‹ La colonisation de l'Algérie; ses élémentsChapitre 3 sur 38 · AUTOMNE · texte numérisé non relu

AUTOMNE

Alger

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Oran

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Constantine .

Teniet-el-Had.

Ainsi, la moyenne de la température d’Alger, en hiver, dépasse quelquefois celle de Paris en été ; on a constaté, dans cette dernière ville, au mois de juillet 1853, une moyenne de 16”, 80

Toutefois, il y a une circonstance générale à toute l’Algérie, qui tend singulièrement à modérer la chaleur en été et à l’augmenter l’hiver; c’est qu’à la latitude où elle se trouve, les nuits tendent à s’égaliser aux jours. Tandis qu’à Paris, au mois de juin, le jour commence à trois heures du matin pour ne finir qu’à neuf heures du soir ; à Alger, à la même époque, le jour n’arrive guère qu’à cinq heures du matin, et, dès sept heures du soir, il fait nuit. Dans le nord de la France, les nuits d’été ont à peine le temps de rafraîchir le sol, et les jours d’hiver celui de le réchauffer : plus on s’enfonce dans

' D’après M. de Humboldt, la température moyenne de Paris, pendant les mois d’été, est de 18*, 10, et pendant toute l’année de 10”, 80.

l’Algérie, plus l’égalité des jours et des nuits tend à diminuer la rigueur des saisons.

Si parfois, en Algérie, le sol est remué par des bouleversements intérieurs, le firmament, en revanche, reçoit très-peu de commotions. Les grands orages, qui souvent ravagent nos plaines de France, y sont rares. Le baromètre n’y éprouve pas d’aussi grands changements ; il ne descend guère au-dessous de 760 millimètres ; la colonne mercurielle est souvent très-élevée aux mois de janvier et de février, et les oscillations sont très-faibles dans les mois d’été. Néanmoins, dans ces mois, l’atmosphère n’est pas exempte de vicissitudes qui modifient brusquement la température.

Les vents les plus fréquents de l’.\lgérie sont ceux de l’Ouest et ceux du Nord ; ceux-lcà sont loin de lui être préjudiciables ; ils viennent de l’Océan ou de la Méditerranée, et répandent plus ou moins de fraîcheur. 11 n’en est pas de même du vend du Sud, du sirocco, le simoun des Arabes. Ce vent ne souffle qu’une dizaine de fois dans l'année, mais il dure quelquefois deux ou trois jours. Son influence se fait sentir au loin ; à Rome même, en été, elle est redoutée. Ln Italie, cependant, le sirocco a déjà traversé la mer. En Algérie, il arrive sans intermédiaire des chaudes régions du Sahara, chargé de tous les sables du désert ; car son impétuosité est telle, qu’il entraîne tout avec lui. Les palmiers des oasis ne sont sauvés que parce qu’ils plient sous ses efforts ; mais il brise les arbres éparpillés du Tell, et, à plus forte raison, les faibles plantes qui ne peuvent opposer de résistance. Lorsque le sirocco souffle, toute la végétation est brûlée en quelques heures, toutes les jeunes feuilles se dessèchent absolument comme si la gelée avait passé dessus : tout ce qui respire est presque asphyxié. Ce vent, dès son début, occasionne sur tout organisme un malaise général ; il irrite les nerfs, il épuise les forces, il obscurcit la vue. La nuit elle-même n’apporte pas de soulagement ; la température, qui s’est élevée subitement

de plusieurs degrés pendant le jour, se soutient telle après le coucher du soleil. Après le sirocco, on a toujours des ravages à compter : la grêle, dans le Nord, n’en occasionne pas souvent de plus grands. Le sirocco est donc, pour l’Algérie, un véritable fléau contre lequel la civilisation ne pourra jamais inventer que des compagnies d’assurance.

Avec les sécheresses auxquelles l’exposent le soleil et les vents, l’Algérie, surtout en été, devrait être complètement dépourvue de l’humidité si nécessaire à la végétation. 11 n’en est pas ainsi. Peu de pays ont des eaux plus abondantes que l’Algérie. Sous ce rapport, la nature y a déposé des trésors qu’elle sait elle-même parfaitement utiliser, et où la main de l’homme peut toujours puiser. Nous avons vu que toute la région si desséchée extérieurement du Sahara algérien renferme, à une profondeur peu considérable, une espèce de mer intérieure dont les eaux jaillissent sur le sol dès qu’une issue leur est donnée. Cette région reçoit aussi toutes les eaux du versant méridional de la grande chaîne de l’Atlas. Ainsi le Ziban, sur la limite du Sahara, est traversé d’un bout à l’autre de l’Ouest à l’Est par l’Oued-el-Djedi (rivière du Chevreau). Ce cours d’eau, après un parcours de plus de cent lieues en ligne droite, va se perdre dans le lac Melghigh.il est vrai qu’au milieu du Sahara les rivières sont bientôt absorbées dans les sables ; néanmoins, elles suivent certains courants, et, l’été, il suffit de gratter leur lit à sec pour que l’eau apparaisse et s’échappe en sources abondantes.

