‹ La colonisation dans les comtés de Temiscouata, Rimouski, Matane, Bonaventure, GaspéChapitre 24 sur 58 · LES ROUTES DE COLONISATION · texte numérisé non relu

LES ROUTES DE COLONISATION

Depuis qu’ils se sont rendus compte de la valeur des terres dans la Matapédia, depuis surtout que l’on a pu constater que les colons avaient une tendance marquée à se diriger de ce côté, les gouvernements se sont montrés généreux dans la distribution des deniers pour l’ouverture de nouvelles routes. On a voté chacune année une subvention raisonnable et dont les colons ont eu tout le bénéfice. Nous ne doutons pas que les gouvernements, quels qu’ils soient, continueront à s’intéresser à cette région si pleine de pr( messes pour l’avenir, et que leurs largesses ne tariront point de sitôt.

Puisque nous parlons des routes de la Matapédia, il convient de mentionner ici les deux chemins qui ont été pratiqués à travers cette région et qui ont été pour ainsi dire le point de départ du merveilleux développement que l’on est si heureux de constater aujourd’hui. Ces deux grandes routes sont le chemin de Matapédia et le chemin Kempt.

Le chemin de “Matapédia” est d’une étendue assez considérable. Il part de Sainte-Flavie, sur le lieuve Saint- Laurent, dans le comté de Matane, passe à l’extrémité Est du chemin Taché, dans le canton Fleuriau, et de là (faisant fréquemment intersection avec le chemin Kempt) passe à travers le canton de Cabot, la seigneurie du lac Matapédia, et les cantons Lepage, Causapscal, Assemetquagan et Fistigouche.

Le chemin “ Kempt ” a son point de départ sur la rivière Fistigouche, traverse ce canton et celui d’Assemetquagan, dans le comté de Bonaventure, les cantons de Causapscal et de Lepage, la seigneurie de Matapédia, le canton de Cabot, la seigneurie de Métis, dans le comté de Fimouski, jusqu’à la rivière Métis, sur le fleuve Saint-Laurent.

Ce chemin qui porte le nom de l’un de nos gouverneurs anglais, fut construit ver« 1830.

Du jour où ces deux grandes artères ont été tracées, on a vu tout un noyau de travailleurs s’emparer des lots qu’ils traversaient et s’y installer définitivement. Mais c'^s deux grands jalons devinrent bientôt insuffisants et il fallut songer à pratiquer d’autres routes à travers la forêt et même construire çà et là des ponts sur les rivières.

C’est dans les quatre dernières années que l’on a exécuté les plus grands travaux.

Ainsi, en 1895, on a construit à Causapscal, sur la rivière Matapédia, un pont de 12 i pieds de longueur, pour relier le canton Matalick au canton Causapscal ; et l’année suivante des chemins étaient ouverts pour mettre les colons en communication avec ce pont.

En 1897, on a ouvert à Sainte-Marie de Sayabec, à travers les bois, une route de près de trois milles de longueur, allant de la gare de Sayabec jusqu’au canton Awantjish.

A Saint-Pierre du Lac (Cedar Hall), une autre route a ■été ouverte pour aller de ce village au canton Awantjish, mais quatre milles plus à l’est que la route précédente. On a tracé aussi un chemin de front entre Awantjish et Nemtayé sur une longueur de près de deux milles.

Dans le canton Humqui, (paroisse Saint-Benoît Joseph Labre) on a terminé le déboisement d’une route longue de près de cinq milles, longeant la rive est de la rivière Humqui.

C’est l’opinion de M. l’arpenteur J. N. Castouguay qu’avant deux ans cette partie da canton Humqui sera colonisée au complet ; déjà on a dépassé l’arrière ligne du canton et il y a des colons d’établis jusqu’au lac Humqui, à cinq milles, au moins, au-delà des derniers arpentages.

Dans l’année 1897, il a été dépensé $3,798 pour différents travaux de route dans cette région.

LES CANTONS

Causapscal. — Casupscull ou Causapscal est l’un des plus intéressants cantons de la Matapédia.

Bien qu’ouvert à la colonisation que depuis quelques années, la marche progressive de ce canton a été des plus rapides.

H y a quatre ou cinq ans, on ne comptait là— à peu de distance d’une gare très modeste de l’Intercolonial — que quelques maisonnettes habitées par une poignée de colons, peu fortunés, mais pleins de confiance dans l’avenir.

Aujourd’hui, la physionomie de ce canton a subrune transformation qui laisse présager que nous aurons'^j^là, avant dix ans, une des plus belles paroisses de la Matapédia.

