CONDITIONS NATURELLES DU SOL
Le territoire de l’Algérie, comme nous l’avons précédemment fait remarquer *, appartient plutôt à l’Europe qu’au continent africain auquel il est adossé. Il continue, dans toutes les pentes de l’Atlas, la chaîne des massifs européens. Toutes les côtes septentrionales de l’Afrique ne sont que l’un des côtés du grand cadre qui enveloppe la Méditerranée ; elles ressemblent à celles d’Espagne, de France et d’Italie qui leur font face, et nous avons vu , de toute antiquité, les peuples de même race se les disputer les uns les autres. C’est seulement au delà de l’Atlas, à partir du Sahara , que commencent, avec des caractères tranchés, un autre sol, un autre climat et d’autres cultures.
Le sol du Tell et du Sahel algérien est généralement d’une
* Au lirre de U Ouerre et du Gouvernemeot de l'Algérie.
bonne qualité ; il repose sur des roches de formation assez récente, renfermant des calcaires, des marnes et des schistes argileux, dont la décomposition fournit les terres les phis riches pour la culture. Desfontaine, un de nos plus célèbres naturalistes, l’a ainsi apprécié dans la préface de son ouvrage : « Le sol d’Alger, qui est composé presque partout d’une terre argileuse mêlée de sable et de débris de végétaux, est, en général, plus fécond que celui de Tunis. »
On rencontre en Algérie très-peu de ces terres ai^euses grasses, qui ne peuvent être remuées que par des charrues attelées de huit bœufs, et qui ne deviennent productives qu’à condition d’être marnées. Les terres de notre colonie sont toutes plus ou moins légères ; elles sont souvent saturées de sel, circonstance qui les rend favorables à certaines cultures, et en particulier au coton. Dans beaucoup d’endroits on y trouve des terres d’alluvion. Ces terres. Anes, faciles à cultiver et précieuses pour les plantes, sont souvent assez profondes : ainsi, dans la vallée du Chélif la couche d’alluvion est d’une profondeur de 8 à 10 mètres. Sur les plateaux les plus élevés, comme dans les vallées, il n’est pas rare de rencontrer des couches épaisses d’un humus noir qui ressemble à du terreau de jardin. A Biskara, sur les limites du Sahara, la terre végétale a une hauteur considérable.
Le sol de l’Algérie, fortement accidenté, présente partout les traces de grands bouleversements primitifs : on y trouve quelquefois des coquillages sur des coteaux à 200 mètres audessus de la mer. En certains endroits on voit, encore abruptes, des couches de différentes couleurs ; rouges, vertes, jaunes. Elles semblent l’écume de toutes les matières minérales que renferme la terre. Ces matières fermentent peutêtre encore dans ses profondeurs, et telle est la cause des tremblements qui quelquefois se font sentir. Nous en avons déjà cité un qui, en 1823, a renversé la ville de Blidah. Presque tous les ans, d’un côté ou d’un autre, on éprouve quelques petites secousses. Dans les villes, elles ne font guère
que compromettre les mauvaises maisons; dans les campagnes, elles crevassent un peu le sol, l’affaissent parfois dans ses pentes, mais ne nuisent en rien à l’agriculture.
