‹ La Colombie ÉconomiqueChapitre 139 sur 174 · Décret no 1104 de · texte numérisé non relu

Décret no 1104 de

CHANGE ET SITUATION MONÉTAIRE ë 347 gouvernement de chercher ses ressources non dans l'impôt ou l'emprunt, chose qui n’est pas toujours facile, mais dans le moyen si simple d’un tirage d'imprimerie |! Quand nos bons rois de France, souvent eux aussi à court de ressources, fr appaient monnaie à cœur joe, ils donnaient au moins du métal; imitant la Révolution française, là où elle n’était pas à copier, le gouvernement colombien n’a donné que du papier. Comme l’a dit très justement un ancien ministre d’État de Colombie, M. Quijano Wallis', « si l’on ne se persuade pas que la pierre lithographique n’est pas une pierre philosophale, et que les billets inconvertibles et de cours forcé ne sont pas une monnaie mais des titres de dette publique représentatifs d’un emprunt chronique, forcé et progressif; si on n’essaye pas de fermer pour toujours les caisses d'émission; si on n’adopte pas un plan fiscal pour l'amortissement graduel du papier et le rétablissement de la circulation métallique, en créant de nouveaux impôts portant sur la richesse, .… la République arrivera par une pente rapide à la ruine complète et la misère frappera à la porte de tous les foyers... »

Elle n’y est pas arrivée heureusement. M. Wallis écrivait en 1894 et des mesures énergiques ont été prises depuis pour enrayer le mal; mais revenons en 1886.

Quelque temps après la promulgation de la loi 87

1. Quijano Wallis, Estudios, discursos y escrilos varios. Paris 1908. Roger et Chernoviz. (Articles publiés dans E7 Heraldo en 1894.)

qui instituait le cours forcé, les besoins augmentant sans cesse, une loi fut votée (loi 124) qui portait à 12 millions de piastres le maximum des billets que pouvait émettre la Banque nationale. Tant que ces 12 millions de piastres circulèrent, il n’y eut pas grand mal ; le change variait peu chaque jour : un, deux ou trois points, selon le mouvement d’achat on de vente des lettres de change sur l'extérieur, mais il était fatal que, la porte étant ouverte aux émissions, le gouvernement ne s’en tiendrait pas là, et que chaque besoin d'argent nouveau serait suivi d’une visite à la pierre hthographique. C'est effectivement ce qui eut lieu : chaque badget présentant un déficit, le ministère, pour y parer, fit émettre de nouveaux billets.

Quand arriva la terrible révolution de 1899 qui duræ trois ans, le gouvernement, pour faire face aux dépenses de la guerre civile, dut émettre du papiermonnaie d'une façon ininterrompue. Le papier manquant, on alla jusqu’à tirer les billets sur des fewlles. de cahiers d'école! Inutile de dire que le change suivait la progression des tirages. En 1874, il était de 2,55 (soit2 1/2) pour 100; en 1884, de 26,66 pour 100; en 1894, de 165,33 ; en 1897, de 148,50; en 1898, de 180 ; en 1900, de 962,16; en 1901, de 2.640 et en 1902 de 9.616 Au plus fort de la guerre, le change attint le chiffre fantastique de 18.900 pour 100 en octobre 19022!

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