LE SEL
L’Algérie renferme plusieurs beaux gisements de sel gemme. Un des plus remarquables est celui des Ouled-Kebbab, à quatre ou cinq lieues de Milab , dans la province de Constantine. Les Kabyles de ce pays l’exploitent depuis longtemps et vont vendre leur sel à Constantine au prix de 4 fr. la charge de mulet, d’environ 100 kilogr.; ils le transportent aussi à Sétif et dans toute la petite Kabylie , entre Stora et DJidjelli. Ces indigènes ont percé, pour leurs exploitations, une multitude de petits puits, qui ont de 15 à 20 mètres de profondeur.
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LES RICHESSES MINERALES.
O Rien, dit M. Fournel, n’est plus grossier et plus primitif que ces traïaux. Pour descendre dans les puits, qui ne sont pa.s tout à fait verticaux, on laisse pendre une corde qui n’est pas milnie fixée à la partie supérieure, mais que deux hommes retiennent en posant leurs pieds dessus et la ramenant autour de leurs bras. Le mineur la saisit un peu au-dessous de la margelle, q>ii est le sol même, et appuie ses pieds contre la paroi placée devant lui. Quelques trous, creusés dans cette paroi, permettent de poser le bout des pieds, mais les Kabyles n’ont pas même le soin de creuser ces trous sur toute la hauteur des puits. Arrivés dans la masse saline, ils fouillent tout autour du pied de leurs puits sans placer le moindre étai, et lorsque les eaux ou quelque éboulement les chassent, ils abandonnent aussitôt le puits pour eu creuser im nouveau à quelques pas plus loin, et ainsi de suite. Avec une pareille méthode, le flanc nord de la couche a dù être à peine effleuré, quoique le versant de la montagne soit littéralement criblé de ces petits puits, foncés à dilférents niveaux, depuis le sommet du Djebel-Bou-Cherf jusqu’à son pied. Jamais on ne manque d’atteindre le sel, d’où je conclus que la couche , qui parait légèrement inclinée au S.-S.-E., a une énorme puissance, ou que plusieurs couches sont superposées les unes aux autres, et, dans ce cas, probablement séparées par des marnes gj-pseuses. 11 n’y a pas de propriétaires. Le Kabyle qui descend de ses montagnes pour creuser un puits est maître de tout ce qu’il en tire. Autrefois le kaïd de Milah percevait un douro (o fr.) par puits que l’on creusait ; les indigènes ont profité de notre présence pour se soustraire à cet impôt. »
Le sel gemme que l’on tire des mines des Ouled-Kebbab est blanc et gris rouge. Voici la composition de deux de ces variétés :
Blanc.
Rouge.
Chlorure de sodium . . .
Chlorure de magnésie.
Chlorure de chaux. . . .
Silice
Eau
Comme terme de comparaison , et pour prouver la bonne qualité de ce sel africain, M. Fournel donne l’analjse sui-
vante d’un échantillon de sel gris des mines de Vie dans le département de la Meurthe :
Chlorure de sodium 70,00
Chlorure de magnésie .... 5,40
Chlorure de chaux 1,60
Sulfate de chaux 10,40
Sulfate de magnésie 2,00
Carbonate de chaux 3,60
Carbonate de magnésie. ... 2,80
Oxyde de fer 1,20
Silice 0,60
Eau 2,40
Sur la route de Bathna à Biskara, près d’Outaïa, on rencontre le Djebel-el-Melah , montagne de sel. Le sel gemme s’y révèle sur la plupart de ses pentes et brille d’un vif éclat au soleil. Cette montagne est depuis longtemps exploitée par les indigènes. Shaw fait mention du sel d’Outaïa ; il est, ditil, fort agréable au palais et se vend, à Alger, un sol l’once. 11 donne, à l’analyse, 90 p. 0/0 de chlorure de sodium.
Selon les apparences, le Djebel-el-Guelb, près de Tébessa, renferme aussi de grandes masses de sel gemme ; plusieurs ruisseaux très-salés descendent de cette montagne.
