‹ La colonisation de l'AlgérieChapitre 23 sur 35 · EIWOI DES ENFANTS TROUVÉS EN ALGÉRIE · texte numérisé non relu

EIWOI DES ENFANTS TROUVÉS EN ALGÉRIE

Nous avons dit que le nombre des enfants trouvés mineurs était de 165,000. On en expose tous les ans 25,000. Sur 38 naissances il y a un abandon ; sur 36 millions de Français il y aurait donc près de 1 million d’enfants trouvés, si ces enfants vivaient comme les autres.

Le nombre des autres enfants abandonnés n’est pas moins

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considérable. A ceux qui, élevés d’abord par leurs parents, en ont été délaissés sans qu’on sache ce que ces derniers sont devenus, il faut joindre tous ceux dont les parents sont détenus dans une prison ou traités dans un hospice ; il faut y joindre encore tous les orphelins de père et de mère indigents, et même les orphelins de père ou de mère dont le survivant est dans l’impossibilité de les élever.

La charité chrétienne a pourvu le plus généralement à l’éducation des enfants abandonnés de cette dernière catégorie, à l’éducation surtout des pauvres orphelins. L’Eglise leur a tendu partout les bras; mais l’Église, dépouillée de biens n’ayant plus les mêmes ressources, n’a pu faire pour eux ce qu’elle aurait pu faire autrefois ; elle n’a guère pu les élever qu’au milieu des villes, dans les établissements religieux qui y sont soutenus par les aumônes des ûdèles ; elle en a fait des artisans et des domestiques, alors qu’il eût été bien préférable d’en faire des agriculteurs.

Le soin des enfants trouvés revenait plus particulièrement au gouvernement ; en s’emparant de l’administration des revenus des hospices, il avait accepté toutes les charges de ces établissements qui dans toute la France étaient depuis longtemps les asiles de ces pauvres enfants. Mais s'il faut en croire le témoignage des organes officiels eux-mêmes, le gouvernement, avec les subsides des départements, avec les secours des communes, avec les revenus des hospices, avec fO millions par an et tous les fonctionnaires dont il dispose, serait resté très-au-dessous de sa tâche , aurait laissé dépérir une partie de ses pupilles, n’aurait donné à aucun une instruction convenable, aurait abandonné sa tutelle au moment même où il eût été le plus utile de l’exercer sur eux, n’aurait ainsi réussi qu’à peupler les maisons de débauche, les maisons de correction , les prisons et les bagnes. Quelques millions , il est vrai , ont été consacrés à la régénération des jeunes détenus dans des colonies agricoles ; mais les institutions du même genre fondées par des particuliers pour l’édu-

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cation des enfants trouvés et des orphelins ont trouvé très-peu d’encouragement. Loin de seconder les autres établissements fondés sous les auspices de la religion, on n’a quelquefois cherché qu’à leur nuire.

Une exception cependant doit être faite. En Algérie, les choses se sont passées différemment. A la voix du premier Évêque d’Alger, des asiles se sont ouverts pour tous les orphelins, et le gouvernement n’a pas tardé à prêter sou appui à une œuvre si éminemment utile. Non-seulement tous les enfants trouvés , tous les enfants abandonnés , tous les orphelins de la colonie , ont reçu une bonne éducation dans ces établissements, mais on leur a permis d’accneillir aussi ceux de la Mélro|K)le, alors que la diminution des maladies et des misères en Algérie commençait à les y rendre moins nécessaires.

Toutefois, 1a situation déplorable faite aux enfants trouvés et aux orphelins sous les gouvernements constitutionnels avait fini par attirer l’attention de tous les hommes qui s’intéressaient sérieusement à la chose publique. En 1849, une Commission s’était livrée à une longue enquête et avait préparé un projet de loi. En 1850, un autre projet de loi avait été soumis à l’Assemblée Législative par la Commission d’ Assistance publique, et examiné par le Conseil d’Etat. En 1853, un nouveau projet avait été porté au Corps Législatif; mais tous ces projets avaient été retirés même avant leur discussion : les ministres reculaient toujours devant les difficultés d’exécution.

