‹ La colonel RoquebruneChapitre 90 sur 130 · ACTE QUATRIEME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIEME

M. de Rimbert. Il a hâte de connaître ce qui doit faire son désespoir. Il va courir se jeter aux mains de ceux qui veulent le perdre.

ÉMILIKNNE.

Et si Thérèse lui laissait surprendre mon secret?

MOIGNEVILLE.

Après avoir tant risqué pour le lui cacher? Ne craignez pas cela d'elle. Jusqu'au bout, elle se dévouera. M. de Rimbert, seul, saura la vérité.

ÉMILIENNE

Et s'il l'a dit à Roquebrune?

MOIGNEVILLE.

Il l'aime bien trop pour cela. Il est probable qu'il va faire tout ce qui dépendra de lui pour éviter une explication entre Thérèse et Roquebrune. Sa préoccupation unique, si je connais bien les hommes, sera d'éloigner son ami... C'est ce moment-là que l'on saisira pour agir.

ÉMILIENNE

Mais pourquoi pas dans la rue, et avant qu'il entre ici?

Parce qu'il est accompagné de M. de Rimbert, et que l'arrestation publique de l'un pourrait compromettre l'autre... Henri est votre parent, mon ami, nous devons le défendre contre ses propres entraînements.

ÉMILIENNE

Vous avez raison. Alors, où prendra-t-on Roquebrune ?

MOIGNEVILLE.

ÉMILIENNE

Dans ce couvent, dans ce lieu saint?

MOIGNEVILLE, souriant.

Allez-vous parler du droit d'asile? Le couvent est là, derrière cette grille. Ici, nous sommes encore dans un lieu profane. Et puis, c'est affaire entre le ciel et la Grande Aumônerie. Nous avons carte ijlanche... On veut prendre Roquebrune, n'importe où, on le prendra.

ÉMILIENNE, vivement.

Vivant?

MOIGNEVILLE.

Puisque vous l'exigez. Si cette condition n'avait pas été imposée par moi, il y a beau temps que tout serait fini... On l'arrêtait, il faisait résistance, alors un coup de pistolet, dans la tête, et tout était dit... C'eût été bien facile! Enfin, vous le voulez I II faut donc l'attirer dans un coin, le cerner et le prendre à force d'hommes, quitte à l'assommer un peu, s'il fait trop le rodomont... Ce lieu écarté et silencieux a paru commode... C'est donc ici que la police a tendu ses filets.

ÉMILIENNE

Oli ! je veux l'avoir vivant, mais vaincu et dompté. .Je veux pouvoir lui exprimer toute la haine qu'il m'inspire, lui montrer comment je me venge et triompher de le voir abattu par une femme, ce tueur d'iiommes ! Après, vous en ferez ce que vous voudrez. Un tribunal, un conseil de guerre, peu m'importe la façon dont on se débarrassera de lui.

MOIGNEVILLE.

Prenez garde, soyez prudente. L'agonie morale d'un homme tel que Roquebrune sera terrible!

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