LES ITALIENS
Les Italiens, qui ont si longtemps entretenu des relations commerciales avec les côtes Barbaresques, ont moins contribué que les Espagnols à peiqiler l’Algérie. Du reste, il ne faut pas se le dissimuler, les Romains, leurs pères, dont nous voyons encore partout les traces sur le territoire africain, fournissaient très-peu de colons au monde. Leurs colonies ne se formaient pas, comme les colonies modernes, par des migrations de paysans agriculteurs. Les Romains, comme les Turcs, étaient des conquérants; mais ils savaient mieux tirer parti de leurs conquêtes. Ils ne se bornaient pas à gouverner les vaincus; ils leur donnaient des institutions; ils leur communiquaient leur génie; ils exécutaient de grands travaux d’utilité publique, qui faisaient de la colonie une image vivante de la métropole. C’était une exploitation intelligente, car il n’y a de vie nulle part qu’avec la liberté. Cette nation corrompue a perdu avec l’empire du monde son aptitude au gouvernement politique : il ne lui est resté, en dehors de l’Église , où elle s’est régénérée et où elle règne encore, que le goût des arts, pâle reflet du génie de ses pères. En cela encore les Italiens de nos jours se sont laissé devancer; mais ils n’en ont pas moins conservé d’habiles ouvriers pour le plus utile des arts, celui des constructions. Les Italiens ont encore de bons architectes et de bons maçons : on trouve chez eux des marbriers, des briquetiers, des plâtriers, des chaufourniers, des fumistes.
A peine de nouvelles constructions se sont-elles élevées à .\lger, qu’aussitôt on y a vu accourir une foule d’ouvriers.
LES COLONS
italiens. Ils se sont faits entrepreneurs de la plupart de nos premiers travaux. Ils faisaient ouvrir des carrières, élevaient des fours à chaux, fabriquaient des briques ; ils tiraient des ports d’Italie le marbre , les carreaux de faïence , la pouzzolane et s’approvisionnaient à Trieste de planches et de tous les bois nécessaires aux constructions. La colonie, comme nous le verrons plus tard, n’a pas eu toujours à se féliciter de ces entreprises exécutées avec peu de bonne foi ; mais ceux qui ont su prendre leurs précautions n’ont pas moins trouvé parmi les Italiens d’utiles auxiliaires et des ouvriers beaucoup plus expérimentés que ceux que fournissait dans les premiers temps la France. On pouvait davantage compter sur eux ; ils étaient plus rangés, moins dissipateurs, moins ivrognes. Ils supportaient mieux les chaleurs du jour, travaillaient avec moins de mollesse, allaient moins souvent à l’hôpital. Les manœuvres indigènes qu’ils employaient étaient mieux conduits, traités moins brusquement et avec moins de colère ; ils ne s’embrouillaient pas dans leur senice et ne se faisaient pas attendre.
A part quelques jardiniers, les Italiens se sont très-peu fixés au sol. Ils ont concentré dans les villes leurs principaux établissements; ils y ont ouvert des maisons garnies, des salles de restaurateurs, des débits de liqueurs, des fabriques de pâtes, etc. Ils ne se sont guère répandus au dehors que pour aller installer des guinguettes dans les faubourgs, ou pour ouvrir des cantines sur les routes. Plusieurs y ont élevé de petites baraques et même des maisons. Elles ont servi d’abri aux voyageurs : mais l’agriculture en a très-peu profité; il est rare de trouver le moindre champ cultivé autour de ces pauvres auberges.
Les garçons italiens acceptent plus volontiers que les Espagnols tous les emplois de domesticité ; leur fierté est moins grande, leur caractère plus souple; ils s’accommodent mieux de tous le régimes et portent avec plus de goût la livrée de leur maître. La tenue extérieure d’un Italien est raren: cnt
rustique ; il sait vivre de peu et il emploie à se bien vêtir toutes ses économies. Il ne s’abaisse devant les uns comme un mendiant, que pour se redresser devant les autres comme un seigneur.
Le métier de charretier est trop grossier pour des Italiens ; celui de cocher est plus conforme à leur allure. Sur toutes les places et à toutes les portes d’Alger, ils offrent leurs voitures aux passants. Traînés par la Belle Italie ou tout autre corricolo {espèce d’omnibus à volonté), les amateurs de promenades peuvent visiter le Frais-Vallon, ou s’enfoncer dans la vallée de la Femme-Sauvage, ou bien aller se rafraîchir dans des retraites moins solitaires, au Belvéder, au Château- Vert. Pour toutes les excursions nautiques, le port d’Alger est rempli de bateliers italiens : ils alternent tous les jours avec les bateliers indigènes, non moins jaloux dans leur service, mais beaucoup moins fatigants pour leur payement.