L’étendue de ce canton est assez considérable. On^y compte 33,000 arpents divisés en lots de ferme de cent acres chacun.

Quant à la qualité de la terre, elle est, au dire de tous nos explorateurs, excellente. C’est une terre jaune propre à la production de toutes les récoltes de grains et de racines, et particulièrement bonne pour le foin, f’ Ce so', dit l’explorateur, M. Benson 'Williams, qui'^'a visité Causapscal en 1895, est d’autant plus attrayant qu’il

VILLAGE DE CALSAPSCAL.

couvre une région d’un bel aspect, des plateaux larges et presque de niveau, de grandes vallées, et des h auteurs à rampes douces, “ offrant de grands avantages aux colons qui trouveront ces terres faciles à défricher et à ouvrir.”

Il n’y a ici ni roches, ni même de côtes rocheuses. Presque partout le sol peut se travailler aisément.

L’incendie a consumé autrefois la plus grande partie de la forêt qui y était exceptionnellement riche. Il reste toutefois suffisamment de bois pour les constructions et pour le chauffage.

Quant au climat, il est doux — si l’on excepte certains plateaux élevés entre la rivière Casupscull et le ruisseau Gulch^ — et les gelées sont assez rares.

Le premier rang de Causapscal, un peu plus montueux et accidi^nté que les autres rangs, mais renfermant des te res de très bonne qùalité, est traversé dans toute sa longueur, par l’excellent chemin de Matapédia.

Il importe aussi de noter une fois de plus que le chemin de fer Intercolonial, qui longe la rivière Matapédia, offre aux colons de Causapscal comme à tous ceux qui sont établis dans les autres santons de la vallée delà Matapédia, une voie de communication des plus faciles avec nos grandes villes. En d’autres termes, elle leur ouvre tous nos marchés, leur permettant d’écouler ainsi leurs produits dans des conditions exceptionnellement avantageuses.

li y a aujourd’hui à Causapscal une église catholique avec un curé résidant, quatre à cinq magasins, un bureau de poste. La care de l’Intercolonial ne se trouve qu’à quelques pas de l’église.

La population actuelle de Causapscal est de 1-3 1 familles.

Disons aussi que Causapscal est le séjour favori des sportsmen durant la belle saison. (1)

(1) Mouvement de la population en 1898 :

Naissances . 45

Mariages . 7

Décès . . 28

Humqui. — Parlant de ce canton, nn arpenteur déclarait en 1895 que la qualité du sol y était régulièrement soutenue, et que la charrue pouvait passer partout.

Il y a par ci par là quelques accidents de terrain, mais les collines sont peu élevées et les dépreïsions peu profondes.

En fait de roches, on n’y voit çà et là que du tuf très friable se désagrégeant aisément et que la culture transforme rapidement en terroir fertile.

En somme, le sol de ce canton est éminemment propre à la culture.

Les lacs et les rivières — la plupart peuplés de poissons — y sont nombreux.

Le cours d’eau le plus considérable est la rivière Humqui^ puis vient ensuite le ruisseau Sauvage.

La rivière Humqui est flottable : on y fait même chaque année le flottage de plusieurs milliers de billots.

On n’a pas retardé, au reste, à se rendre compte des ressources qu’offrait ce beau canton.

Ouvert à la colonisation en ISYO, les colons s’emparèrent de suite des lots des rangs A et B, mais c’est surtout à partir de 1892 et dans les années qui ont suivi que la colonisation a pris un essor réellement remarquable.

A l’heure actuelle, il y a plus de 25 familles établie» dans le 1er rang ; dans le deuxième rang, 35 lots ont été pris, 42 dans le troisième et 58 dans le quatrième.

Depuis 1896, d’autres colons ont fondé des établissements dans le cinquième et le sixième rang. 45 lots ont été vendusdans le cinquième et 28 dans le sixième.

On se porte maintenant vers les septième et huitième rangs et tout laisse croire que ceux-ci ne tarderont guère à être occupés.

Bien que le bois ait été assez largement exploité depuis un certain nombre d’années, il reste encore beaucoup d’épinette et du cèdre.

L’étendue de terres qui reste encore à vendre dans ce

canton est de 25,000 acres.

^ C’est dans ce canton —l’un des mieux favorisés sous tous les rapports — que se trouve inféodée la florissante paroisse de Saint-Benoit Joseph Labre, qui renferme une population s’élevant à plus de 1,800 âmes.

Humqni compte un médecin, M. le Dr. S. Larue, un notaire et plusieurs établissements importants. Disons aussi qu’il se fait un commerce de bois très actif à St-Benoit Labre, et que les scieries procurent du travail à plusieurs centaines de personnes.

