ACTE TROISIÈME
Je l'ai connu ce matin, de la bouche même de la principale intéressée...
ROQUEBRUNE, avec agitation.
De qui voulez-vous parler?
MOIGNEVILLE.
Peut-il y avoir un doute dans votre esprit?
Et dans le vôtre, monsieur, n'y en a-t-il pas ? Vous me paraissez singulièrement instruit de tout ce qui me concerne, mais encore voudrais-je savoir d'où vous connaissez toutes ces choses.
MOIGNEVILLE.
Colonel, je connais toutes ces choses, parce que c'est mon habitude, en général, de connaître tout, et qu'en plus, dans ce cas particulier, c'est mon intérêt...
Votre intérêt?...
MOIGNEVILLE.
Oui, colonel, c'est mon intérêt de prouver que les soupçons que, vous et M. de Rimbert, vous avez pu avoir ne sont fondés que sur des apparences. J'ai voué trop d'amitié à madame de Rêvai pour permettre qu'elle éprouve le violent chagrin de renoncer à des projets depuis si longtemps formés... Je prouverai qu'entre M. de Vérandias et...
Et?...
MOIGNEVILLE.
Et mademoiselle Thérèse de Réval, rien ne s'est
passé jamais qui puisse faire hésiter M. de Rimbert à tenir ses engagements... Et en agissant ainsi je justifierai, je pense, à vos yeux, ce titre d'ami précieux dont vous m'avez, avec un peu d'ironie, gratifié tout à l'heure.
Monsieur, on peut se tromper sur tout le monde» Mais je suis plein de franchise et je n'hésite jamais à reconnaître mes torts. J'ai eu des doutes sur vous, j'en conviens. Mais les assurances que vous venez de me donner m'ont fait du bien... Je suis trop malheureux depuis hier. Rien que d'avoir soupçonné Émilienne, j'ai failli mourir de chagrin et de colère. Si elle avait été coupable, je me serais rué dans quelque aventure désespérée pour me faire tuer. Maisc'est fini... Je veuxêtre raisonnable... Etla dernière preuve que je puisse attendre, la meilleure, la plus sûre, car je ne vois pas quel intérêt vous auriez à me tromper, c'est cette justification de Thérèse que vous m'annoncez... Faites cela, monsieur, rendez la sécurité à tout le monde. Foi de soldat, vous aurez en moi un obligé et, pour quoi que ce soit, vous n'aurez qu'à me faire signe, je serai prêt à vous servir.
MOIGNEVILLE.
Eh bien! colonel, comptez sur moi, je me charge de vous donner une certitude : avant vingt-quatre heures vous n'aurez plus aucun doule.
Doublement merci, monsieur, car vous l'avez pu constater, je ne suis pas patient et n'aime pas à attendre...
Vous n'attendrez pas... (pouché paraît.) Voici Monseigneur le duc d'Otrante.