‹ La colonel RoquebruneChapitre 24 sur 130 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

D'autant que l'Empereur neJjougeuit pas. Il s'occupait à faire exécuter des travaux agricoles dans son île, comme s'il devait y rester jusqu'à la fin des siècles!... Nous, ses soldats, nous disions tous : Mais qu'est-ce que nous... flanquons là?... Est-ce qu'on ne va pas bientôt pousser une pointe quelque part, se dégourdir un peu? Drouot grognait comme un ours, Gambronne disait : sapristi ! Quant au patron, il paraissait changé en soldat laboureur! Lorsqu'un matin... mais, au diable! Je n'ai pas besoin de te raconter nos affaires, tu dois les ignorer. La seule chose qui importe, c'est que me voilà, que je te vois, que je t'embrasse et que je suis joliment content !

Mais, mon colonel, si vous ne vous êtes pas trouvé, tout à l'heure, en présence de ma tante, d'Émilienne et de Thérèse, c'est un pur hasard.

Je les ai vues... J'étais dans cette salle, pendant que tu causais avec elles. Il m'a fallu me cacher, les laisser partir sans leur parler, car ma présence doit être ignorée... Mais toi, voyons, dis : que pensent-elles, que font-elles?... Émilienne m'a paru embellie... Et ta Thérèse, toujours charmante? Ah! heureux garçon, qui n'as que vingt-cinq ans, qui es capitaine, libre et aimé.

HENRI

Mais vous aussi, Roquebrune, vous êtes aimé. Et je voudrais bien avoir quinze ans de plus et, comme vous, être la gloire de l'armée.

ROQUEBRUNE, assombri.

De l'ancienne, Henri... Et qu'en a-t-on fait de

cette armée?... Un troupeau de suspects, que l'on traque et que l'on tyrannise : officiers en réforme, en disponibilité, en demi-solde, tenus à une résidence fixe, comme des repris de justice, bafoués par leurs anciens chefs, qui ont balayé de leurs panaches tricolores les marches du trône et suivi les processions, leurs bâtons de maréchaux à la main, en guise de cierges. L'armée d'Austerlitz, de la Moskowa et de Friedland, on la fait aujourd'liui commander par des Dupont et des Marmont, la cocarde blanche au chapeau !... Mais patience! Eh! de quoi diable vas-tu me parler? Je te questionne sur Émilienne, tu me réponds par l'armée. J'étais joyeux et tu m'attristes!... Allons, raconte-moi ce qui s'est passé ici, depuis mon départ, parle-moi de ceux que nous aimons.

Eh bien I mon colonel, au moment de la rentrée du roi à Paris, ma tante n'était pas sans inquiétudes. L'amitié, que lui avait vouée l'impératrice Joséphine, créole comme elle, aurait pu lui attirer le mauvais vouloir de la cour. Très heureusement le fils d'un ancien ami, le comte de Moigneville, très patronné par M. de Richelieu, arrivant du reste tout droit de Vienne, fut mis en rapport par hasard avec ma tante et s'entremit pour elle très utilement. Par son intermédiaire, madame de Réval, ancienne dame d'honneur de l'impératrice, fut reçue chez la duchesse d'Angoulême. Je ne sais comment ce diable d'homme s'y prit. Il faut que son influence soit grande, car il me fit d'abord conserver mon grade, puis passer au 4" hussards, véritable corps de noblesse, où je sers, moi, fils d'un

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