Heureusement sous la constitution actuelle la volonté des ministres n’est plus un obstacle qui ne puisse être surmonté. Le chef de l’Etat, comprenant toute la profondeur d’une plaie sociale qui n’avait pas échappé à l’Empereur, son oncle, au lieu de chercher davantage à la couvrir, résolut, jcomme lui, d’y portis- remède. C’était revenir à l’application et au développement dn décret de 1811, dont l’esprit avnil •été méconnu»

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Les deux premiers magistrats de la France, M. Troplong, président du Sénat, et M. le comte Portalis, furent chargés de faire une nouvelle proposition au Sénat. Discutée préalablement dans une aussi auguste assemblée par des hommes sérieux et expérimentés, elle ne pouvait manquer plus tard de réunir tous les suffrages. Dans les pages qui précèdent nous avons déjà emprunté quelques lignes remarquables des développements présentés à l’appui de cette proposition par les deux éminents magistrats, organes de la pensée impériale : qu’on nous permette de faire encore quelques citations du Mémoire de M. le comte Portalis; on pourra juger par là des changements qui se sont opérés dans les régions gouvernementales depuis l’inauguration du nouveau règne, et des espérances que nous pouvons concevoir pour l’avenir.

Comme nous l’avons dit, le décret de 18H n’avait pas pour but de faire de tous les enfants adoptés par l’Etat des espèces d’esclaves publics au service de la marine, et ce n’est qu’accidentellement que Napoléon avait songé à les enrôler comme pupilles de la garde. Toutefois, il est bien évident que l’Etat, après avoir arraché les enfants trouvés à une mort presque certaine, après leur avoir donné une bonne éducation, doit au moins conserver sur eux tous les droits de la puissance paternelle. Sans violenter leur vocation ou leurs goûts, n’est-il pas naturel qu’il les dirige dans le choix d’une carrière , qu’il les envoie , selon sa convenance , sur tel ou tel de ses domaines? Colbert avait fait remarquer à Louis XIV qu’ils pouvaient faire de bons ouvriers par les colonies.

« La pensée de l’Empereur, dit M. le comte Portalis, a rencontré celle de Louis XIV et de Colbert ; ce qu’ils n’ont qu’entrevu, il pourra l’exécuter...

« Pourquoi l’Algérie, cette Afrique française, ne pourrait-elle pas recevoir et élever dans son sein cette population naissante et neuve, et l’enrichir ainsi de colons acclimatés dès l’enfance, qui croîtraient sur son sol et apprendraient en grandissant à la chérir comme leur p.ays natal ?

« De quelle plus noble et plus charitable manière l’État pourrait-il s'acquitter des devoirs de cette tutelle que lui impose l’adoption inévitable de CCS enfants infortunés?

« Cette province nouvelle, vaste, inculte et féconde, appelle des habitants et des cultivateurs. Elle ne refuse le concours de personne, mais c’est surtout une population française qui lui convient.

« La translation et l'établissement des enfants trouvés, en Algérie, serait un bienfait pour la France et pour la colonie.

« Il sera toujours diflicile de procurer, en France, après leur émancip<ation, un avenir convenable aux pupilles de l’Etat. Les maladies les déciment dans leur enfance ; la misère et souvent l’opprobre pèsent sur le reste de leur vie. Isolés au sein de la société, fatalement déshérités des plus pures jouissances de la vie, privés de ces liens, à la fois si forts et si doux, qui entretiennent les habitudes honnêtes, corroborent le sentiment du devoir et facilitent la résignation dans l’adversité, ils seront toujours accessibles au découragement qui énen’e et qui corrompt, et aux suggestions coupables de la m dveillance avide de troubles et de séditions...

« En Algérie, au contraire, un travail productif arrachera ces jeunes gens à une oisiveté périlleuse et leur assurera une honnête aisance. Ils y deviendront, dans un avenir prochain, de laborieux colons et de bons citoyens. La récompense certaine de leurs travaux et de leur bonne conduite les mettra en possession des douceurs de la vie de famille et des avantages de la propriété, ces deux principaux éléments de la moralisation des hommes et de la civilisation des peuples.

« Examinons si cet établissement et cette translation sont praticables.

