ACTE CINQUIÈME
qui déconcerte. Le gouvernement croyait avoir encore quelques jours devant lui, mais il est débordé d'heure en heure. Napoléon est arrivé à Fontainebleau. En une marche, il sera devant Paris... Demain, qui sait ? ce soir peut-être... Le roi va partir- A la faveur de ce trouble général, toutes les autorités se relâchent, tous les zèles tiédissent. .. Il a fallu des fanatiques comme les juges qu'on vous a choisis pour obtenir une condamnation. Mais autour de vous, vous n'avez que des amis. Il faut en profiter.
Pourquoi faire?
HENRI
Pour prendre le large. Mes camarades vous verront passer dans la cour de l'Ecole, sans vouloir vous reconnaître... Les sentinelles tourneront la tête pour ne pas vous voir... Ce sont tous de vieux soldats... Je suis chef du poste... On s'est arrangé pour que ce soit moi qui vous garde... Comprenezvous ? Voilà la clef ie cette porte, qui donne dans la salle du rapport. Je vous mets mon manteau sur les épaules, mon bonnet de police sur la tête et nous sortons ensemble de l'École militaire.., A la grille, vous êtes un homme sauvé.
Et toi tu es un officier perdu.
HENRI
Ne nous occupons pas de moi... Ne pensons qu'à vous... D'Escongis l'a dit, et avec intention, nous avons deux heures. Le régiment va partir... On nous envoie aux avancées d'Ivry... On n'est pas sûr de nos troupes... Le commandant de place .a fait demander, ce matin, à notre colonel si, le cas
échéant, il se chargerait de votre exécution, et le marquis de Montlauzier a répondu: je ne crois pas que mes cavaliers obéissent, si on leur commande de tirer sur le colonel Roquehrune... Est-ce clair?... En ce moment, nous sommes maîtres de la situation.. Mais, tout à l'heure, nous allons être relevés par la Légion Colonel général. Et alors, il sera trop tard.
Et c'est toi qui me gardes. C'est-à-dire que, si je me sauve, c'est toi qui serasresponsable.de mon évasion et que, dans la rage de ne plus me tenir, on pourra te fusiller à ma place.
HENRI
Ne me marchandez pas le droit de me dévouer. Avez-vous fait tant de façons quand vous m'avez emporté, le §oir de Leipsick...
Ah! mon ami, quelle différence! Je ne risquais que la mort, tu joues ton honneur! N'espère pas que j'accepte de te laisser salir ton uniforme, en manquant aux ordres qui te sont donnés. Tu me disais, tout à l'heure, que tes camarades en te confiant ma surveillance avaient voulu te laisser lafacilité de me faire fuir... Tu ne les as pas compris. Ils ont pensé au contraire, que puisqu'il fallait que je fusse gardé, je ne le serais jamais mieux que par moi-même, et que te confier, à toi, la clef de ma prison, c'était d'avance être sûr que je ne laisserais pas même ouvrir la porte. Ils ont prévu que Roquehrune, qui a tant exécuté de consignes, qui en a tant donné, saurait te contraindre au respect de la tienne, et qu'ayant à choisir entre le salut