Il y a aussi une mine de sel gemme dans la province d’Oran : elle se trouve aux environs d’Aïn-Temouchen, sur les rives de l’Oued-Melah. Ce gîte repose sur un terrain secondaire qui apparaît au lit de la rivière. Les Arabes, pour extraire ce sel, ont pratiqué une entaille à ciel ouvert, sur 2 mètres de hauteur, 1 mètre 50 de profondeur et 12 mètres de long. Le sel, extrait de la carrière, est transporté par eux à dos d’âne ou de mulet à Aïn-Temouchen, et de là à Tlemcen. Sur le marché de cette première localité la charge d’âne se vend 30 c., et celle de mulet 50 c.
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A trois cents mètres d’Arbal, plus près d’Oran, on trouTe un ruisseau cpii renferme 9 1,667 milligrammes de sels divers par kilogr. d’eau. 11 est utilisé en partie pour les besoins de la colonie de M. Jules de Saint-Maur.
Dans la province d’Alger, il y a, à trois lieues de Tenez, plusieurs sources salées dont les dépôts ont jusqu’à un mètre d’épaisseur. Les Arabes vendent à Tenez le sel qui en provient 5 francs les 100 kilogrammes. On rencontre, à vingt kilomètres de Teniet-el-Haad , de petites sources qui remplissent les dépressions du sol. Par l’action des vents et des rayons solaires, l’eau s’évapore en partie et le sel se cristallise. Il se forme un dépôt continu de deux à trois millimètres d’épaisseur, qu’une cinquantaine de femmes ou d’enfants des tribus voisines enlèvent tous les jours avec dc's racloirs en fer. Il existe des sources de ce genre à vingt-quatre kilomètres de Boghar. Le sel cristallisé par des influences atmosphériques est recueilli là par les femmes indigènes, au moyen de couffins en alpha.
La province d’Alger a également un gîte de sel gemme dans le Djebel-Sahari , en deçà de Laghouat; il est appelé Rocher de sel.
» Le sel gemme , dit M. Ville , est très-abondant dans le Rocher de sel : il y forme des escarpements presque verticaux qui atteignent 35 mètres de hauteur et qui peuvent suffire à une exploitation à ciel ouvert, faite sur une grande échelle, pendant de longues années. Ce sel est gris bleuâtre en masse et zoné de diverses nuances à peine distinctes les unes des autres. 11 n’est pas stratifié. La face supérieure de l'amas de sel gemme est très-irrégulière ; elle est recouverte presque partout par un magma composé de fragments de calcaire argileux, jamie, vert, rouge, violet, et de cristaux de gypse blanc et rouge réunis par un ciment argileux. Tout cet ensenoble d’argile et de plâtre se ravine avec la plus grande facilité par l’action des agents atmosphériques. De plus, la dissolution du sel par les eaux souterraines donne lieu â de grands vides intérieurs qui s’effondrent de temps en temps, et produisent â la smface du gîte des crevasses et des entonnoirs plus ou moins larges et plus ou moins profonds. Toutes ces causes réunies déterminent des accidents bizarres, fanhtstiques, qui
font du Rocher de sel un magnifique spectacle pour le voyageur qui arrive fatigué par la monotonie de la plaine uniforme des Zarhez. »
Du Djebel-Sahari sortent un grand nombre de sources salées qui, par l’Oued-Melah, vont se jeter dans le lacZarbez- Gbarbi. Ce lac, d’environ douze lieues de long sur deux de large, est quelquefois dessccbé dès le mois d’avril. Il présente néanmoins l’aspect d’une grande nappe d’eau. L’immense croûte de sel qui le recouvre est polie comme une glace et produit une illusion complète. L’épaisseur de cette couche va en augmentant des bords du lac au centre, où elle est de 70 centimètres. M. Fournel, en donnant à cette couche une épaisseur moyenne de 33 centimètres, a calculé que ce lac contiendrait 127 millions de mètres cubes de sel, environ 250 millions de tonnes. C’est un dépôt assez considérable, dont l’exploitation coûterait peu de chose, et pour l’exportation duquel il ne manque que des chemins. 11 est du reste assez pur, puisqu’il contient près de 93 p. 0/0 de chlorure de sodium. Un autre lac de ce genre se découvre un peu plus à l’Est, le Zarhez-Chergui (oriental) ; mais la couche de sel qui s’y forme en été n’est pas très-solide et ne peut supporter sans se rompre le pied des chevaux. Aussi nos ingénieurs n’ont pu se hasarder à en explorer les parties centrales.
