ACTE PREMIER
quinze jours, elle me recevait, dans le jardin, à la nuit tombée. Gomme' nous partons demain, ce soir elle m'attendra... Ah ! ce seront de déchirants adieux. Car je suis désolé de quitter ma belle amie... La plus précieuse conquête dont je puisse me flatter, et que vous m'envieriez tous, messieurs, si vous la connaissiez!...
ROQUEBRUNE, très sérieux. Je crois que je la connais.
VÉRANDIAS.
Vous, capitaine?
Moi. marquis. N'est-ce pas Faubourg Poissonnière qu'est situé le jardin où se promènent vos amours? Quant à la mulâtresse, voulez-vous que je vous dise son nom ?
VÉRAXDIAS, très troublé.
Mais, monsieur!...
ROQUEBRUNE, abandonnant peu à peu son accent et reprenant sa voix naturelle.
Eh bien! je puis vous dire encore autre chose: c'est que depuis une heure j'écoute, avec étonneraent, toutes vos vantardises de bravache et de séducteur. J'ai commencé par n'y pas croire. Mais le témoignage de ces messieurs a dû me convaincre, et alors, j'ai pensé, à part moi, qu'il était un triste personnage celui qui abusait de son adresse à l'escrime, pour tuer tant de braves gens que la mort a respectés sur vingt champs de bataille et qui sont l'honneur de leur pays. Et maintenant, voilà que je ne puis résister à la tentation de vous dire, à vousmême, que pour parler des femmes comme vous le faites, pour livrer la réputation d'une jeune fille
aux hasards d'un déjeuner de soldats, il faut être, en vérité, le dernier des manants et des lâches !... VÉRA.NDIAS, furieux.
Vous osez me dire à moi?...
Il va s'élancer sur Roquebrune. Ses amis le retiennent. ROQUEBRUNE.
Que vous êtes un manant et un lâche... Est-ce que vous êtes devenu sourd ?
VÉRANDIAS.
Oh ! je VOUS tuerai !
C'est ce que nous verrons.
VÉRANDIAS, reprenant son sang-froid et examinant Roquebrune.
Mais avant, je veux apprendre à qui j'ai affaire. Depuis un instant, vous n'êtes plus le même homme. Votre ton, votre langage, votre figure, tout a changé... Il faut que je sache en face de qui je me trouve.... On ne se hat pas avec un personnage de pacotille, se cachant sous un nom d'emprunt. M. le capitaine Passerieu, monsieur le faux marseillais, qui donc êtes-vous?
Vous allez être satisfait, (s'adressant à tous.) Messieurs, si je me cache, c'est qu'en venant en France, je risque ma tête. Si je me suis dissimulé à vous, ce n'était pas pour surprendre vos secrets, c'était pour mieux garder les miens. Mais nous sommes tous gens d'honneur, ici, étant tous soldats, je me fie donc à vous. Je suis le colonel Roquebrune.
d'escongis.
L'aide-de-camp de l'empereur!