‹ La colonisation de l'AlgérieChapitre 10 sur 35 · LE SALPÊTRE · texte numérisé non relu

LE SALPÊTRE

L'Algérie produit aussi du salpêtre. Les indigènes l'exploitent depuis longtemps pour la fabrication de leur poudre. Nous avons trouvé partout les traces de leur industrie. Ainsi, avant notre arrivée, les Arabes fabriquaient de la poudre dans des grottes situées sur la lisière de la plaine d'Eghris, à 20 kilomètres de Mascara. Les murs de ces grottes sont encore noircis par la fumée. Les Arabes de l'Ouarenscenis ont continué à se livrer à cette industrie ; mais la poudre qu'ils fabriquent est de mauvaise qualité et doit beaucoup encrasser les armes à feu ; en effet, tandis que le salpêtre employé en France ne renferme que trois millièmes de sels étrangers, celui employé par les Arabes en contient un vingtième.

a La ville de Tlemcen, dit M. Ville, repose sur des terrains salpétrés d’une épaisseur et d’ime étendue assez considérables. Les Arabes lessivaient autrefois ces terres pour en extraire 1e salpêtre qu’ils destinaient â la fabrication de leur poudre. Cette industrie a complètement cessé depuis l’occupation de Tlemcen par nos troupes. »

M. Ville a constaté aussi l'existence de terrains salpêtres à Misserghin, près Oran.

Le même ingénieur signale un gisement de ce genre dans la province d'Alger.

« Les Arabes, dit-il dans sa dernière notice minéralogique , fabriquent du salpêtre â Messad, petit ksar, situé à soixante-dix kilomètres

N.-E. de Laghouat, sur la lisière du Sahara. A cet effet, ils lessivent des terres qu'ils tirent des ruines d’un ancien ksar voisin de Messad, et biti en mottes de terre séchées au soleil. Ils font évaporer les eaux de lavage par l’ébullition, et quand la liqueur est suffisamment concentrée, le salpêtre cristallise par refroidissement. Ce salpêtre est employé sur place à la fabrication de la poudre. Le soufre est importé, dit-on, de la régence de Tunis, et le charbon est fourni par le bois de laurier-rose. — La poudre de Messad jouit d'une assez grande réputation chez les Arabes. »

IjA province de Constantine renferme un assez grand nombre de terrains salpêtrés. M. Richard place 57 fabriques de poudre dans la tribu des R’hboula du cercle de Sétif. Ils font eux-mêmes le salpêtre, qui abonde dans les cavernes naturelles des environs. Plusieurs autres tribus du voisinage se livrent à la fabrication de la poudre. Près de Tébessa, ou indique du salpêtre, non pas à l'état d’efflorescence, mais en roche. Les habitants de Nyaous, non loin de l’Aurès, sont presque exclusivement occupés à la fabrication de la poudre de guerre ; on trouve dans les environs beaucoup de salpêtre. On en trouve aussi, d’après M. le commandant Boissonnet, à Doufna, dans le Zebbou ; ainsi qu’à l’extrémité occidentale de la province de Constantine, en un endroit nommé Mogra.

« Je suppose, dit M. Foumel, qne le salpêtre dont il est ici question provient des ruines considérables appelées Djou'ém-el- Mogra, qui sont sur le bord d’un ruisseau (l’Ouad-el-Mogra) auquel elles donnent leur nom, ruisseau qui, au-dessus des ruines, porte le nom d’Ouad- Soubilla, et au-dessous, celui de d’Ouad-Nakhâar, jusqu’à l’instant où il se perd dans le Cbot’l’-es-Saïda. Du reste, le salpêtre de Nyàous est inférieur à celui de Zebbou et à celui de Mogra. Son prix moyen n’est que de 4 bacita 1/4 la merka : or, la monnaie de compte appelée bacita (piécette) vaut 2 fr. SO c., et la merka est une mesure qui contient à peu près 7 1 litres. C’est donc sensiblement 1 5 centimes le litre ou 15 francs l’hectolitre, tandis que le salpêtre des autres localités se vend 30 fr. l’hectolitre ou 8 bacita 1 /4 la merka.

« La plus grande partie du salpêtre qui se consomme non-seulement en Algérie, mais dans toute la Barbarie, est principalement fournie x»ar le Sahara, où on le trouve en assez grande abondance, q

Nous avons déjà dit que les indigènes se livraient à la fabrication de la poudre sur toutes les ruines romaines du Sahara. Biskara, le premier poste que nous avons occupé dans le Sahara, était bâti sur des terrains salpêlrés. Aujourd’hui que la garnison en a délogé pour occuper le nouveau fort Saint-Germain, construit en dehors des plantations de dattiers, l’administration de la guerre a essayé d’utiliser ces terrains salpètrés. Une fabrique de salpêtre a été établie près de Biskara, sous la direction du capitaine d’artillerie Cbabrier.

De récentes investigations ont doublé l’intérêt de cet établissement.

a II existe, dit M. Ville, à quarante kilomètres ouest de Bogh.ar, près du marabout de Sidi-Bouzid, un gîte de soufre qui est utilisé depuis longtemps par les Arabes pour la fabrication de la poudre. Ce gîte se compose de nodules de soufre disséminés d’une manière irrégulière dans les mmues tertiaires qui sont au contact d’une couche épaisse de gypse. Ce gypse est traversé par ime roche d’origine énij)tive (dioritc) à laquelle il doit probablement son existence. 11 constitue une couche lenticulaire de 2 à 300 mètres de long sur 4 à 5 mètres d’épaisseur. »

Un gisement de soufre, que l’on dit être considérable, a aussi été signalé auprès d’Aïn-Morra, dans le Chott-el-Gharbi de la province d’Oran. Mais le service des mines n’a pas jugé prudent d’en permettre la recherche à cause du voisinage du Maroc qui n’offre aucune sécurité pour nos colons. 11 faut donc attendre que notre conquête soit achevée de ce côté.

