SAPINS DE DOUGLAS
Dans le fragment de forit côtière aménagé en parc public pour la ville de Vancouver.
toiia, la capitale, on déterra des conduites de Douglas qui ne s'étaient pas gâtées après vingt-neuf années de service '.
On a coupé beaucoup trop de ces arbres si utiles et, comme leur croissance se fait lentement, il est à craindre qu'ils ne disparaissent des régions accessibles, mais il en reste ailleurs des réserves. Craignant an effet Thumidité excessive, le Douglas se cantonne sur les pentes et ne descend guère jusqu'aux flots, à partir de l'Entrée de Seymour, vers le 51® parallèle, où manque au continent l'abri de la grande tle.
Après le sapin de Douglas, les plus beaux arbres de la forêt côtière sont le cèdre blanc de l'Ouest ou thuya géant {Thuya gigantea ou plicata) et la pruche ou hemlock de Mertens {Tsuga Merlensiana). Moins résistantes à la sécheresse que le sapin de Douglas, ces deux espèces ne se rencontrent pas sur le plateau aride et n^existent en dehors de la cdte que dans les monts Selkirk; mais sur les bords de l'Océan, le thuya géant va en Colombie jusqu'au Canal de Portland, un degré plus au nord que le Douglas', et ne disparaît qu'au delà, dans le territoire d'Alaska.
Le cèdre de l'Ouest ou thuya géant est moins élevé, mais presque aussi gros que le sapin de Douglas; il arrive à 50 mètres de haut et dépasse 3 mètres de diamètre. Son bois servait à fabriquer les canots indiens de la côte ; les colons en tirent de belles pièces de bois qu'on envoie dans l'Est pour les travaux d'ébénisterie ; ils le débitent en bardeaux pour couvrir les maisons de bois si nombreuses en Colombie.
La pruche est un conifère mince, élancé, élevant sur une longue tige le panache de feuilles découpées qui lui vaut son nom anglais de hemlock ou ciguë ; sa hauteur atteint 45 mètres dans les Selkirk et dépasse 60 à la côte '.
Fûts de Douglas et colonnettes de pruche, mélangés, donnent à la forêt occidentale, de l'Oregon à la Colombie, un aspect qui frappe au premier coup d'œil et qui ne sort plus de la mémoire.
Dans l'État de Washington, les forêts comprennent 46 p. 100 de sapins de Douglas, 21 p. 160 de pruches, 12 p. 100 de cèdres blancs \
Mais, si l'on prend la région toute maritime du Mont Olympe, — la plus arrosée du Washington, — on y voit la pruche, qui s'accommode de l'humidité, occuper 42 p. 100 de la forêt et prendre
1. 7** Rep. of ihe Dep. of Agriculture B. C, 1902, pp. 215-16.
2. Geol, Sun), of Ca. An. Hep,, i979-80, carte h. t. (DâwsoR). — Ailas of Ca, 1906, carte 9.
3. Macouh, I, p. 47. — Oeol. Surv. of Ca, An. Rep,, 1887-88, B, p. 210 (Dawson).
4. U. S. Qeol. Surv. Profes$. Pop., n* 5. Gafinbtt. The,». Forests of Washington (carte et tableau).
le premier rang : reste au sapin de Douglas 24 p. 100, au cèdre 10 p. 100, enfin 6 p. 100 au picea du Stikine, que les Anglais appellent Menzies spruce {Picea Stichensis) : le dernier est un arbre trop mince pour fournir des bois de charpente; il se couvre d'aiguilles courtes, dures et pointues, si bien qu'on ne peut saisir ses branches sans s'y piquer. Au sud il croît principalement dans la bande humide et venteuse du littoral ; plus on s'avance vers les régions froides, puis il devient abondant.
Dans la partie colonisée de la côte colombienne, ces conifères continuent à pousser de compagnie, étalant les franges de leurs aiguilles vert sombre depuis le rivage jusqu'à 1 200 mètres : à mihauleur, le pin blanc de l'Ouest {Pinus monticola) se mélange à eux.
Au-dessus de 1 200 mètres, la pruche persiste, mais le sapin de Douglas cède la place au cyprès jaune ou de Nootka {Cupressus ou Chamœcyparis Nulkaensis)^ qui sur la montagne de Yale, à la sortie méridionale des canyons fraseriens, s'élève jusqu'à 1 675 mètres *. Cet arbre fournit un excellent bois, mais on l'exploite malaisément parce qu'il croit à une altitude trop élevée pour qu'on puisse transporter les troncs abattus.
