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LE FER

Les gisements de fer les plus riches de l’Algérie se trouvent dans les terrains de transition de la province de Constantine qui de Bône s’étendent jusqu’à Collo, de là vient le nom du cap de Fer donné au massif principal qui ferme à l’Est le golfe de Philippeville. L’emplacement même où est aujourd’hui la ville de Bône a été autrefois le siège de nombreuses usines à fer. M. Fournel a signalé des scories anciennes dans les rues de cette ville. Aux environs de Bône, en dix-huit endroits différents, il a également trouvé des scories assez abondantes pour que la charrue n’y puisse avancer.

Près de ces amas de scories on rencontre quelquefois des ruines qui paraissent provenir d’anciennes usines. On y remarque des massifs de constructions semi-circulaires ; puis une série d’ouvertures et de compartiments dont il est impossible de préciser l’usage, mais qui ne pouvaient guère convenir qu’à un établissement métallurgique. Ailleurs on voit des fonds de bas foyers, dans lesquels les anciens traitaient le minerai. Ce sont les traces de forges à bras que l’on

1 Le mètre cube de pierre coûte à Alger 4 fr. ; à Blidah i fr. 50; à Médcali 4 fr. ; à Oran 3 fr. 50 ; à Tlcmccn 4 fr. ; à Sidi-Bcl- Abbés 5 fr.; à Constaiilinc 4 fr. 60; i Gucima i fr. 50.

LES RICHESSES MINERALES.

installait dans des endroits boisés pour les transporter ensuite sur un autre point quand les forêts étaient épuisées dans certains rayons. L’origine du minerai a été facile à constater : les mines étaient parfois assez éloignées de ces bas foyers ; mais comme elles étaient très-riches, il y avait encore plus d’avantage à transporter le minerai que le combustible. Ce minerai trouvé avec les scories a donné à l’analyse ;

Fer oxydulé

pour 100

Carbonate de chaux

Carbonate de magnésie . .

Silice

.\lumine

Eau

Tous les gisements de fer des environs de Bône, analysés avec soin par M. de Marigny, ont donné à peu près les mêmes résultats. Des essais faits avec un mélange de borax ont produit de 50 à 60 O/Ode fonte dure, brillante, réunie en un seul culot. Ce fer des environs de Bône, magnétique oxydulé, autrement dit aimanté, est très-propre à la fabrication de l’acier et vaut les meilleurs fers de Suède. La France, si riche en minerai de fer, est obligée d’emprunter à ce dernier pays les fers de cette qualité. Les mines de fer de l’Algérie sont donc pour elle une ressource précieuse. D’ailleurs, les Arabes, qui n’ont besoin de fer que pour leurs outils, ne veulent ni du fer anglais ni du fer fabriqué en France avec les procédés anglais ; ils leur préfèrent le fer de Suède, malgré son prix beaucoup plus élevé. La fabrication du fer aurait ainsi un double intérêt en Afrique.

On trouve aussi aux environs de Philippeville, près des monts Filfila, des scories qui prouvent d’anciennes exploitations, et que l’on peut, comme celles de Bône, attribuer aux Vandales. En cet endroit le minerai, d’un rouge noirâtre, présente quelques paillettes brillantes : il est sans action

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sur l’aiguille aimantée, et réunit tous les caractères du fer oligiste.

La province de Constantine renferme beaucoup d’autres gisements de fer. Aux environs de Sétif, sur la pente du Djebel-Anini, on rencontre de gros blocs de minerai de fer, compacte, pesant, noir et luisant. Ce minerai renferme 94, 04 p. 0/0 de peroxyde de fer. Il donne à l’essai 67, 08 p. 0/0 de fonte grisâtre, dure et brillante. 11 paraît que chez les Ouled-Soltan , près de l’Aurès, dans une vallée étroite qui présente des chutes d’eau considérables, on trouve aussi des blocs d’un minerai de fer analogue à celui des environs de Bône.

Les montagnes de la Kabylie n’ont pu être encore explorées par nos ingénieurs : tous les auteurs anciens s’accordent à dire que les mines de fer y sont abondantes, et leur témoignage a été bientôt confirmé par les renseignements que nous avons pu prendre.

Ainsi, dès le douzième siècle , l’industrie du fer était signalée comme existant dans les environs de Bougie ; « On s’y livre, dit Edrici, à l’exploitation des mines de fer, cpii donnent à bas prix de très-bons minerais. » Jean Léon, au seizième siècle, en fait mention dans les termes suivants : « En aucunes de ces montagnes (de Bougie), se trouvent des mines de fer, de quoi ils font de petites pièces du poids de demilivre qu’ils employent au beu de monnaie. »

« Les Kabyles de Zouaoua, dit un administrateur qui a résidé longtemps en Afrique, font, avec le fer qu’ils tirent de la tribu des Barbâcba, ces longs canons de fusil qui sont travaillés avec assez d’art.