LE COMBDSTIBLE MINÉBAL

Le premier gisement de combustible minéral que l’on a découvert, est du lignite. On l’a trouvé à 28 kilomètres de Constantine, sur la route de Philippeville, près du village de Condé (Smendou).

Il résulte d’un travail fait à la suite de sondages exécutés par M. Dubocq', ingénieur des mines de la province, que le bassin du Smendou comprend 4 groupes distincts et séparés par des distances assez grandes.

Trois de ces groupes ont été simplement reconnus, ce sont ceux de l’Oued-Mammer, de la haute vallée de l’Oued- Smendou et de l’Oued-Taffah.

Le quatrième, dit des Beni-Brahim, a fait l’objet de recherches suffisantes pour démontrer qu’il est susceptible d’une exploitation régulière et fructueuse.

Le lignite de cette zone brûle bien, et il fournit à la combustion 47 p. 0/0 de chaleur de plus que le bois.

L’extraction, qui pourra avoir lieu par galerie, sans machine élévatoire, perlera, sans difficulté, sur une superficie de 188,383 mètres cubes, d’où il sera possible de tirer, au minimum, 750,000 quintaux métriques de lignite à un prix inférieur de 2/3'““ à celui du bois. Cette quantité représente

< L’intéressant rapport de M. Duboeq sur les travaux exécutés par lui au Smendou, a été présenté le 26 septembre 1847.

Des travaux faits postérieurement ont amené à reconnaître que les assises de lignite sont au nombre de cinq. La première de ces couebes, qui parait être la plus puissante, présente dans les tranchées une épaisseur de 6 mètres 75 centimètres de lignite.

KO

la consommation probable de Constantine pendant quinze ans.

Si l’on considère la rareté et le prix élevé du combustible à Constantine, on est fondé à penser que l’exploitation intelligente du groupe de Beni-Brahim procurerait des avantages considérables à la population.

On n’a trouvé, jusqu’à présent, dans la province d’Alger, que des indices de combustible minéral*. On en a remarqué près de Tenez, au Fondouck, à Dellys, à Aumale, et même du côté de Boghar.

« 11 y a, dit M. Ville, un gîte de bois fossile auprès du caravansérail d’Aln-el-lbel, dans le terrain crétacé inférieur, à 56 kilomètres N.-N.-E. de Laghouat, sur la route carrossable de Boghar à Laghouat. Une épaisseur de 3 à 4 mètres de diluvium recouvre, sur les bords de TAln-el-lbel, un système composé de couches alternatives de grès et d’argiles du terrain crt;tacé. Les grès sont tantôt gris blanc, tantôt rouges. Les marnes d'un même banc sont tantôt vertes, tantôt lie de vin. On trouve dans les marnes de la rive gauche de nombreuses empreintes végétales et des veines irrégulières d’un lignite noir et brillant. Ces veines ont une épaisseur variable de I h 6 centimètres, et une longueur qui s’élève parfois à 50 centimètres. Elles ne sont pas disposées parallèlement aux strates des argiles; elles les coupent sous des angles très-variables, comme si c’étaient des branches d’arbres enterrées dans un dépôt boueux formé de hts réguliers du reste. On reconnaît la texture du bois dans certains fragments, et ce qui vient compléter la démonstration, ce sont les grosses branches siliciliées que l’on trouve dans le grès. L’extérieur de ces branches est formé de grès, et l’écorce est indiquée par une teinte brune ov'i l’on reconnaît très-bien les libres longitudinales du bois.

« Cet affleurement irrégulier de combustible se poursuit sur une dizaine de métrés de long et un mètre d’épais îeur. 11 est certainement fort peu important par lui-même, mais il a une certaine importance relative, parce qu’il indique la possibilité de trouver des hgnites dans les terrains crétacés du Sud. La rareté du combustible autour d’Aïnel-lbel engagera peut-être un jour à faire quelques travaux de recherches sur le gîte qu’un vient de signaler. »

< On prétend que la Mitidja renferme beaucoup de tourbe. Si le fait est vrai, il y aurait là de précieuses ressources pour la colonie.

Ht

Aux environs d’Oran, sur le revers de la Montagne-des- Lions, il existe des gîtes de combustible minéral bien caractérisés : un des amas a 30 mètres de long sur 1 5 de large, et 1 mètre 50 de puissance en maximum ; les autres amas ont une longueur de 12 mètres sur une largeur de 6, et une puissance de 1 mètre 10 centimètres. La qualité du combustible de la Montagne-des-Lions n’est pas, malheureusement, trèsbonne. Il est trop friable, trop chargé de pyrite et de cendre, pour servir au traitement du minerai de fer ou au chauffage des machines à vapeur. Il ne peut être utilisé seul que pour cuire la chaux et la brique. Mélangé avec du bois, il pourrait être employé pour le chauffage domesticpie. On a découvert, en 1850, un gîte de combustible sur les bords de Tisser; à quelques lieues de Tlemcen, un autre gîte de lignite a été trouvé dans la plaine de Terne, à 10 kilomètres S.-O. de cette ville. Des études géologiques indiquent que ce sont des dépôts formés par des eaux douces.

Quoique des terrains houillers proprement dits n’aient pas encore été reconnus jusqu’à ce jour en Algérie, on ne doit pas renoncer à l’espoir d’en trouver.

Page 1