IV
malgré le chagrin de sa mère ; et alors les chants, la musique et les danses ne discontinuent pas de toute la nuit.
Ces usages choquent un peu nos mœurs. Ils les choqueraient beaucoup moins, si nous avions conservé une foi aussi vive que les Espagnols. La mort, surtout lorsqu’elle s’attaque à d’innocentes créatures, ne peut inspirer aux chrétiens ni l’horreur, ni les regrets dont elle accable ceux qui ne comprennent que la vie matérielle. L’Eglise elle-même ne revêt pas ses ornements de deuil pour l’enterrement des vierges et des enfants.
On trouve naturel qu’un homme riche consacre sa vie au monde dans la joie et les plaisirs; mais l'on n’admet pas qu’un pauvre ouvrier puisse à cet égard emprunter à la vie sociale des classes supérieures; on lui fait un crime du moindre dérangement dans ses rudes travaux. N’est-ce point cependant un affligeant spectacle que cette vie d’isolement à laquelle sont réduits la plupart de nos ouvriers? n’est-ce point là ce qui enracine le plus la misère et dévore souvent en pure perte toutes les ressources des bureaux de bienfaisance et des hôpitaux ? 11 ne faut pas croire qu’un ouvrier qui passe ses dimanches et fêtes à visiter ses parents et amis, qui se dérange pour une fêle de famille ou pour aller veiller les malades ou les morts, perde complètement un temps précieux. Ces devoirs sociaux que s’imposent gratuitement les pauvres ouvriers espagnols, comme chez nous les gens qui vivent dans l’aisance, resserrent leurs liens, multiplient leurs relations, et partout où ils se trouvent, hors de leur patrie comme dans leur village, ils ne sont jamais embarrassés de trouver du travail ; ils se prêtent mutuellement tout ce qu’ils ont, s’entr’aident, se donnent la main, comme ils disent ; il n’est même pas rare de voir une famille pauvre héberger de nouveaux arrivants des semains entières, jusqu’à ce que toutes les provisions soient épuisées. Aussi la colonisation des Espagnols n’a-t-elle rien coûté à l’État.
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