La paroisse de St-Benoit Labre offre de précieux avantages aux colons.

Son premier curé fut le révérend M. C Bérubé. Le titulaire actuel est M. l’abbé R. L. D’Autouil.

A deux milLs plus bas, au Lac à Saumon, il y avait autrefois une chapelle construite eu 1874, sous le vocable de St-Edmond ; elle fut détruite en 1893, et la mission agrégée à la paroisse de St-Benoit Labre. (1)

Nemtaye. — Ouvert à la colonisation depuis 1870.

Il y a ici 89,000 acres de terres disponibles.

Ce canton est montagneux, mais ces montagnes, assez élevées par endroits, sont entourées de Amllées magnifiques et d’une grande étendue.

Le sol est généralement très beau et les établissements de colonisation ne peuvent qu’y prospérer.

Le cèdre se rencontre en grande abondance dans ce canton. L’on y voit aussi de l’érable, du merisier, du frêne et du benleau.

Il n’y a encore que dix-huit lots qui aient été pris dans le premier rang, qui en compte 50, Les autres rangs sauf les rangs 5 et 6, où l’on trouve à peu près 28 lots a^endus — sont inoccupés.

(1) Mouvement de la population en 1898 ;

Naissances .

Mariages .

Décès .

Le long de la ligne seignewiale de Matapédia, qui est riche eu cèdre, il se fait une e:sploitation assez consi- ■dérable de bois. Il y a là cinq à six mo-ulins à vapeur qui fabriquent du bardeau.

Ces moulins sont la propriété de M. Wallace, MM. King & Frères, de M. Oscar Couture et de M. Alphonse Loisier.

Awantjish. — Neuf rangs à coloniser et 36,000 acres de ferre à vendre.

Ce territoire — l’un des plus beaux de la Matapédia — a été offert en vente en 1870.

C’est un terrain uni et propre à la colonisation dans presque toute son étendue. Les roches y sont rares.

La forêt y est remarquable. A côté de gros merisiers et mêlés aux érables, on voit de longs et beaux cèdres, de gros bouleaux et épinettes.

Les messieurs Fenderson y font depuis quelques années des chantiers considérables.

Les établissements sont un peu éparpillés dans ce canton. Ainsi sur 53 lots qui forment le premier rang, il y en a vingt de pris; 18 dans le deuxième rang, onze dans le troisième rang et vingt dans le cinquième.

Les colons se sont surtout portés sur les lots traversés par le chemin de Matapédia rangs nord-est et sud-ouest. Il y a là, dans ces deux rangs cinquante et un lots vendus.

Tous ces lots ne sont pas cependant actuellement occupés. Un explorateur qui a visité ce canton en 1898, n’a rencontré que cinq familles de colons établies dans le quatrième rang et deux dans le cinquième. Ces établissements se trouvaient dans le voisinage d’un moulin à scie mû. par la vapeur et d’une capacité de 150 billots par jour. Ces colons qui ont fait des défrichements assez étendus craignent cependant de ne pouvoir rester sur leurs terres si on ne leur donne pas bientôt un débouché pour leurs produits.

Blais. — Nom donné à ce canton, ouvert en 1896 en l’honneur de S. Gf. Mgr A. Blais, évêqu3 de Rimouski.

Ne comprend encore que deux rangs avec 115 lots à vendre. Il est situé en arrière du canton Lepage.

Le sol est formé d’une terre grise, très dense, contenant beaucoup de calcaire et d’argile, et reposant sur un sous-sol de terre jaune

La qualité du sol ne se dément pas dans les deux rangs arpentés. On trouve là des bois vigoureux et robustes, tels que le merisier, l’érable, le sapin, l’épinette, le bouleau et çà et là des fonds plais couverts de cèdres, composés de la plus belle terre noire, excellente pour la production du blé, et sillonnés de quelques ruisseaux.

Casault. — L’ouverture de ce canton ne date à bien dire que depuis trois années. On lui a donné le nom de Casault, en l’honneur du juge eu chef de la Cour Supérieure, sir Napoléon Casault.

Il n’y a encore que deux rangs arpentés et à peu près 6,000 acres de terres à vendre.

Le premier rang est accidenté.

La rivière Causapscal coule parallèlement au fronteau, et plusieurs cours d’ean, venant du nord-est, ont creusé des gorges profondes en se frayant un chemin jusqu’à la rivière, mais ces accidents, dit un explorateur, ne sont pas de nature à créer des obstacles à l’établissement des colons.

