LE CUIVRE
Les mines de cuivre de l’Algérie ont pour la France un intérêt particulier. La France, si bien approvisionnée de fer, est complètement dépourvue de cuivre. Chaque année elle est obligée d’acheter k l’étranger plus de 20 millions de cuivre, en grande partie laminé ou en laiton. Les mines de cuivre de notre colonie devaient donc les premières attirer l’attention. On rencontre de tous les côtés du cuivre en Algérie, tantôt dans des gisements particuliers, tantôt mêlé à d’autres métaux. Toutefois, les plus importants gisements de cuivTe se trouvent dans la province d’Alger : ils forment plusieurs zones métallifères, dont les principales sont celle de Mouzaïa , entre Blidah et Médéah ; celles de Milianah et de Tenez. Les unes sont comprises dans les terrains secondaires de l’Atlas ; les autres appartiranent à des terrains tertiaires.
Les mines de cuivre de la Mouzaïa ont été découvertes par l’armée, lors de l’expédition faite à travers le col de Mouzaïa pour aller s’emparer de Médéah. Nos soldats ont trouvé, à fleur du sol, de nombreux minerais qui brillaient comme de l’or, et qu’ils se sont empressés de ramasser. Ces mines sont exploitées depuis l’année 1844. Elles offrent de belles veines.
de cuivre gris, encaissées dans des couches de baryte et de carbonate de fer. Dès l’origine de l’exploilationon les a classées en cinq groupes auxquels on a donné des noms alors en crédit.
1” Le groupe de Montpensier a un filon de 1 mètre 50 c. d’épaisseur.
2” Le groupe d’Aumale a un filon de 1 mètre 60 d’épaisseur sur 60 mètres de hauteur; les veines de cuivre y ont de 5 à 1 5 centimètres d’épaisseur.
3° Le groupe d’isly a un filon de 1 mètre 50 c. d’épaisseur.
4° Le groupe de Nemours est le plus riche ; ses filons sont d’inégale épaisseur; toutefois on peut leur assigner une puissance moyenne de 4 mètres. Le cuivre gris s’y présente ordinairement en veines de 30 à 50 centimètres d’épaisseur, mais avec des étranglements et des renflements successifs. L’un de ces renflements a offert, dit-on, l’énorme puissance de 4 mètres : son minerai renfermait 40 p. 0/0 environ de cuivre métallique. Les filons du groupe de Nemours ont ensemble une hauteur verticale de 153 mètres, sur un développement de 350 mètres. En 1849 on y avait déjà pratiqué six galeries superposées, ayant un développement de 1,311 mètres.
5* Le groupe de Joinville est le plus pauvre ; ses filons ne contiennent que des veinules très-multipliées et très-irrégulières de cuivre gris.
La richesse du minerai de Mouzaïa varie beaucoup, suivant les filons. Néanmoins, lorsqu’il est dégagé un peu de sa gangue de sulfate de baryte et de carbonate de fer, il donne en moyenne un rendement de 25 0/0 de cuivre métallique.
Les mines de Mouzaïa, à deux lieues seulement de Médéah, sont situées dans un renfoncement des chaînes de l’Atlas, d’où s’échappe la rivière du Bou-Roumi, d’un côté; de l’autre, celle de la Ghiffa. Non loin de là, près du confluent de la Ghiffa avec l’Oued-Merdja, à 20 kilomètres seulement de Blidah, on a découvert un autre gisement de cuivre
assez abondant. L’épaisseur des filons y varie de 50 centimètres à 2 mètres. Le cuivre de l’Oued-Merdja est pyriteux. La proportion du soufre y est plus grande que dans le cuivre de Mouzaia, qualité qui, comme on le sait, en rend le traitement beaucoup plus facile. Plus près de Blidah, dans les gorges de l’Oued-el-Kébir on a découvert aussi plusieurs affleurements de cuivre pyriteux, dont le principal a un mètre d’épaisseur. Son rendement en cuivre métallique est de 18 à 30 p. 0/0. De l’autre côté de Blidah il y a encore, aux environs de Dalmatie et de Souma, quelques filous de pyrite de cuivre au milieu de gisements de fer. Ces filous, à l’affleurement, ont un mètre de puissance ; on peut les suivre sans interruption sur plusieurs centaines de mètres; des blocs alignés indiquent même que ces filons ont un assez grand développement. A Souma, le minerai se compose à la fois de cuivre pyriteux et de cuivre gris encaissé, comme à Mouzaia, dans des gangues de carbonate de fer et de baryte. Quelquefois ces deux variétés de cuivre sont accolées l’une à l’autre sans pourtant se mélanger. Les gîtes de cuivre ne s’arrêtent pas à Souma : on eu a signalé plusieurs autres du même genre, le long de cette chaîne de l’Atlas qui borde la Mitidja, jusque dans les gorges de l’Oued-Beni-Khelil, l’un des affluents de l’Harrach , et Jusqu’aux sources de l’Oued-Djemma, à 32 kilomètres d’Alger.
