CHAPITRE IX
Occupation des Côtes (1778-1794).
C*est par FOcéaD que les Européens commeDcent à connaître la Colombie. Les premiers explorateurs de la côte furent des marins espagnols que les vice-rois du Mexique envoyaient à la découverte le long du littoral paciQque. Comme les relations de leurs voyages étaient généralement tenues secrètes, longtemps on ne connut leurs découvertes que par des bruits vagues, où il était difficile de démêler la vérité. Nous ne savons pas encore exactement quels ont été les premiers navigateurs des eaux colombiennes.
Faut-il tenir pour exacte la croisière d'un Juan de Fuca que le gouvernement espagnol aurait envoyé au nord vers 1592 et qui aurait découvert le passage entre la pointe sud de l'île Vancouver et le continent? A tort ou à raison, son nom fut donné à ce détroit par le capitaine anglais Meares dans les dernières années du xvni'' siècle. Faut-il faire remonter à Juan de Fuca l'hypothèse d'un imaginaire golfe ou défilé d'Anian qui figure sur une carte de 1598 et qui est supposé se prolonger vers l'Océan glacial, ouvrant un passage du Pacifique à l'Atlantique? On ne sait*.
Bancroft n'a trouvé aucune preuve des voyages indiqués comme accomplis parles Espagnols entre 1596 et 1609. A son estimation,
1. H. H. Baiicroft, t XXVII, pp. 32 et saiv. — Justin Winsor, Narrative and CritUal HUtory of America, t. II, pp. 462-470.
le premier qui ne laisse aucun doute, est lexpédition de Bartolomeo de Fonte, envoyé du Gallao en 1640 pour arrêter des navires anglais armés à Boston, qu*on croyait destinés à la côte pacifique, mais qui ny parurent pas*.
Plus d'un siècle s*écoula avant qu'on vît des Européens chercher à s*établir sur la côte et les Iles et en disputer la possession aux Espagnols. Au xvni* siècle seulement apparaissent les Russes, qui arrivent de Sibérie. Entre 1725 et 1741, Behring, envoyé par le gouvernement de Saint-Pétersbourg, explore la mer et le détroit qui porte son nom, reconnaît les iles Aléoutiennes et une partie de la côte d'Alaska; suivant ses traces, les marchands russes commencent à venir dans ces parages acheter les fourrures des phoques et des renards pour les revendre en Europe et en Chine *.
A ces nouvelles le gouvernement espagnol s'inquiète et il organise deux expéditions en 1734 et 1776. Le chef de la première, Perez, reconnaît sommairement une partie des rivages appartenant aux îles columbiennes, le chef de la seconde, Heceta, prend formellement possession au nom du roi d'Espagne de toute la côte jusqu'au 49* parallèle, qui sert aujourd'hui de frontière continentale entre États- Unis et Colombie •.
Au nord du 49* parallèle, les Espagnols vont rencontrer de nouveaux concurrents. En 1778, l'anglais James Cook^ pendant le troisième de ses grands voyages, reconnaît le cap Flattery, pointe extrême du Washington actuel, ne voit pas l'entrée de Fuca, prend la côte de l'île qu'on appelle aujourd'hui Vancouver pour la suite de celle du continent, la suit et fait un séjour dans un de ses fiords où des navires espagnols avaient déjà mouillé en 1774*. Il l'appelle rade de Nootka, d'un nom indien qui s'est conservé depuis; enfin il explore la côte nord-ouest et met le cap sur d'autres régions.
Peu de temps après, une flottille du roi d'Espagne, sous le commandement d'Arteaga et de Bodega y Cuadra, paraît dans les lieux qu'a visités Cook; elle s'avance jusqu'au 58" parallèle et ses chefs prennent possession de la côte au nom du roi leur maître.
En 1786, le Français La Pérouse cherchant à continuer les découvertes de Cook dans le Pacifique, longe les côtes de Colombie entre le 40* et le 60* parallèles, mais n'ose s'aventurer dans les découpures
i. H. H. Bancropt, t. XXVII, p. 116.
2. D'après les deux premiers chap. de Bancroft, t. XXIII {History of Alaska).