Plus haut encore, les pentes sont couronnées par la pruche des montagnes {Tsuga Pattoniana) et le sapin blanc {Abies amabilis)^ reconnaissable à âes élégants cônes verts. En Californie, la pruche des montagnes ne croît guère au-dessous de 3 000 mètres, en Colombie on commence à la rencontrer dès 825 mètres *.
Dans les îles et sur la côte ferme, les terrains les plus boisés ne sont pas les meilleurs, contrairement à ce qui se passe dans l'est : ils sont en effet couverts de sapins et autres arbres à aiguilles persistantes qui donnent fort peu d'humus. On considère comme les meilleures places à défricher les creux à aulnes {Aider bottoms) quand ils ne sont pas trop marécageux. IJAlnus rubra ou glutinosa y croît en taillis sur les fonds de dépôts glaciaires où l'argile abonde plus que les cailloux. Aux aulnes s'y mêlent quelques bois blancs, le peuplier liard ou l'arbre à coton {Populus trichocarpa ou balsamifera), le bouleau à canots {Betula papyrifera), plus rare que les précédents et dont l'écorce est moins utilisée par les Indiens que dans la Prairie, vu l'abondance d'excellent bois pour la construction des barques. Bien que détruits en grand nombre par les colons qui s'installent dans les vallées, ces bois tendres de croissance rapide semblent gagner du terrain ; dans la partie non cultivée des fonds ils s'emparent très
!, Macoln, dans Handbook of Ca,, p. 295. — Yearbook of B, C, 1903, p. 238. 2. Macoun, I, p. 472.
vite du terrain que la hache et le feu du blanc enlèvent au sapin et que la culture ne vient point protéger contre le retour de la forêt nouvelle.
Sur les crêtes rocheuses qui séparent les fonds à aulnes, peupliers et bouleaux, se dressent des conifères de tout genre; si on les détruit sans les remplacer du tout, la place ainsi perdue est généralement occupée par deux variétés d'érables {Acei^ macropkyllum et Acer glabrum). L'érable à larges feuilles donne un bois frisé qu'on exploite pour Fébénisterie, principalement dans l'île Vancouver. A ces deux arbres il faut ajouter une variété demi-rampante, l'érable vigne {Acer circinatum), maigre et tordu comme un sarment; on ne le voit guère que sur les rochers des côtes *.
C'est par exception et simplement dans l'étroite zone de falaises balayées par le vent et les embruns de mer que l'on doit parler de plantes rabougries : partout ailleurs, l'air humide de la côte favorise au contraire le développement de végétaux qui ne prospéraient pas dans l'intérieur avec la même plénitude. On l'a déjà vu pour le sapin de Douglas et les grands conifères. Tel est aussi le cas de l'érable à larges feuilles et surtout de l'érable glabre, arbres sur la mer intérieure de Géorgie, réduits au rang de buisson dans la zone centrale élevée et aride. Dans la même région maritime, des buissons toujours verts deviennent des arbres dont la taille étonne le botaniste; ainsi le genévrier de Virginie ' {Juniperus occidentalis), surnommé cèdre rouge à cause de ses proportions, un arbousier {Arbutus Menziesii) ou madrona, un cornouiller {Cornus Nuttalii), quelques autres encore qui rappellent à l'ouest du PaciGque les lauriers et arbres analogues caractéristiques de la flore japonaise sur le rivage oriental. Comme l'érable- vigne, ces plantes s'établissent sur les pointes rocheuses qui s'avancent dans la mer et en couvrent la nudité d'un manteau qui ne change guère plus avec les saisons que celui des conifères. Interposés entre la haute futaie et les récifs ou falaises, les feuilles toujours vertes de l'arbousier semblables à celles du laurier, son écorce intérieure rouge entrevue à travers les déchirures de l'épiderme, les larges involucres blanches des fleurs des cornouillers mettent une ceinture de riches nuances entre le vert des vagues, le gris des rochers et la frange sombre et dentelée des grands sapins qui ferment l'horizon intérieur.
Sous ces voiles de feuilles, l'eau qui tombe du ciel en abondance s'évapore à peine ; lacs, marécages, tourbières et fondriè es sont