« Et d’abord, pourquoi ne le seraient-ils pas?

« H existe en Algérie, sous le nom d'orphelinats, plusieurs établissements qui sont en quelque sorte des spMinens, des échantillons de celui que Ton voudrait former. La religion et la charité les ont créés. On pourrait trouver dans le plan qui a été suivi par leurs fondateurs, en le proportionnant à la grandeur de l’oeuvre, les linéaments d’ime organisation convenable à la colonie des oiphelins et s’inspirer de l’esprit vivifiant qui les a fait naître et qui les soutient.

« Pourquoi ne jwurrait-on pas réaliser , sur de plus vastes proportions , le bien que ces établissements opèrent sur une moindre échelle ?

« Plus de neuf cents enfants des deux sexes sont élevés dans les orphelinats de l’Algérie. Les asiles sont au nombre de sept...

« Trouver un instrument approprié à l’exécution de cette grande entreprise est assurément la première et Tune des plus grandes difficultés qui se présentent à la pensée.

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( Mais ce que nous venons de rapporter n’aide-t-il pas à Taplanir ? Une congrégation religieuse, composée de prêtres et de frères laïques, n’oflrc-t-elle pas toutes les conditions désirables pour l'institution et le gouvernement d’une telle colonie?

« On trouverait parmi eux, ajoute plus loin M. Portalis, des économes intègres et éclairés, individuellement désintéressés de tout bénéfice dans leurs opérations et n’ayant en vue que l’avcmtage commun de la colonie, avec laquelle leur association serait identifiée. Ils seraient dans cette heureuse position de pouvoir obéir aux inspirations fécondes de l’industrie privée et d’être préservés des suggestions hasardeuses de l’esprit de spéculation si souvent déçu par la cupidité individuelle.

« Cette position appartient éminemment à une association charitable, dégagée de tout désir d’acquérii* pour elle-même et dont la piété et des intérêts de Tordre le plus élevé forment seuls les liens.

(X A quelques exceptions honorables près, dit .M. le général Damnas dans im Mémoire sur le projet de colonisation des enfants trouvés en Algérie, dont nous aimons à emprunter les paroles, à cause de son expérience consommée et de la supériorité de ses vues, à quelques exceptions près, le dévouement religieux seul peut offrir le', garanties nécessaires de sollicitude et de désintéressement. C'est donc d lui qu’il faut avoir recours; et justement jaloux de consacrer ses efforts au succès d’une entreprise si éminemment utile à la patrie, à la religion et à l’humanité, il répondra sûrement au gouvernement avec empressement et zèle.

« Le moment est favorable. L’esprit du siècle encourage les associations. Les associations religieuses qui se forment ont presque toutes pour principe l’esprit de charité ou la pratique des œuvres de miséricorde. En d’autres temps, l’ascétisme dominait. C’était dans, la solitude, la prière, la contemplation, que les âmes ferventes cherchaient les voies du salut. De nos jours, les âmes qui se consacrent à Dieu vont à lui, en se dévouant au soulagement de toutes les souffrances et de toutes les misères de l’humanité. Guidées par la foi qui agit, elles se mettent au service des pauvres, des malades et de ceux qui sont délaissés. . .

tt Pomquoi ne serait-il pas possible d’encourager, de provoquer même l’institution d’une association nouvelle où s’associerait l’esprit religieux à l'esprit militaire, et qui, par l'utile alliance de ces deux puissantes disciplines, serait si propre à accomplir un si noble dessein?

> Un comte de Montpellier put bien, au douzième siècle, fonder Tordre laïque du Saint-Esprit pour desservir les hôpitaux destinés â

recevoir les enfants exposés, et sa mémoire se conserve encore à Rome un des plus célèbres établissements de la métropole du monde catholique. Pourquoi, au dix-neuvième siècle, une institution de même nature ne seraitrelle pas fondée avec la grandeur et les développements qu’entrée la ditférence des temps pour la fondation de la colonie hospitalière qui, sous le règne de l’Empereur Napoléon 111, naturaliserait sur la terre d’Afrique, en les faisant participer à tous les bienfaits de la vie civile, les pauvres orphelins de notre belle Frapce? »

