SCENE XIII
Les Mêmes, MOIGNEVILLE, puis L.i MARQUISE. ÉMILIENNE, THÉRÈSE, HENRI.
MOIGXEYILLE.
La voiture est-elle prête?
GRINGOIRE, allant à la fenêtre.
Tout attelée à la porte, le cocher sur son siège.
MOIGNEVILLE.
Marquise, vous partirez quand il vous plaira.
LA MARQUISE
Adieu donc, Henri. J'espère que vous me tiendrez au courant de ce que vous ferez?
N'en doutez pas, ma chère tante... Dans tous les cas, je vous enverrai La Ghabraque. Un homme résolu ne sera pas inutile dans la maison. Et, s'il y a du trouble à Paris, vous ne serez pas fâchée de l'avoir.
ÉMILIENNE
Que pouvons-nous craindre?
HENRI
Oh ! je sais, Émilienne, que vous êtes très résolue, mais ma tante et Thérèse sont moins courageuses... Et puis, je serai plus tranquille.
ÉMILIENNE
Ge grognard fera du tapage, boira, tourmentera les femmes de chambre.
HENRI
Lui, l'ancienne ordonnance de Roquebrune?... Vous n'aurez qu'à le regarder, pour le rendre doux comme un mouton. Il sait trop combien le colonel vous aime pour risquer de vous déplaire... Vous le mettrez sous les ordres de votre mulâtresse, mademoiselle Déborah, et, si on le lui commande, il fera la lessive ou ravaudera le linge de la maison.
Soit donc, puisque vous y tenez.
THÉRÈSE
Alors vous ne garderez personne auprùsde vous ?
HENRI, riant.
Ai-je donc besoin qu'on me défonde? Je serai au milieu de mes camarades et fort bien entouré, je vous assure. C'est à vous seule que je veux penser. La marquise sort par le pan coupé gauche avec Moigneville, puis Émilienne et Thérèse avec Henri. THÉRÈSE, sortant.
Moi aussi, je ne penserai qu'à vous.