C’est ainsi que se sont formées toutes les oasis du Sahara ; nous pourrons les développer et les multiplier à l’infini aussitôt que, la ferre nous manquant, nous voudrons, par notre industrie, conquérir de nouveaux champs. Mais maintenant ne nous occupons que du Tell, où notre colonie est installée.

De toutes les cimes de l’Atlas, recouvertes de neige une partie de l’année, s’échappent des sources. Elles descendent rapidement à travers des ravins, à travers des gorges étroites.

jusqu’à ce qu’elles arrivent à des vallées et quelquefois à des plaines. Entre les deux chaînes principales de l’Atlas, les eaux n’ont pas d’issues ; elles forment alors de grands lacs salés qui s’étendent sur toute cette région des hauts plateaux. On y remarque entre autres, dans la province d’Oran, le lac qui borde le désert d’Angade, et dans celle de Constantine, celui qui commence à Msilah et se prolonge presque jusqu’à Biskara.

En deçà des hauts plateaux, toutes les eaux des pentes de l’Atlas s’écoulent vers le Nord ; tine portion est encore arrêtée par les massifs du Sahel, et forme aussi des lacs. Dans la province d’Alger, dans la partie basse de la plaine de la Mitidja, au pied du Tombeau de la Chrétienne, on rencontre le lac Halloula; près de Bône, il y a le lac Fetzara, de 5 à 6 lieues d’étendue ; près d’Oran, on trouve aussi plusieurs petits lacs, entre autres celui de Sebgha, entre Misserghin et Arbal. Plusieurs de ces lacs sont très-poissonneux, et couverts de cygnes, de bécassines et de beaucoup d’aiitres oiseaux aquatiques recherchés par les chasseurs. Mais la plus grande portion des eaux du versant septentrional de l’Atlas a un écoulement facile dans les nombreuses rivières qui déhoucheiit dans la mer. Ces rivières, quelles que soient leurs sinuosités, ayant un cours restreint et une pente assez rapide, sont trèspeu profondes, et presque toutes sont guéables, sauf au moment de la fonte des neiges où elles deviennent torrentielles pendant quelques semaines. Leur volume d’eau diminue un peu en été, mais tarit rarement, et, au sortir des montagnes, peut irriguer de vastes étendues de terre. Les rivières de l’Algérie, comme autrefois beaucoup de rues de Paris, changent très-souvent de nom, soit à leur confluent, soit à leur simple passage dans tel ou tel territoire. On distingue dans la province d’Alger : VHarrach et la Chiffa ou Mazafran, qui arrosent la Mitidja ; Visser et le Sébaou, qui traversent les montagnes de la Kabylie, dont elles forment les principaux bassins. 11 y a dans la province de Constantine : l’Oued-

Sahel ou Summam, près de Bougie, qui s’échappe également des montagnes de la Kabylie ; le Rummel, qui passe au pied de Constantine ; le Saf-Saf, qui a son embouchure près de PhilippeTÜle ; la Seybome, qui, après avoir parcouru la vallée de Guelma, va déboucher au golfe de Bône. On trouve dans la province d’Oran un autre Ifser, qui, au confluent de la Momla, s’appelle la Tafna; la Mekera, qui, au sortir des gorçes de l’Atlas, s’appelle le Sig, pour ensuite se confondre avec VOued-el-Hammam, ou Habra, sous le nom de Macta; enfin le Chélif, dont nous avons déjà parlé, le fleuve Azar des Romains, qui traverse aussi la province d’Alger. Cette dernière rivière est la plus grande de l’Algérie ; c’est la seule qui s’échappe du massif intérieur. Au Sud, près du Djebel- Amour, où elle prend sa source, elle porte le nom à'Oued- Sebgha, puis celui à'Oued-Taguin, jusqu’à ce qu’elle sorte des hauts plateaux pour incliner vers l’Ouest. Elle reçoit de nombreux afQuents, dont le dernier et le principal est la Mina.

