ACTE DEUXIEME O t
MOIGNEVILLE.
On VOUS le cache.
ÉMILIENNE
Qui'
MOIGNEVILLE.
M. de Rimbert, qui l'a vu ce matin.
Mais ma tante ne sait rien ?
MOIGNEVILLE.
Non, rien.
ÉMILIENNE
Pourquoi ne le lui avez-vous pas dit à elle?
MOIGNEVILLE.
Parce que ce secret n'est pas à moi seul. Il est celui d'un parti, dans lequel j'ai des intelligences comme dans tous les autres... Mais il est trop important que vous soyez avertie, pour que je ne vous révèle pas ce que je dissimulerai à tout le monde.
un silence.
ÉMILIENNE, lentement et souriant.
Vous vous intéressez donc vraiment à moi?
MOIGNEVILLE.
Plus qu'à moi-même. J'ai pour vous une tendresse profonde, absolue, vous le savez bien. Et pour vous plaire, vous servir, vous défendre, s'il le fallait, je serais prêt à tout.
ÉMILIENNE
Vous supposez donc...
MOIGNEVILLE.
Je crois que l'arrivée du colonel Roquebrune est
pour VOUS, à coup sûr, un contretemps et peut-être un danger. Je crois que vous ne l'avez jamais aimé et que s'il essayait de s'imposer vous seriez près de le haïr. J'ai deviné votre caractère fier, indépendant. J'ai deviné bien d'autres choses encore. Mais je ne veux me souvenir que de mon dévouement et vous prouver qu'il est aussi aveugle que passionné.
ÉMILIENNE
Il faut donc vous croire?
MOIGNEVILLE.
Oui, puisque je ne me borne plus à dire que je vous aime, puisque je le prouve.
ÉMILIEXXE, avec un enjouement affecté.
Mais voyons, qu'êtes-vous, au juste? Car, à vous voir, on vous prendrait pour un homme du monde courtois, affable, raffiné et à vous entendre on pourrait croire que vous êtes un personnage mystérieux, puissant et redoutable.
MOIGNEVILLE.
Mystérieux, je le suis, puissant, je le serai et redoutable, je puis l'être. Je mettrai le mystère et la puissance à votre service si vous êtes menacée. Je ne vous demande rien, je ne veux rien savoir de ce qui vous touche. Mais rappelez-vous qu'il suffira que vous désigniez un homme pour que je le sauve ou que je le perde.
ÉMILIEXNE.
Et que me demandez-vous pas pour prix de si grands services?
MOIGNEVILLE.
Rien. Vous déciderez vous-même de ma récompense, d'après l'importance du péril évité.