D'après la Sketch Map... (Bibliogr., n° XXII
3. Les dates établies ou traditionnelles, l'origine des noms sont empruntées à A.-O. Wheeler, The Selkirk Range, t. I, pp. 128, 144.
ouverture dans la paroi des Rocheuses. A Golden (787 m.), elle quitte enfin la Grande Vallée pour s'engager dans le canyon inférieur de la rivière du Cheval qui rue {Kicking Horse River), affluent de la ColumbiaS goi^e aux parois verticales « couleur de bronze », au couronnement découpé en pics. Pour y faire passer le rail on a dû tailler une corniche et percer des tunnels dans les saillants des rochers.
Au bout de 19 kilomètres, la voie se trouve 213 mètres plus haut que la Columbia, à Tarrét qui porte le nom de l'explorateur Palliser ; son tracé se modèle alors sur les coudes anguleux que décrit la rivière pour se glisser entre les échelons des Rocheuses. Tantôt massifs et sans brèches comme la Queue de Loutre {Otter Tait) au sud, tantôt crénelés et ravinés comme le mont Hunter et la chaîne couleur d'ocre de Van Home au nord, les arêtes secondaires présentent des saillants successifs qui se masquent Tun l'autre et semblent barrer la vallée. Entre ces bastions, les rentrants sont des ravins par où les eaux ruissellent vers la rivière du Cheval qui rue. Sur le versant sud, en deux endroits de la base des Otter Tail, l'érosion a découpé des hoodoos, nom indien de nos c demoiselles », c'est-à-dire de longs piliers instables de graviers et de limon protégés de la pluie par une dalle ou un large galet de pierre en chapeau et restés debout, alors que l'eau lavait et chassait à la rivière le reste des dépôts meubles. Sur les sommets apparaissent les traînées des premières neiges persistantes.
Après avoir gravi, depuis Moberly, 767 mètres en 41 kilomètres, la voie débouche à 1 239 mètres dans la haute platière de Field, fond d'un ancien lac qui se vida par le canyon inférieur. Un instant apaisé, le torrent s'y divise en bras au milieu des traînées de cailloux roulés et des marécages (gravure p. 70, pi. II, 1). De toutes parts le voyageur est entouré de montagnes. La plus haute, qui a reçu le nom de Stephen, premier directeur du Canadien Pacifique, culmine à 3175 mètres; c'est une lai^e masse arrondie à l'épaule de laquelle pend obliquement vers l'ouest un glacier long de 300 mètres, brusquement arrêté par une tranche de 30 mètres en épaisseur; ici commencent les grands champs de neige.
A côté du mont Stephen et plus à l'est contrastent avec son dôme les clochers découpés du pic Cathédrale ; en face, le mont Field commande le versant nord; caché derrière lui, à 11 kilomètres de la rivière du Cheval qui rue, un cirque grandiose de pics rubannés de
1. C. p. B, Annotatêd Time Table, Bastbound Edition^ pp. 25, 32; Westhoand Editiony pp. 44, 50.
glaciers verts, entoure le lac d'Émeraude où se mirent cèdres et sapins, réservoir dont les eaux s'écoulent vers la platière de Field. Tout près, par une gorge de 80 mètres à pic que traverse une arche naturelle de roches, descend le torrent de la vallée Yoho, une merveille des Rocheuses, découverte pendant la construction de la ligne; le fond en est marécageux ; les sapins couvrent les pentes ; à l'étage supérieur des pics de 3 600 à 3 900 mètres dressent leurs cimes nues, laissant fuir par leurs déchirures les eaux des glaciers qui tombent en cataractes au milieu des arbres. La chute de Takkakkaw mesure 365 mètres de hauteur; deux autres l'égalent presque.
Au sortir de Field, remontant toujours la rivière du Cheval qui rue, la ligne s'élève dans une gorge où elle se cramponne au rocher, dominant de ISO à 180 mètres le torrent « qui semble un fil d'argent au fond du ravin ». C'est le canyon supérieur de la Kicking Horse River (gravure p. 70, pi. II, 2).
Ensuite la voie atteint une nouvelle platière que remplit le lac Wapta ou Kicking Horse. A 1 582 mètres d'altitude, ce bassin reçoit les eaux bouillonnantes du ruisseau des Cataractes issu de lacs et de glaciers, et courant du sud au nord perpendiculairement à la ligne. Le chemin de fer côtoie le lac, franchit le ruisseau des Cataractes, dernière branche permanente de la rivière du Cheval qui rue; puis il continue à monter pendant 6 kilomètres dans un de ces longs couloirs graveleux, dénudés, semés de lacs qui caractérisent les hautes passes des Rocheuses; elle y longe le petit lac Sink, puis le lac Sommet, tous deux isolés en temps normal, mais qui, aux crues, s'écoulent dans l'une ou l'autre direction ; là elle se trouve à 43 mètres plus haut que le lac Wapta sur une selle froide, venteuse et déserte où un poteau avec l'inscription Great Divide rappelle seul la présence de l'homme *. C'est la limite entre versant du Pacifique et versant de la baie de Hudson, entre Colombie et Alberta, entre l'heure officielle des montagnes et celle de la Prairie, différentes de 60 minutes.
Sur le versant oriental, la ligne descend rapidement par le ravin d'un affluent dans le couloir largement taillé où coule la Bow River qui na!t de glaciers situés plus au nord; elle atteint la Bow à Laggan, 1 554 mètres, après avoir descendu 171 mètres sur 6 kilomètres 4/2. Suivant constamment la brèche de cette rivière, elle sort des Rocheuses à 113 kilomètres de Laggan par un défilé entre 1290 et 1 128 mètres d'altitude.
Au nord de la passe du Cheval qui rue, les cimes les plus élevées
i. D'après la Sketch Map skowing the Viciniiy of Lake Louise ^ Moraine Lake et Vermillon Pass (Bibliogr., n» XXII).