Le sol y est partout d’une grande richesse, notamment dans le deuxième rang.

Lepage. — Le premier rang de ce canton laisse quelque peu à désirer, mais en revanche tous les ^ autres, et^surtout les ran. s 2, 3, 4 et 5 sont de premier ordre au point’ de vue de la colonisation.

Le sol est partout d’une richesse et d’une fertilité exceptionnelles. On y cultive avec succès les grains les plus variés.

Ce canton offre le spectacle d’une série de valléescfaiblemeut accidentées et sillonnées de petites rivières dont l’eau est réputée bonne et douce.

On rencontre du cèdre et du bouleau eu abondance dans €e canton et un peu d’épinette. Le feu a néanmoins porté ses ravages sur de grandes étendues, ce qui veut dire que d.ans ces parties-là, le défrichement se trouve pour ainsi dire presque tout fait. Il n’y a plus qu’à labourer et qu’à semer.

Le chemin Matapédia traverse le premier rang du canton dans toute sa longueur.

Depuis un certain nombre d’années, l’agriculture y est florissante et se développe dans des proportions qui font bien augurer pour l’avenir de cette région.

L’étendue des terres à vendre dans ce canton est de 26,000 acres, et jusqu’à ce jour 161 lots ont été pris par des colons

Le premier rang qui comprend 88 lots et qui borde la rivière Matapédia, est entièrement colonisé. Dans les autres rangs, et surtout dans les rangs 2 sud-est, 3 et. 4 sud-est, 2 nord-ouest, la colonisation annonce une certaine activité depuis 1895.

Un dernier mot sur ce canton :

M. Ernest Bélanger, arpenteur-géomètre, disait en 1895, qu’il y avait place dans le canton Lepage pour des milliers de colons capables et décidés de s’armer de la hache pour marcher à la conquête de tout ce nouveau territoire.

Matalick. — Aussi facile à travailler que le canton Humqui et moins pierreux que ce dernier.

Pour le sol, il est de même nature que le sol des cantons Lepage et Humqui, c’est-à-dire une excellente terre jaune sans roc et même sans pierres, une terre exceptionnellement fertile, riche et propre à la culture de toutes sortes de graines et de légumes.

Des incendies désastreux ont dévasté autrefois la forêt dans ce canton ; il s’y trouve cependant du bois en quantité suffisante pour le colon, tant comme combustible que pour fins de construction. On rencontre particulièrement biaucoup de cèdre.

L’explorateur Beuson Williams ne tarit pas d’éloges sur ce canton qu’il représente comme l’un des mieux doués de toute la vallée.

On devrait, écrivait il, en 1895, employer tous les moyens pour engager le colon à venir se fixer sur ces terres, et dans un avenir prochain s’élèverait une colonie agricole riche, satisfaite et prospère.

Ce n’est à la vérité que depuis une trentaine d’années que l’on s’est rendu compte de la valeur de ce canton. On peut même dire que jusqu’à 1870, la forêt v avait gardé toute sa virginité. Cette année-là cependant, quelques colons pleins de courage, s’y aventurèrent et s’y créèrent des homesteads. Le mouvement se ralentit quelque peu par la suite, mais à partir de 1892, il reprend une nouvelle impulsion, et dans les années 1895 et 1896, le courant est parfaitement établi. Tl l’est si bien, que dans ces deux années, l’on voit une vingtaine de colons acheta r les lots du premier rang et un égal nombre s’emparer des lots du deuxième rang.

Leux autres rangs — les rangs A et B — qui comprennent 36 lots, sont eux-mêmes enlevés en un clin d’œil et forment aujourd’hui de beaux établissements.

Les colons commencent à se répandre maintenant dans les rangs 3 et 4, où l’on constate une cinquantaine de lots déjà vendus.

Cabot. — La fondation de ce canton remonte à 1859.

Il compte neuf rangs et est traversé par le chemin de fer Intercolonial et les chemins Kempt et Matapédia

L’ouverture du chemin Kempt a été surtout un précieux appoint pour ce canton. Au moins 130 lots ont été pris le long de cette route.

Il reste encore 18,000 arpents de terres à vendre.

Ce csnton, quoiqu’un peu onduleux, est propre à la colonisation dans presque toute son étendue. Il renferme

encore d’excellents bois comme l’épinetîe, le merisier, l’érable et le cèdre.

Plusieurs raugs — et notamment les rangs A. B. G, D. — sont complètement établis. Il y a aussi plusieurs colonies dans les raugs I et II, ainsi que dans les onzième et douzième raugs.

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