‹ La Colonisation dans la province de QuébecChapitre 2 sur 10 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Les grandes régions de la province de Québec où la colonisation fait plus particulièrement fructifier son oeuvre sont situées sur le versant septentrional des Laurentides, et, au sud du Saint-Laurent, sur le vaste plateau des Alléganys, lequel s'étend depuis la Beauce jusqu'à l'extrémité de la péninsule gaspésienne.

Les Canadiens sont aujourd'hui les maîtres absolus de ces immenses domaines. Seuls, ils ont pu y fonder des établissements durables, des colonies de plus en plus imposantes par le nombre, par la vigueur et par l'étendue.

Et cette prise de possession des solitudes de la province de Québec ne suffit plus à leur force d'expansion. Voilà qu'ils s'emparent de la vallée du Népissingne et de l'Algoma dans la province d'Ontario.

C'est dans la colonisation que se manifestent les plus belles qualités de notre race.

Nous sommes un peuple de défricheurs.

Pour le comprendre, il suffit d'aller dans les régions nouvelles, de converser avec les colons. Là, vous admirerez ces âmes naïves et fortes qui ont bravé l'isolement, la forêt, les privations et les misères de toutes sortes, et qui après un certain temps, cinq, dix ou quinze ans, ont groupé un petit noyau, embryon de paroisse, qui sera un centre populeux et prospère avant un demi-siècle.

Et combien d'établissements semblables trouvez-vous dans notre province !

Nous venons aujourd'hui demander que l'on grossisse ces bataillons d'avant-garde, nous adressant plus particulièrement aux cultivateurs des vieilles paroisses qui vivent à l'étroit sur des terres morcelées et épuisées ; aux fils de cultivateurs qui ne peuvent prendre leur part du patrimoine de famille et s'en vont dans les villes traîner une existence misérable ; aux Canadiens

des Etats-Unis, victimes du chômage et des grèves ; aux ouvriers des villes qui rêvent d'une vie libre et indépendante, etc., etc.

Ces régions s'offrent à eux comme autant de petits "Nord- Ouest", où ils continueront l'oeuvre des ancêtres en fondant un foyer, une paroisse, menant toujours cette bonne vie canadienne française dans toute sa fraîcheur et dans des conditions d'existence matérielle améliorées.

On s'imagine trop souvent que la colonisation est l'oeuvre du pauvre, de celui qui a une fois failli dans une autre carrière.

Comme thèse générale, rien n'est plus faux.

Certes, les régions nouvelles sont bien l'endroit où un homme peut se refaire ; mais c'est aussi dans les régions nouvelles que vous trouvez les gens les plus dégourdis, les plus aptes à adopter toutes les formes du progrès. Ils ne sont pas liés par la routine, les préjugés, les vieilles méthodes.

Ce sont des jeunes gens qui ont préféré la vie libre et salutaire des champs à l'esclavage des usines.

Quand vous pénétrez dans une région à coloniser, vous croyez arriver aux confins de la civilisation, chez les sauvages !

Détrompez- vous !

Vous y trouvez des établissements, fondés par ces pionniers, qui prospèrent plus vite que ceux des vieilles paroisses, dotés qu'ils sont de ces améliorations modernes qui simplifient et facilitent toutes les opérations agricoles.

Aussi conseillons-nous la lecture attentive et sans partipris des pages qui vont suivre.

La Province de Québec

Esquisse générale.

La province de Québec, après cent ans de domination anglaise, est restée terre française. Elle occupe dans le Canada, ou mieux dans l'Amérique du Nord, une situation spéciale. Elle a conservé le caractère religieux et national de sa première colonisation.

Au point de vue de la nationalité, la population de la province de Québec, en 1901, se divisait comme suit:

D'origine française 1,322,115

" anglaise 114,710

" irlandaise 114,842

" écossaise 60,068

Autres 219,638

Au point de vue de la religion, les catholiques constituent l'immense majorité de la population de la Province ; ils comprennent presque toute la population d'origine française et irlandaise :

Catholiques 1,429,260

Autres 219,638

Le vaste pays qui porte le nom modeste de "Province de Québec", est grand comme la France et la Belgique réunies. Sa superficie couvre 347,000 miles, environ 360,000 kilomètres carrés. Elle s'étend sur les bords du fleuve Saint-Laurent et semble en accompagner le cours jusqu'aux grands lacs. Au

nord, elle s'étend jusqu'à la baie d'Hudson. Très inégalement occupés, les bords du Saint-Laurent et des rivières qui viennent jeter leurs eaux dans les siennes, ont surtout attiré les efforts des cultivateurs, et d'immenses étendues de territoire attendent encore des habitants et des propriétaires.

Placée comme au centre des provinces orientales de la Confédération canadienne, en possession de la navigation presque tout entière du Saint-Laurent, occupant enfin l'embouchure de ce fleuve, la province de Québec en tient pour ainsi dire les portes et la clef, et nulle importation, nulle exportation ne se fait d'Europe au Canada, ou du Canada en Europe, sans passer par les ports de Montréal et de Québec.

Cette situation privilégiée lui assure plus de la moitié du commerce de tout le Canada.

Le réseau de chemin de fer comprend 3,571 milles en superficie.