Le massif des montagnes qui domine Milianah renferme une multitude d’indices cuivreux. Les principaux gisements des environs sont ceux de l’Oued-Reham , d’Ain Kernia, du Zakkar-Charbi, de l’Oued-Aïdous, de l’Oued-Souffay, de rOued-Adeliah, de l’Oued-Soltan et de Hammam-Righa. On y a découvert des filons de pyrite de cuivre de 1 mètre 50 c. à 4 mètres de puissance. Les gîtes trouvés près de Cherchell sont également de cuivre pyriteux.
Les mines de cuivre de l’Oued-.-Vllelah, à 6 kilomètres au sud de Tenez, sont, tant par leur situation que par leur richesse, les plus importantes de la province d’Alger. On n’a
cependant commencé à les exploiter qu’en 1849. Elles comprennent cinq gisements principaux ;
1° L’Oued-Bouchittan ;
2® L’Oued-Bouchemma ,
3® Aïn-Séliman;
4® Le Camp des Gorges;
5® L’Oued-Boukandack.
Le premier de ces gisements est de cuivre gris argentifère; les autres sont de pyrite de cuivre.
f^es mines n’offrent à l’affleurement que des filons de quelques centimètres ; mais les couches inférieures atteignent une assez forte épaisseur. A l’Oued-Boukandack le ûlon principal a une épaisseur variable de 50 centimètres à 2 mètres, et 1 mètre de puissance moyenne. Ce dernier gisement est aujourd’hui le principal centre de l’exploitation. Les travaux souterrains s’étendent néanmoins aussi dans les gites d’ Aïn-Séliman , de rOued-Bouchemma et de l’Oued- Bouchittan, et comprennent ensemble près de 9,000 mètres de galerie, avec 1,200 mètres environ de chemin de fer. Deux puits à grande section, de 1 1 0 mètres chacun, sont creusés à l’Oued-Boukandack ; ils sont reliés par quatre étages de galeries. Plusieurs machines à vapeur amènent les matières au jour, épuisent les eaux, broyent le minerai et font fonctionner l’atelier de réparations. Plus de 350 ouvriers, tant arabes qu’européens, sont employés habituellement soit à l’extraction du minerai, soit à son lavage. Dès l’année 1852, la production journalière de ces mines était de cinq tonnes de minerai. Lorsqu’elles seront en pleine exploitation, on espère qu’elles pourront produire six à sept mille tonnes de minerai marchand, ou mieux encore environ trois mille tonnes de inattes de cuivre à la teneur de 30 p. 0/0. On avait envoyé à l'Exposition Universelle une trèsbelle collection de minerais de Tenez et plusieurs lingots de cuivre rouge provenant de leur exinversion à l’état métallique.
Le cuivre est moins abondant dans la province d’Oran. Toutefois, le service des mines y a déjà signalé six gisements
de minerai de cuivre. Quatre d’entre eux : celui de Guessiba, aux environs d’Arzew; celui de Tenez-el-Mhed; celui de Sidna- Loucha, à 8 kilomètres de Nemours ; celui du Djebel-Tessala, près d’Arbal ; ne renferment cpje du cuivre. Dans les deux autres gisements, le cuivre est mêlé à différents métaux.
La province de Constantine a plusieurs mines de cuivre pyriteux assez importantes à côté d’autres gisements métallurgiques. Ainsi, dans le massif d’Edough on trouve une mine de cuivre et de zinc ; dans les contre-forts orientaux du mont Filfila , dans ceux du massif de Collo , d’autres mines de cuivre sont presque atlossées aux mines de fer. Il y a encore à Aïn-Barbar des indices de minerai de cuivre et de zinc argentifère. On a apporté de Bougie des échantillons de pyrites cuivreuses que l’on disait provenir des montagnes voisines. Enfin, la province de Constantine possède plusieurs gisements de cuivre carbonaté.