ACTE PREMIER
qu'il a déclaré qu'il reviendrait déjeuner... J'étais donc sûr de le retrouver. Et puis, comme M. le comte m'avait donné rendez-vous, pour ce matin, dans cette auberge, j'ai pensé que c'était le but final du voyage du celui que j'étais chargé de suivre.
MOICJNEVILLK.
Gomment est-il vêtu pour que je le reconnaisse?
ROUQUIN
Il porte une redingote bleue, un pantalon couleur cannelle, des gants de castor, un chapeau gris. Il a le teint très coloré, un fort accent de la Canebière !
MOIGN'EVILI.E.
En effet, il doit être méconnaissable... Sur votre parcours, qu'avez-vous appris?
ROUQUIN
Des nouvelles très contradictoires... Suivant les uns, l'empereur aurait débarqué sur les côtes d'Italie, pour se mettre à la tête de l'armée de Murât et attaquer les Autrichiens. Suivant les autres, le tyran aurait abordé sur la côte de Provence et se dirigerait vers le Dauphiné. Mais, traqué par les populations, mourant de faim, il errerait dans les gorges des montagnes où il ne tarderait pas à être détruit avec la poignée d'hommes qu'il traîne à sa suite.
MOIGNEVILLE.
Et qu'avez-vous conclu do tout cela?
ROUQUIN
Que l'usurpateur devait on offet préparer un coup et que le colonel... je veux dire le capitaine Passe-
8 LE COLONEL ROQUEHRUNE
rieu était un émissaire clîargé de porter le mot d'ordre aux impérialistes... Et comme mon homme paraissait parfaitement tranquille et sûr de son affaire, j'en ai conclu que la situation devait être fort grave.
MOIGNEVILLE.
C'est bien, monsieur Rouquin, continuez à suivre le colonel, et, quand vous serez à Paris, pas un mot au ministère, à qui que ce soit, vous m'entendez... même au ministre. Sachez être discret, vous en serez récompensé.
ROUQUIN
Monsieur le comte, votre serviteur très humble. {a part.) Pas un mot au ministère... Pour qui donc travaille-t-il? Est-ce pour les Bourbons, pour l'Empereur, ou pour lui-même?
Il sort.