Le Grand Tronc Pacifique, actuellement en construction, traversera la province de Québec dans toute sa longueur et ouvrira d'immenses territoires à la colonisation et à l'industrie.

Bien que les différentes branches de l'industrie se soient développées d'une façon prodigieuse, depuis une dizaine d'années, la province de Québec est avant tout un pays agricole, un pays de colonisation, et la nature, on peut le dire, s'est complu à lui prodiguer à pleines mains ses faveurs, car elle est partout grandiose: forêts, montagnes, lacs, rivières, chutes magnifiques, forces hydrauliques, îles, pâturages riches, animaux sauvages en grande variété, minerais de toutes sortes, etc.

La valeur des produits de la forêt était estimée, à elle seule, en 1901, à dix-neuf millions de piastres, et les pêcheries de la province, qui emploient près de vingt mille personnes, ont rapporté, la même année, $2,189,861.

Les forêts qui s'étendent à perte de vue dans toutes les directions, et qui renferment des essences très précieuses, sont depuis nombre d'années l'objet d'une constante et active exploitation. L'aire des forêts concédée jusqu'à ce jour pour la coupe du bois couvre un peu plus de 66,000 milles carrés.

Les rivières, les lacs et les montagnes de la province de Québec voient accourir, de leur côté, de tous les points de l'Amérique, des centaines de " sportsmen " qui trouvent à la

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fois plaisir et santé à pêcher les salmonidés et à chasser les grands fauves.

Quant aux ressources minières de la province de Québec, leur exploitation, laissée longtemps en suspens par suite de l'absence de capitaux suffisants et de renseignements assez précis, ne saurait tarder à devenir un autre facteur important de notre richesse nationale. Aujourd'hui, en effet, qu'on en apprécie mieux la valeur, un réveil s'est produit de ce côté et chaque jour pour ainsi dire voit surgir de nouveaux syndicats s'organisant pour fouiller les entrailles du sol et en extraire des substances minérales de premier ordre.

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Si, des ressources naturelles, nous passons à l'agriculture, nous constatons qu'elle a fait des progrès prodigieux, surtout depuis une dizaine d'années.

Les statistiques qui vont suivre feront mieux comprendre que tout ce que nous pourrions en dire, l'immense parti qu'un homme qui se livre à la culture d'une façon sérieuse peut en tirer.

On se plaît à répéter que la vie est chère. N'est-ce pas, après tout, le cultivateur qui est le premier à en bénéficier!

Animaux et produits $37,404,396 $67,182,175

Produits agricoles 17,974,011 60,215,735

Beurre 1,052,089 7,086,019

Fromage i3>956,57i 24,441,064

Le recensement de 1901 constatait dans la province de Québec, une étendue de terre améliorée de 7,421,264 acres. En 1907, cette étendue est évaluée à 8,515,916 acres. Il y aurait donc augmentation, en six ans, de 1,092,752 acres améliorées, c'est-à-dire dont on tire partie d'une manière quelconque et sur lesquelles on a fait quelques travaux.

En 1901, cette étendue se subdivisait comme suit:

D'abord les terres en culture, 4,694,356 acres pour 1901. En 1907, les terres en culture couvrent 5,950,405 acres. Il y a donc augmentation de 1,266,000 acres de ce côte.

Les terres cultivées en jardins et vergers couvraient en 1901, une superficie de 35,332 acres, et en 1907, une superficie

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de 77,416 acres, c'est encore une augmentation de 49,084 acres, en six ans.

La production de la culture agricole dans la province en 1907, est en augmentation considérable sur 1901, comme on le verra par le tableau suivant:

minots minots

Avoine 33,516,172 41,327,962

Blé d'inde 1,356,353 1,376,892

Grains mélangés 3,520,045 3,819,770

Haricots 59,i86 329,748

Pois 908,336 1,017,223

Pommes de terre 16,610,451 22,910,753

Racines 3,498,314 11,311,490

Totaux, minots 59,469,157 82,091,828

Augmentation, minots 22,622,671

La production des fourrages est également en augmentation :

tonnes tonnes

Foin 2,576,662 4,189,441

Blé d'inde d'ensilage 200,360 420,512

Totaux, tonnes 2,777,022 4,609,953

Augmentation, tonnes 1,832,931

Ces chiffres prouvent éloquemment que les progrès de l'agriculture dans notre province ont été aussi brillants et aussi rapides que ceux du commerce ou de l'industrie.

En 6 ans, la superficie de nos terres en culture a augmenté de 556,049 acres, et leur production a augmenté: en grains, de 14,113,178 minots; en pommes de terre et racines, de 7,509,493 minots, et en fourrages, de 1,832,931 tonnes.

Et il faut remarquer que la récolte de 1907 a été en dessous de la moyenne comme rendement, sur bien des points de la province.

Maintenant, si nous passons des récoltes à l'élevage des

animaux de ferme, voici les chiffres que nous relevons des recensements de 1901 et de 1907.

têtes têtes

Chevaux 282,781 351,176

Vaches à lait 734,434 876,135

Autre bétail 59i,97o 668,693

Moutons 649,461 626,033

Cochons 388,001 729,241

Volailles 2,342,241 4,342,241

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