Du reste, comme nous l’avons déjà dit, l’Algérie renferme un très-grand nombre de lacs salés : presque tous ces lacs se dessèchent en été. Les Arabes des environs en ramassent le sel et vont le vendre au loin sur tous les marchés qui en manquent. Les Européens n’ont encore cherché à exploiter que le lac d’Arzew, qui a 12 kilomètres de long sur 2 kilomètres et demi de large. M. Ville a calculé qu’il pouvait contenir environ 1,300,000 tonnes de sel. Cette grande saline se forme par les infiltrations des montagnes salées voisines pendant les pluies d’hiver. Son alimentation annuelle peut être évaluée à 3,900 tonnes au maximum.
Les avantages qui résultent de l’emploi du sel en agricul-
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ture ont été signalés bien des fois aux cultivateurs ; toutefois il ne sera pas sans intérêt pour l’Algérie de connaître ce qui vient d’être révélé de nouveau à ce sujet par M. Wilhelm de Fellenberg. Voici quelle est la circonstance toute fortuite qui a amené cette découverte importante pour l’agriculture :
« Un paysan avait fraudé un sac de sel ; se voyant poursuivi et sur le point d’être reconnu, il jeta le sac dans sa fosse à purin. 11 échappa ainsi à l’amende qui le menaçait; mais il lui resta la crainte d’avoir gâté sou purin, et il ne l’employa qu’avec beaucoup de précaution, après avoir fait couler l’eau des toits dans le réservoir, pour diminuer les mauvais effets qu’U redoutait du sel.
« Mais sa surprise fut grande lorsque, plus tard, il remarqua que l’herbe du pré arrosé avec ce purin avait une végétation beaucoup plus vigoureuse, et qu’ensuite il vit que les animaux préféraient beaucoup ce fourrage à tout autre.
« Après avoir vidé son réservoir, il réitéra l’expérience avec ces sels non purifiés que l’on livre à bon marché dans les salines, et les résultats furent les mêmes.
« La connaissance de ce fait se répandit bientôt en Suisse; le gouvernement s’en occupa, et ses magasins sont maintenant approvisionnés de sel-engrais (dung-salz) que l’on vend aux cultivateurs au prix de 5 fr. les 100 kilog. C’est du sel non purifié, auquel on ajoute tous les déchets de la saline, mais qui contient encore 7S à 80 0/0 de sel.
0 On emploie environ un demi-kilogramme de ce sel par hectolitre de purin; dans les terres pierreuses et sèches, un peu plus; dans les terres naturellement hmnides, un peu moins.
« Dans les terres exposées à souffrir de la sécheresse, ajoute M. de Fellenberg, sur les pentes arides, on emploie aussi le sel en le répandant mêlé avec de la terre. Son effet est surtout sensible sur les pois elles légumineuses de tout genre, sur les racines, les pommes de terre, les carottes et les rutabagas. On ne s’en sert pas dans les terres argileuses ; cependant lorsque celles-ci sont drainées, elles s’en trouvent bien aussi.
« L’usage du sel est général dans tout le Jura qui avoisine les salines de SchweizerhaU ; il l’est moins dans les cantons de Berne, de Lucerne et de Fribourg, qui ont des terres fortes ; il reprend dans le Valais, où il y a encore des salines, des terres rocailleuses et des pentes arides soiunises à la culture.
a Le sel est encore employé dans quelques localités pour l’amélio-
ration des fumiers. On mêle alors le sel à de la terre pour répandre de ce mélange sur chaque couche de fumier ; et par cet emploi du sel on obtient en Suisse, par l’amélioration des fumiers, les mêmes résultats qu’on obtient dans les terres fortes par l’emploi du plâtre. »