Ainsi, l’Algérie est sillonnée par des cours d’eau; eUe renferme un grand nombre de lacs ; elle est, de plus, bordée dans sa longueur par la Méditerranée, et n’est pas très-éloignée de l’Océan. Lorsque les rayons du soleil frappent sur toutes ces masses liquides, ils opèrent une évaporation d’autant plus grande, que leur action est plus brûlante ; l’air humide qui en résulte, poussé par les vents du Nord et de l’Ouest, se répand sur la surface du sol, permet la formation des nuages et de la pluie. Elle arrive presque toujours après que le sirocco a soufflé, car alors il s’opère une réaction dans l’atmosphère ; l’air s’étant raréfié attire les nuages. Mais en été l’action du soleil est si forte, qu’ils ont à peine le temps de descendre ; ils mouillent un peu le sol pendant la nuit ; ils l’imprègnent à peine d’humidité pendant le jour. Aussi en Algérie les pluies ne correspondent pas exactement à la pesanteur de l’air, et les descentes du thermomètre en été en sont souvent des indices plus certains que l’abaissement du

baromètre. Toujours est-il qu’en Algérie les pluies assez fréquentes en hiver ne font point complètement défaut en été ; jamais, par exemple, on n’y a, comme en Provence, quatre à cinq mois de sécheresse consécutive. Voici, au surplus, les observations pluviométriques qui ont été faites à Alger par M. Don, ingénieur des ponts et chaussées :

MoyeaBC pendant nne période de aeaf années, de <838 a 1846.

des Jours de des nuits plu- qusntité de millim.

pluie.

vieusee.

d'eau tombée.

Janvier . .

Février . .

Hiver.

Mars. . . .

Avril. . . .

Mai ... .

. Priut.

Juin ....

Juillet . . .

Aofit. . . .

. Été. .

Septembre.

Octobre . .

Novembre .

■ Aut. .

Décembre .

Totaux. .

Des observations semblables ont été faites à Alger de 1853 à 1854 par M. Jouve Duval, inspecteur de l’Académie. Elles ont constaté 829 millimètres d’eau tombée dans l’année, chiffre qui se rapproche de la moyenne précédente ; mais ces mêmes observations ont signalé pour 189 jours sereins 36 jours couverts et 120 jours pluvieux, sinon en entier, du moins en partie. C’est beaucoup plus que dans aucune des années précédentes.

A Oran,des observations de ce genre ont été faites pendant une période de onze ans, de 1841 à 1852. Elles ont donné par an une moyenne de 53 jours de pluie, dont 17 pour

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l’hiver et 3 pour l’été, et une moyenne de 435 millimètres d’eau tombée, dont 200 pour l’hiver et 9 pour l’été.

A Constantine, en 1838, il est tombé 1 mètre 208 millimètres d’eau dans cette proportion :

En hiver, 39,3 p. °/„ ;

Au printemps, 29,8 p. "/o ;

En été, 11p.

Et en automne, 25,3 p. °/o.

Cette même année, à Paris, U était tombé 530 millimètres d’eau :

En hiver, 23,4 p. ”/o ;

Au printemps, 18,3 p. “/o ;

En été, 25,1 p. 7o>

Et en autonme, 33,5 p. '/o*

Ainsi, il tombe pendant l’hiver et le printemps, proportionnellement, un tiers plus d’eau à Constantine qu’à Paris, et \m tiers moins pendant l’été; mais comme la quantité d’eau tombée à Paris est moitié moindre, il en résulte qu’il n’y tombe pas plus d’eau en été qu’à Constantine; seulement, la répartition se fait mieux à Paris, où l’on compte 134 jours pluvieux par an.

En Algérie, les pluies d’été sont généralement faibles; au milieu de l’atmosphère embrasée, les orages ne se manifestent guère que par des éclairs : mais à l’entrée de l’hiver et jusqu’au printemps, on y est exposé à des ouragans tembles ; en quelques heures la température baisse de plus de 10 degrés, et des pluies torrentielles tombent pendant plusieurs jours. Au ihois de novembre 1841, en moins de deux jours il est tombé 139 miUimètres d’eau; il en est tombé 49 millimètres en une heure et demie. 11 est facile de concevoir tous les dégâts qu’occasionnent de pareils déluges.

L’Algérie n’est donc pas, malgré ses chaleurs, un pays aussi sec que l’on pourrait le croire; les pluies y sont abondantes ; il est seulement fâcheux que la proportion, comme dans le nord de la France, n’en soit pas plus grande en été

qu’en hiver. Toutefois, on ne peut s’empêcher, même à cet égard, d’admirer l’ordre de la Providence qui répartit à chaque pays, selon ses besoins, les secours de la nature. Si, pendant l’été, en France, les pluies n’étaient pas plus abondantes, que deviendrait la végétation, puisque dans les autres saisons de l’année la chaleur ne serait plus assez grande pour l’activer? L’Algérie, qui, dès le printemps, jouit d’une température chaude et voit mûrir ses récoltes, a aussi, en temps opportun, des pluies fécondantes. Qui plus est, avec le printemps, tout n’est pas fini pour son sol privilégié : dès le commencement de l’automne il reverdit sous l’influence de nouvelles pluies, et pendant plusieurs mois les rayons du soleil sont encore assez chauds pour lui donner d’autres récoltes. L’Algérie ne peut donc envier à la France les bienfaits de son été, quand elle en jouit par anticipation, quand elle en jouit deux fois.

