‹ La colonel RoquebruneChapitre 25 sur 130 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

ancien conventionnel, au milieu de la fleur de l'aristocratie.

Tu ne dois pas t'y amuser tous les jours. Et quel homme est-ce, ce comte de Moigneville? Vieux, jeune?

HENRI

Trente-cinq ans : de la poudre, la mise de l'ancien régime. Une grande froideur apparente, mais une terrible ardeur de volonté. Beaucoup d'intelligence, des mani<"'res séduisantes, et avec cela peu sympathique,

Quel est son emploi?

Ah! C'est ici que la difficulté commence. Il n'est rien et il peut tout. On ne le trouve en pied dans aucun ministère et il a accès dans tous. Il part, de temps en temps, en mission, sans qu'on sache où il va, et il reparaît, sans qu'on devine pourquoi il revient. Familier du pavillon Marsan, je le soupçonne d'être une des fortes têtes de la congrégation. Et il entrerait au conseil des ministres que je n'en serais pas surpris.

Et rien qui puisse le signaler à l'attention?

HENRI

Si, une petite cicatrice, au coin de la tempe droite. Un coup de sabre, dit-il, qu'il a reçu dans sa jeunesse, à la bataille de Givita-Gastellana, quand il servait dans l'armée napolitaine, sous le comte de Damas.

30 LE COI, ONE F. HOijUEBRrNE

Mordieu! c'est rhoiinne qui m'attendait ici, ce matin.

HENRI

En effet, il est venu, hier soir, de Paris, retrouver ma tante,

ROQUEBRUXE.

Prétexte! C'était moi qu'il venait retrouver. Car je le connais, Henri, ton Moigneville. Et il me connaît parfaitement aussi. Tu as raison, c'est quelqu'un de très sérieux, à coup sûr, de très redoutable, peut-être... Il a dû entendre parler de moi, chez madame de Ré val?

Il y est intime.

ROQUE BRU NE

S'occupait-il de Thérèse ou d'Émilienne? Était-il empressé, galant?

HENRI

Autant qur j'ai pu en juger, car j'étais rarement là, il était amical et aimable... Mais que supposezvous donc ?

Rien. Je me renseigne. Il y a, entre l'intimité de cet homme, avec madame de Réval, et le rôle qu'il joue vis à-vis de moi, une coïncidence qui me préoccupe... A quel mobile obéit-il? Est-ce de la sympathie? E^t-ce de la haine? Veut-il me servir? Cherche-t-il à me compromettre? Je l'ignore... A coup sûr, il peut beaucoup, pour ou contre moi... Depuis mon débarquement, je me sens surveillé. A Besançon, j'ai découvert un espion à mes trousses, ce

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