CHAPITRE VIII
Change et situation monétaire. —- Dette nationale. — Budget.
sion à monopole. — Banque hypothécaire.
Impôts. — Banque d’émis-
Les difficultés économiques dans lesquelles la Colombie se débat depuis de nombreuses années, proviennent du change.
Les causes qui rompent l'équilibre des valeurs monétaires entre une nation et d’autres nations et créent un change à son détriment peuvent être nombreuses, mais elles se ramèneront presque toujours aux types suivants :
Baisse de la valeur du métal argent.
Rareté des traites sur l'étranger.
Émission exagérée de papier-monnaie et
Discrédit qui en est fatalement la conséquence.
Quand le papier-monnaie est émis, soit par une
banque d’État, obéissant aux ordres du gouvernement,
soit par l'État lui-même, il n’a d'autre valeur que la confiance des nationaux dans leur gouvernement; ce n'est plus une véritable monnaie comme le billet de banque, monnaie dont il existe une contre-partie, soit en métal précieux, soit en créance à date fixe généralement garantie par plusieurs signatures de pre-
mier ordre, et toujours remboursable en or, mais un simple titre contre l’État, dont ni l'échéance, ni la conversion en espèces ne sont garanties. On comprend que dans ces conditions, la confiance seule dans la bonne administration du gouvernement, dans sa moralité et sa solvabilité, donne une valeur d'échange au
papier-monnaie. Quand un État n'a émis de billets
que très modérément par rapport à la richesse que
représentent son domaine privé et ses ressources bud-
gétaires, ce papier, en raison de la grande confiance
qui règne aussi bien dans le pays émetteur qu'à l’étranger, ne subit aucune dépréciation. Mais si un État, pour
régler ses dépenses, auxquelles les impôts ne suffi-
sent plus, émet du papier-monnaie en quantité excessive, la défaveur s’attache immédiatement à ce papier,
qui n’est plus accepté pour la valeur en or qu'il représente, mais seulement pour celle qu’on lui attribue, en
raison des risques que l’on pense courir en l'accep-
tant. C’est là ce qui est arrivé en Colombie.
Voici brièvement quelle a été l’évolution du change
dans cette République depuis cinquante ans :
Jusqu’en 1863, on peut dire que la monnaie d’or a circulé abondamment. Mais les importations étant bien supérieures aux exportations, l’émigration de l’or commença. Quand le nombre des lettres de change sur l'étranger est insuffisant, il faut bien que le métal jaune s’en aille. La monnaie d'argent commença également à sortir de Colombie vers 1875. Mais les difficultés économiques de la République commencèrent réellement avec la création de la Banque nationale. Fondée en 1880 par la loi 39, elle eut, dès le début, un caractère absolument officiel, car les actions émises dans le public ne furent jamais souscrites. De 1881 à 1884, tout alla bien: les billets émis par cette banque d’État furent échangés contre de l'argent à vue et au pair ; on pouvait donc les considérer comme équivalents aux pièces d'argent. Mais pendant la guerre civile de 1884, il y eut une véritable panique. Tout le monde courant à la Banque nationale pour échanger ses billets, le gouvernement prit la mesure radicale de suspendre les paiements en espèces 1. Un autre désastre suivit cette décision : ce fut la loi du 20 décembre 1886 (loi 87), qui déclarait les billets de la Banque nationale non convertibles et de cours forcé, et décidait qu'ils constitueraient la seule monnaie légale en Colombie et que toute convention ne pourrait être conclue en une autre monnaie. C'était la voie
ouverte aux émissions exagérées, la tentation pour le