« Le minerai en rocbe est traité par le charbon de bois dans un bas-fourneau, à l’instar de la méthode catalane ; les soufflets sont en peau de bouc et fonctionnent à bras d’hommes.»

C’est entre Bougie et Aumale que se trouvent les principales mines de fer de la Kabylie. L’Oued-Sahel et ses confluents renferment une grande quantité de blocs roulés des

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moniagnes qui attestent sur leurs crêtes des gisements considérables.

La province d’Alger est loin d’être comparable à celle de Constanline pour sa richesse en mines de fer : elle en renferme néanmoins plusieurs. 11 y a d’abord un gîte à 6 kilomètres de Tenez, au Djebel-Haddid (montagne de fer.) Ce gîte, autrefois exploité, est indiqué par des grottes taillées en plein minerai à différents niveaux. I.e minerai est composé en grande partie de carbonate de fer, qui donne 40 p. 0/0 de fonte ; il se présente par amas de deux à trois mètres d’épaisseur.

Entre Tenez et Cherchell, les Kabyles exploitent, à peu de distance de la mer, des minerais de fer qu’ils fondent sur place dans des forges à la catalane.

Tout autour de Milianah on trouve des mines de fer trèsabondantes. Abd-el-Kader, dans l’intention de les exploiter, avait même déjà commencé à faire construire une usine sous les murs de cette ville. Les mines les plus voisines présentent un affleurement de près de 30 mètres sur une largeur de 50 mètres. Abd-el-Kader y avait fait faire des tranchées à ciel ouvert de trois mètres de large et de deux mètres de hauteur. Le minerai qu’on en a exploité est encore empilé sur les bords de l’excavation ; il est en général très-pur et paraît contenir 40 à 45 p. 0/0 de fer métallique.

A 42 kilomètres ouest de Milianah , sur la rive gauche du Chélif, on trouve également quantité de fragments ferrugineux d’une très-grande richesse.

11 y a sur la rive droite de la Chiffa, à dix kilomètres de Blidah, un gîte de fer oligiste compacte, qui contient 55, 50 p. 0/0 de fer métallique.

A 3 1 kilomètres sud d’Alger, près de l’ Arba, on rencontre des couches de minerai de fer d’un mètre environ d’épaisseur; mais ce minerai contient du soufre et ne donnerait pas sans doute du fer de très-bonne qualité.

Les principaux gisements de fer trouvés jusqu’à ce jour

dans la province d’Oran sont ; celui de la montagne des Lions, à 13 kilomètres N.-E. d’Oran, sur les bords de la mer; et celui du cap Ferrate, un peu plus loin, près d’ Arzew.

Le premier est un amas de carbonate de fer de 5 mètres de puissance moyenne sur 40 mètres de largeur. Sa crête est sur un plateau qui est à 18 mètres environ de hauteur au-dessus du niveau de la mer. Les dégradations atmosphériques en ont détaché des blocs de plusieurs mètres cubes qui ont roulé jusqu’au rivage et qui pourraient être immédiatement débités. Ce minerai serait très-facile à fondre et donnerait de bonne fonte pour acier, à cause du manganèse qu’il renferme; il produit, à l’essai, 30 p. 0/0 de fonte. C’est beaucoup , si l’on considère que le carbonate de fer pur ne contient que 47, 47 p. 0/0 de fer.

Au cap Ferrate on a trouvé du fer oligiste micacé. Le nom de ce cap indique, du reste, que le gisement est connu depuis longtemps. Le fer s’y présente par filons qui ont de 2 à 3 centimètres d’épaisseur, espacés de décimètre en décimètre. Quelquefois les filons ferrugineux ont 10 et même 20 centimètres d’épaisseur. Ce minerai renferme 64,30 p. 0/0 de fer métallique ; le fer oligiste pur n’en renferme que 69,34 p. 0/0.

Une dizaine de gîtes de minerai de fer ont encore été trouvés dans la partie ouest de la province d’Oran. Ils sont également situés au bord de la mer, non loin de l’embouchure de la Tafna et du port de Nemours. Plusieurs d’entre eux ont été anciennement l’objet d’une exploitation de longue durée ; on voit encore alentour d’abondantes scories.

Ainsi, les mines de fer de l’Algérie l’emportent de beaucoup sur celles de France par la qualité du fer, la richesse du minerai et son extraction facile. Comme la plupart se trouvent dans le voisinage de la mer, il y aurait moyen d’en tirer un avantageux parti pour nos usines de France, pour celles surtout du Midi, alimentées par des minerais moins bons. Le minerai de fer des côtes d’Afrique pouvant servir de lest pux navires, coûterait souvent beaucoup moins de transport

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que la mine qu’il faut faire voyager sur les canaux et les chemins du centre de la France. Chaque année la France achète environ 100 millions de kilogrammes de minerai de fer et de fonte brute à l’étranger; ne serait-il pas bien préférable qu’elle allât chercher ses approvisionnements en Algérie?

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