ACTE PREMIER
LA GHABRAQUE.
Compris, mon colonel, je me mets en faction à la porte et personne n'entrera sans ma permission... (Henri paraît. La Cliabraciue va à lui.) Ah ! mon capitaine, il y a là quelqu'un qui vous demande.
HENRI
Et que je connais?
LA CHABr.AQUE.
Oui. Un peu!
Il lui désigne le colonel.
HENRI, un instant indécis.
Roquebrune!
Il lui tend les bras. Ils s'embrassent.
Ah! tu ne t'y es pas trompé, toi?
HENRI
Mon cher colonel !... Gomment ici et sous ce déguisement ?
Pardieu ! veux-tu que je fasse aux Bourbons le plaisir de mettre la main sur un aide-de-camp de l'empereur? Non! non! Roquebrune n'aime pas qu'on le prenne !
HENRI
Ah! je le sais bien! Celui qui a traversé l'Elster à la nage, après la rupture des ponts de Leipsick, portant sur son dos le sous-lieutenant Rimbert blessé, qui donc pourraitl'arrèter?
Eh! mon enfant, le premier mouchard venu. Et il me serait moins facile de lui résister, au coin
24 LE COLONEL ROiJLEURUNE
d'une rue, qu'à vingt hommes en rase campagne. Aussi je me cache, comme tu vois, et quand je ne suis pas auprès d'un ami, je parle marseillais, ce qui me dégoûte horriblement, car je n'aime pas ces gens du midi, qui sont royalistes comme le diable!
HENRI
Mais si vous êtes ici, colonel, ayant quitté l'île d'Elbe, c'est donc que vous êtes en mission, et par ordre de l'Empereur ?
Oui, mon fils, mais chut ! Ceci n'est pas ton affaire. Je veux bien risquer ma peau, pas la tienne. Il faut que tu puisses jurer, le cas échéant, que tu as tout ignoré de ce qui m'amène.
HENRI
C'est donc grave?
Plus que grave. Tu m'en diras des nouvelles dans huit jours. A ce moment-là, Henri, je me charge de crier, sur les toits, que tu m'as aidé dans mon entreprise. Et tu ne t'en trouveras pas mal, mon enfant, sois-en sûr.
HENRI
Gomme toujours, vous garderez le danger pour vous, et vous réserverez les avantages pour les autres. Ah! Roquebrune, comme vous aimez!... ROQUEBRUNE, grave.
Ceux que j'aime, oui. L'Empereur, d'abord, qui m'a fait ce que je suis, qui m'a pris trompette, au lendemain d'ArcoIe, et, de bataille en bataille, a fait de moi, fils d'un petit tapissier du faubourg Saint-Antoine, un colonel de la garde, ayant rang