‹ La colonel RoquebruneChapitre 114 sur 130 · ACTE CINOUIÈME · texte numérisé non relu

ACTE CINOUIÈME

trahison, ne songeait, malgré tont, ifu'à vous défendre et à vous venger , si aveuglée que vous soyez, hésiteriez-vous encore? L'un fut votre amant chéri, l'autre était votre ami sincère... Vous pleurez le coupable, vous maudissez l'innocent. Quand, au moment de mourir, et prêt à pardonner, il vous tend la main, vous le repoussez avec des paroles de haine! Est-ce juste, Émilienne, est-ce juste? Dites-le, à présent que vous eu pouvez juger!

ÉMILIENNE, après un silence, lentement, se découvrant le visage.

Non! Ce n'est pas juste, c'est cruel et c'est coupable. Ah! cent fois plus que vous ne pouvez le supposer...

Qu'y a-t-il donc de plus?

ÉMILIENNE

Il y a qu'affolée pur le désespoir et la colère, j'ai voulu me venger de vous et que tout ce qui vous est arrivé de mal : les dangers que vous avez courus, la mort qui vous menace, c'est moi qui en suis cause, qui l'ai préparé, ordonné.

Vous? Et comment?

Ce comte de Moigneville,que vous avez vu, et qui est si redoutable par ses influences secrètes, a été l'agent de ma rancune. C'est moi qui r.ai Igincé contre vous, et votre arrestation, votre jugenient, tout cela combiné par lui, l'a été par ma volonté...

15G LE COLd.NEI. RdOIEBRlNE

ROQUEBRUNE, avec plus de pitié que de colère. Malheureuse!... Mais quelle action avez-vous sur cet homme? Qui le met ainsi en votre dépendance? ÉMILIENNE, avec dégoût.

Il m'aime!

Il vous aime! Et il me tue! Que lui avez-vous donc promis, pour qu'il se fasse votre exécuteur?...

ÉMILIENNE

Ma main... ma vie! Dans la rage qui me transportait, j'aurais tout donné... J'étais folle!

Ainsi, pour venger l'un, vous vous promettiez à l'autre, et tout cela contre moi!

ÉMILIENNE

Je ne savais pas ce que je faisais !

Si, vous le saviez. Vous vouliez me réduire à la plus dure extrémité du malheur! Eh bien! vous avez réussi! Après m' avoir forcé à maudire la vie, tant vous me la rendiez affreuse, vous avez voulu m'empècher de trouver dans la mort un repos et une délivrance. Vous êtes venue troubler mes derniers instants, insulter à mon agonie... Et moi, tout à l'heure, calme et résigné, à présent je suis révolté et furieux! Voilà votre œuvre! Triomphezen! Elle en vaut la peine!

Il va tomber, accablé, sur le lit de camp, la tête dans ses mains.

ÉMILIENNE

Mais le mal que j'ai fait, peut-être est-il encore temps de le réparer.

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