Cependant, même en été, la nature vient encore au secours de la végétation sur le sol brûlant de l’Algérie.

Nous avons fait remarquer combien l’ardeur du soleil activait l’évaporation et imprégnait l’atmosphère d’humidité dans le voisinage des eaux. C’est la cause de l’abondance des pluies à certaines époques de l’année, et particulièrement dans les pays élevés, où le refroidissement de l’air attire et condense les nuages. En été, la masse de l’atmosphère reste toujours chaude ; mais au moment où le soleil se couche, il s’opère à la surface de la terre un refroidissement relatif d’autant plus subit et plus sensible qu’elle est plus découverte, qu’elle a davantage pendant le jour absorbé de calorique. La condensation qui s’opère alors de toutes les parties aqueuses de l’atmosphère produit une épaisse rosée ; elle atteint son maximum entre deux et quatre heures du matin, et au soleil levant on trouve les plantes mouillées comme s’il avait plu toute la nuit. Ce phénomène s’observe en Algérie, même sur les montagnes ; aussi l’herbe y pousse-t-elle merveilleusement, et l’on s’étonne d’y rencontrer pai tout des prairies na-

turelles, quand en France on n’en trouve que dans les fraîches vallées.

L’été n’en est pas moins , en Algérie , la saison la moins favorisée par la nature, et l’on peut dire qu’elle y est, comme en France l’hiver, une morte saison. Mais l’industrie humaine peut suppléer à la nature, et encore, à cet égard, l’Algérie présente des avantages. Les cultures artificielles, dans le Nord, entraînent dans de grandes dépenses de serreschaudes ou de couches abritées, quand il faut donner à la terre la chaleur qui lui manque pour fermenter et produire. En Algérie, où le défaut d’humidité seul la rend stérile, il suffit, pour la féconder, d’amener à sa surface l’eau dont elle a besoin. La pente rapide des rivières de ce pays y rend les irrigations faciles, et les prises d’eau, avant de vivifier l’agriculture, peuvent aussi profiter à l’industrie par les forces motrices que procurent leurs chutes. Mais les irrigations ellesmêmes ont leui’s limites ; quand arrivent les sécheresses de l’été, les sources et les rivières finissent par s’épuiser, et dans une grande plaine l’eau la mieux aménagée n’arrive plus aux parties inférieures. La Providence semble encore y avoir pourvu, et les plaines du Tell ont des trésors cachés, comme le Sahara. Dans beaucoup de plaines élevées, dépourvues de rivières, on trouve l’eau à un mètre ou deux. Dans d’autres, en partie irrigables, les courants souterrains, très-profonds d’abord , arrivent presque à fleur de terre à certaines distances, là où précisément les eaux superficielles ne pourraient atteindre. Dernièrement même le service des ponts et chaussées a fait exécuter, sur les bords du Mazafran, où l’on voulait construire un pont, trois sondages de huit à neuf mètres de profondeur qui ont donné lieu chacun à une petite source d’eau jaillissante. Près de là, dans le voisinage du lac Halloula, le service des mines a fait exécuter un autre sondage qui a fait reconnaître la possibilité d’obtenir des eaux jaillissantes dans la Mitidja. Quoi qu’il en soit de ces expériences, si, dans le Tell, l’eau cachée sous le sol ne peut jaillir

partout comme dans le Sahara, elle n’en forme pas moins des nappes éparses et intarissables où il est facile de puiser par des moyens artificiels peu coûteux. Avec une noria, le moindre cheval peut alimenter une rigole assez forte pour irriguer d’une manière continue, sans qu’il soit nécessaire de faire des provisions dans de grands réservoirs.

Ainsi, par les pluies bienfaisantes du printemps et de l’automne, deux fois dans l’année la nature féconde les champs de l’Algérie, et elle ne demande aux honunes que bien peu d’efforts pour les rendre toujours fertiles. Cette fertilité alors n’a même plus de bornes; car avec l’eau, plus la chaleur est grande, plus la végétation devient active, et il est facile de concevoir combien un sol qui naturellement lui est favorable doit donner de merveilleux produits quand l’action combinée de tous les éléments l’entretient dans une continuelle fermentation.

Nous avons examiné la valeur intrinsèque du sol, les heureuses conditions de fertilité dans lesquelles il se trouve placé. Voyons maintenant le parti que les Arabes en ont tiré, et ce qu’ils nous ont laissé à la superficie.

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