L'INDUSTRIE FORESTIERE
La Graspésie, déjà si remarquable par la fertilité de soni sol, possède aussi d'immenses forêts qui ne demandent qu'à être exploitées.
On y rencontre presque partout les essences les plus^ recherchées pour le commerce d'exportation : le pin, l'épinette, le cèdre, le peuplier, etc.
• L'épinette est même supérieure à celle que l'on rencontre
dans^la plupart des autres régions.
t Certains cantons, comme la seigneurie de Pabis, Hameau,
Fortin, contiennent des bois de commerce en grande quan
tité.
i Dans la seigneurie de Pabos, le pin a été exploité dans
les endroits les plus rapprochés de la mer, mais il en reste
encore beaucoup à l'intérieur.
Le cèdre est très beau et de bonne qualité dans le canton Rameau.
Dans d'autres cantons, ou trouve de l'érable, du merisier -et du hêtre en abondance.
Ajoutons que toutes les forêts sont généralement traver- Tersées par des rivières dont le courant rapide n'offre pas le moindre obstacle sérieux à la flottaison des bois.
L'exploitation des forêts de la Graspésie ne s'est faite •cependant jusqu'ici que dans des proportions très modestes. Mais le temps ne p 'ut être éloigné où l'on se rendra compte •de] l'importance et de la valeur de c^s forêts, et alors le commerce de bois de la Graspésie constituera une industrie florissante, comme elL l'est déjà pour d'autres régions plus connues.
y. ^ MOUVEMENT DE LA POPULATION
Il semblerait à première vue qu'une région pour laqu^'lle la'^nature s'est montrée si prodigue de ses trésors, qa'une région où les ressources sont en quelque sorte inépuisables, aurait dû bénéficier largement de tant d'avantages, et avancer rapidement dans la voie du progrès. Il n'en est rien. Depuis ving -cinq à trente ans, la Graspésie est demeurée à peu près stationnaire. Elle a même subi un mouvement de recul dans la dernière dé^^-ade qui s'est terminée en 1891. En effet, en 1831, d'après le recensement officiel, sa population était do 25,001 âmes; en 1891, elle tombe à 23,230 habitants.
Nous ne comptons pas dans cette statistique les Iles de la Madeleine, qui forment depuis deux ans un collège électoral distinct.
ÇA
A quoi tient ce mouvement rétrograde, ou si l'on préfère» cet état stationnaire d'une région qui pourrait aisément sustenter 150,000 personnes, et qui en renferme moins de 25,000 ?
D'abord, à ce ver rongeur de l'émigration qui depuis p^us de trente ans enlève ;.ux travaux de la terre des milliers de bras pour les précipiter dans les usines américaines ; puis à cette passion qui porte la majorité de la population à donner tous ses soins et ses efforts à l'industrie de la pêche, dont le rendement est cependant de moins en mois satisfaisant.
Il y a bien d'autres causes à ce mouvement stationnaire, et M. Buies nous les indiquait sommairement en 1898 dans une lettre ouverte à l'honorable M. Turgeon, Commissaire de la colonisation et des mines :
" Ce pays, disait-il, n'a eu de communications régulières d'aucune sorte jusqu'aujourd'hui, par la vapeur, si ce n'est un petit service bi-hebdomadaire accompli par un seul bateau dans la baie des Chaleurs.
" On n'a domé à la Graspésie ni quais, ni ponts, ni routes suffisantes, parallèles à son développement. *•••••••••••••• • ..,
" L'éloignement de h\ Graspésie, l'isolement féroce où l'a tenue l'absence des communications, les perfidies d'une tradition obstinée qui enracinait de plus en plus tous les ans dans l'esprit public l'idée que la Graspésie n'était et ne
serait jamais qu'un pays de chasse et de pêche ; ,
l'ignorance profonde, épaisse, où tout le monde était tenu au dehors sur la valeur et la nature réelle d'une contrée que l'on croyait presque inhabitable et qui jouit au contraire d'un climat remarquablement régulier et tempéré * ces quelques causes ei d'autres encore ont paralysé jusque dans leurs germes toutes les tentatives de colonisation et de culture "