M. le premier président Portalis, et avec lui M. le premier président Troplong, proposaient, en conséquence, la fondation en Algérie d’une colonie inaugurée sous les auspices et le nom de S. Ai. l'Empereur Napoléon III, destinée à l’établissement, à l’éducation, à l’entretien et à la dotation des enfants trouvés et abandonnés et des orphelins pauvres de la France. Ces enfants devraient prendre désormais une dénomination qui, en les relevant à leurs propres yeux et aux yeux des autres, leur rappellerait sans cesse l’auguste protection dont ils seraient l’objet : cette dénomination serait celte d’ Enfants adoptifs de l'État. Ces honorables magistrats pensaient que l’Empereur pourrait instituer un Supérieur général de la colonisation agricole, qui aurait sous ses ordres des directeurs, des sous-directeurs et des prêtres instituteurs, pour l’éducation des enfants; des contre-maîtres laïques, de moralité irréprochable, pour leur enseignement agricole ; en outre, des surveillants choisis dans le corps des sous-officiers retirés du service.

a Les associations religieuses exisUuites, disait M. le premier président Troplong, pourraient, dès à présent, fournir le noyau des frères appelés à instruire et à élever les enfants. Opérant, chacune avec les moyens et les ressources qui lui sont propres, mais sans point de contact et de rivalité entre elles, l’esprit qui les animerait serait imiquement celui d’une émulation favorable au succès. Au demeurant, l’autorité paternelle, mais ferme, d’un supérieur conmnm et accepté de tous, ramènerait aisément à Tuniformité de la règle et de la discipline celles qui voudraient s’eu écai-ter. »

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« Les frères revêtus du sacerdoce, disait M. le premier président Portalis, résideraient auprès du supérieur général. Us seraient spécialement chargés de l’instruction religieuse des aspirants. Us dirigeraient le séminaire ou le noviciat de l’association. Les aumôniers des divers

établissements seraient choisis parmi eux

a La famiUe adoptive est des deux sexes comme la famUle natureUe dont eUe doit présenter l’image , ou plutôt être la reproduction. EUe se compose de deux établissements ; l’un destiné aux garçons, l’autre destiné aux üUes; c’est-à-dire aux frères et aux sœurs que l’adoption de l’Etat réunit sous l’autorité d’un même père.

« Le directeur de la colonie est ce père. U réunit en sa double quabté la puissance paternelle à l’autorité administrative. U réside dans

l’établissement où sont réunis les garçons

n L’établissement destiné aux lilles, qui, quoique distinct et séparé de l’établissement destiné aux garçons, forme avec cet établissement une seule et même famille ou une colonie partielle , a pour chef un sous-directeur. C’est le représentant du père de famille, une sorte de père subrogé. 11 exerce la puissance paternelle et l’autorité administrative au nom du directeur et à sa place

« A côté du sous-directeiu’, dans les établissements destinés aux filles, une des sœurs appartenant à l’association qui dessert cette maison serait investie des fonctions et de l’autorité de la mère de famille. Les ordres du sous-directeur seraient transmis par elle aux autres sœurs, en ce qui concerne leim service. Les sœurs demeureraient chargées spécialement de la direction et du soin des infirmeries

dans les établissements des deux sexes

« Dans les étabbssements de tilles, les sœurs donneraient à leurs élèves, sous la direction et avec l’aide des frères, l’instruction religieuse et rinstruction primaire. Elles s’appliqueraient à leur inspirer les habitudes d’ordre, de travail, de propreté, de frugalité et de pureté qui sont l’ornement de leur sexe. Elles les soiunettralent à une discipline large et sévère, en évitant de les assujettir à des pratiques trop minutieuses. Elles les maintiendraient dans la pratique journalière des exercices de piété qui élèvent l’âme. Elles leur apprendraient à tenir un ménage, à apprêter les aliments, à soigner les malades, à gouverner une basse-cour et à prendre soin du bétail.

« Telle serait l’organisation de la colonie fondée par S. M. l’Empereur. »

Sans doute, l’idée d’envoyer les orphelins de France en Algérie et de les y faire élever par des religieux était excel-

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