‹ La colonel RoquebruneChapitre 45 sur 130 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

ÉMILIENNE, THÉRÈSE, puis DÉBORAH.

THÉRÈSE, gaiement.

Est-ce que M. de Moigneville avait des secrets à te confier?

ÉMILIENNE, grave.

Tu ne crois pas si bien dire.

THÉRÈSE

Tu t'occupes donc d'intrigues politiques?

Non. C'est M. de Moigneville qui s'occupe d'intrigues amoureuses.

THÉRÈSE

Émilienne, prends garde. Quoi que dise ou fasse cet homme-là, il me fait peur.

ÉMILIENNE

Et moi il me rassure. C'est mon plus sûr défenseur.

THÉRÈSE

As-tu donc besoin d'être défendue? Ah! folle 1 folle ! qui a tout pour être heureuse et qui compromet à plaisir son bonheur I M. de Moigneville serait-il donc au courant de tes imprudences ? Ltii aurais-tu conâé ce que tu devrais cacher avec tant de soin jusqu'à ce que tu l'oublies pour toujours?

EMILIENNE

.Te n'ai rien confié à M. de Moigneville. Mais ses allusions ne me permettent pas de douter qu'il soit au fait de ce que je pense. En tout cas, il vient de me donner un avis précieux : le colonel Roquebrune est .à Paris.

THÉRÈSE

Ah! Émilienne, tu vois comme j'avais raison de te supplier d'être raisonnable. Un instinct m'avertissait du danger que tu pouvais courir. Mais c'est fini ces coquetteries, n'est-ce pas? Bien fini. Et tu ne me donneras plus le souci de te surveiller, quoique je sois la cadette, et le chagrin de te gronder lorsque je voudrais n'avoir qu'à t'aimer.

Oui, tu es raisonnable, toi, Thérèse, et prudente et froide... Tu dis que tu as de l'amour pour Henri, mais quel pâle et tranquille amour !... Et lui, qui consent à vivre loin de toi, pendant des semaines.

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