de ce trafic s'explique parce que la Colombie exploite à fond pour la vente les richesses les plus faciles i mettre en circulation, pèche, bois, mines, parce qu'elle travaille à peine ses terres et doit acheter une grande partie de sa subsistance en même temps que l'outillage nécessaire à son développement. C'est un commerce de pays neuf ou les diverses productions n'ont pas encore atteint leur équilibre.
Une transformation si rapide que d'une année à l'autre on voit éclore des villes minières toutes neuves, on trouve la culture fruitière installée dans les régions comme le Kootenay Ouest qu'on déclarait naguère exclusivement propre à fournir le minerai*, une sorte de fièvre qui donne la vie tantôt ià, tantôt là, de sorte que l'histoire économique de la société ressemble à une pétarade de pièces d'artifice éclatant l'une après l'autre, tel est le raccourci de l'actuelle mise en valeur. Aussi est-il difficile d'en donner une esquisse générale qui ne devienne rapidement inexacte et démodée.
Ce qui frappe dans la Colombie c'est qu'elle forme comme une colonie de colonie. Seuls les deux fragments de la région méridionale