La bonté du sol ne suffit pas à la végétation, il lui faut de la chaleur et de l’humidité. La chaleur ne manque pas à l’Algérie ; et le Tell, soit par sa latitude, soit par son plus ou moins d’élévation au-dessus du niveau de la mer, offre des variétés de température favorables à toutes espèces de culture, favorables aussi au prolongement des époques où elles peuv'ent être accomplies. Dans la province de Constantine, la côte d’Afrique atteint presque toujours le 37‘ degré de latitude ; elle le dépasse même au cap de Fer, entre Bône et Philippeville, et au cap Boudjaroun, entre Celle et Djidjeli. Le TeU, dans cette province , s’étend jusqu’à Biskara, situé sur le 35® degré. A partir d’Alger, la côte incline vers le Midi presque d’un demi-degré jusqu’à la province d’Oran ; et le Djebel-Amour, limite du Tell, au sud d’Alger, est sur le 34' degré. Dans la province d’Oran, l’inclinaison de la côte dépasse un degré. Nemours, notre dernier port à l’Ouest, est presque sur le même degré que Biskara. Ainsi, le 35' degré de latitude qui est, dans la province de Constantine, la limite méridionale du Tell , se trouve être sa limite septentrionale à l’extrémité de la province d’Oran. Le territoire du Tell, étant tout entier compris entre les chaînes de l’Atlas, se trouve nécessairement à des hauteurs bien différentes. A partir de la côte, comme nous l’avons fait remarquer, il va toujours en s’élevant jusqu’à la chaîne du grand Atlas ; de ce point élevé, par des pentes plus ou moins rapides, il redescend jusqu’au Sahara qui, dans certains endroits, est presque au niveau de la mer.
Tiaret, au miheu des hauts plateaux de l’Ouest, est à 1,300 mètres d’élévation ; Teniet-el-Had, plus près d’Alger, est à 1,161 mètres; Bathna, hâti dans la province de Constantine, près de la ligne du partage des eaux, est à 1,021
Diètres ; Gonstantine, à moins de vingt lieues de la mer, est à 600 mètres; Milianah, plus rapproché de la côte, est à 740 mètres; Blidah, dans la plaine de la Mitidja, n’est plus qu’à 260 mètres ; et Oran, sur la côte, est à 50 mètres seulement.
On conçoit qu’à des latitudes diverses, avec des hauteurs différentes, le sol de l’Algérie doit avoir plus d’un genre de température. Quoique l’air soit plus vif dans les montagnes, le soleil y darde souvent ses rayons avec plus d’intensité que dans la plaine. Sous l’action du soleil il fait plus chaud sur les versants de l’Atlas qu’à Alger sur le bord de la mer ; mais lorsque le soleil se retire ou devient moins brûlant, la région des montagnes et des hauts plateaux redevient froide, et parfois est sujette à de rigoureux frimas. Aussi les orangers qui poussent en pleine terre, dans le voisinage de la côte, ne réussissent plus sur les premières hauteurs de l’Atlas; dans la région des plateaux, les oliviers eux-mêmes sont exposés aux gelées ; on n’y trouve que les plantes et les essences d’arbres des régions du Nord. La température est bien différente dans le Sahara. Au mois de janvier, le thermomètre se soutient à 20 degrés centigrades ; les orges sont déjà en épis : dès le mois de mars, l’on fait la récolte.
Il est difficile de se faire une idée exacte de la température de l’Algérie en se contentant des observations faites à Alger. Les savants voyageurs qui y ont passé comparent son climat à ceux de l’Andalousie, du Pérou, des pays de la Plala et du sud du Brésil; à ceux de l’Union américaine et même à celui des îles de Madère, conseillé aux santés délicates. La température subit à Alger plus de variations que dans ces dernières îles , mais elle est plus uniforme que dans les régions de l’Amérique que nous venons de citer. Dans l’intérieur du Tell, ces variations sont, au contraire, peut-être plus grandes que partout ailleurs. On a vu , en été, le thermomètre s’élever, au soleil, jusqu’à 62 degrés centigrades , et descendre, en hiver, à 3 degrés au-dessous de zéro. Il n’est
pas rare, à Teniet-el-Had, de voir tomber la neige au mois de mai. Elle recouvre souvent, au mois de janvier, de près d’un mètre les hauteurs de Médéah ; elle s’arrête aux dernières pentes de l’Atlas et n’arrive que rarement à Blidah ; néanmoins, dans cette dernière ville et même dans la Mitidja, on voit quelquefois se former des glaçons de quelques centimètres. Jamais pareil phénomène ne se produit à Alger, où il fait cependant moins chaud en été. La moyenne de la température sur la côte d’Afrique ne dépasse guère que de deux à trois degrés celle de la Provence. Voici, au surplus, le résultat des observations qui ont été faites au milieu de la journée dans les différentes saisons d’une même année.