Français
13,000 Chinois,
200,000 Allemands,
93,574 colons de divers pays.
Total. 460,174’
Depuis sept à huit ans, la migration dépasse 200,000 âmes et va toujours en augmentant ; mais un feit remarquable, c’est que si la migration allcmando augmente, au contraire la migration irlandaise diminue.
En 1850, plus de la moitié des colons, 116,532 sur 2 1 2,796, étaient arrivés d’Irlande ; l’Allemagne avait à peine
fourni la moitié de ce nombre. Aujourd’hui les rôles sont changés : près de la moitié des émigrante pour l’Amérique sont Allemands, et les Irlandais n’entrent même plus pour le quart dans l’émigration.
En effet, comme le faisait dernièrement remarquer M. de Lourdoueix dans la Gazette de France, le hien-être matériel n’est pas toujours le seul que recherchent la plupart des émigrants. A chaque page nous voyons dans l’histoire des masses de citoyens émigrant de différents jKiys pour se soustraire aux persécutions religieuses et aux tyrannies de toute espèce. Dans l’origine, bien des migrations en Amérique n’avaient pas eu d’autre cause. Les institutions de l’Amérique offraient aux émigrants une liberté d’action qui a dû, à l’origine, en séduire un grand nombre. Néanmoins, comme toutes les institutions participent plus ou moins aux im- ‘ perfections humaines, le régime républicain le mieux entendu peut dégénérer comme les autres, et offrir même moins de garantie. En définitive, ce n’est toujours que la raison du plus fort, raison qui peut devenir très-tyrannique.
«Le principe de ces gouvernements, dit M. de Lourdoueix, étant la volonté nationale, il s’ensuit qu’une variation dans cette volonté, un mouvement d’idées, un coup de vent de l’opinion, peut changer toutes les situations qui se sont faites sur la foi de sa législation et de ses engagements les plus solennels. C’est ce qui arrive aux Etats-Unis.
« Il s’est éveillé dans ce pays un esprit d’égoïsme sordide, mêlé de fanatisme protestant, qui entre en jalousie des avantages faits aux émigrants européens et veut détruire la liberté religieuse des catholiques. Un parti (les Know-nothing), qui a souffié cet esprit sur les descendants des Washington et des Franklin, a pris une telle importance, qu’on le croit sur le point de prévaloir dans le congrès. Nous empruntons à un article du Moniteur les derniers renseignements parvenus en Europe sur les progrès de cet esprit de monopole qu’on
nomme le nativisme, et sur ses conséquences par rapport aux émigrés catholiques. »
« En 1855, le chiffre des émigrants de cette nation sera très-inférieur à celui de 1 854 *; car l’agitation des Know-nothing en Amérique, dirigée en même temps contre les Irlandais et les Catholiques, a principalement en vue les Irlandais.
« Les nouvelles d’Amérique continuent à être décourageantes pour les émigrants, et malgré la défaite des Know-nothing en Virginie et la scission qui s’est opérée parmi eux en Pensylvanie, les préventions existant contre les émigrants parmi les Américains de naissance (natives) ne paraissent avoir rien perdu de leur force. »
« Ainsi, l’immigration, ajoute M. de Lourdoueix, s’arrête quand le nativisme se lève ; bien plus, les émigrés irlandais abandonnent leurs établissements et retournent à la misère de leur patrie, quand l’intolérance protestante vient effacer les promesses que l’indifférence philosophique leur avait faites. »
Les émigrants allemands, étant en grande partie protestants, gênent moins sous le rapport religieux les anciens citoyens de l’Union américaine ; mais leur nationalité différente ne laisse pas que de leur inspirer de vives inquiétudes. Comme tout dans leur institution dépend de la majorité, ils craignent que, d’un jour à l’autre, ils ne soient débordés, et qu’après avoir libéralement accueilli les réfugiés du monde entier, ils ne finissent par subir une loi contraire à leurs goûts. On eu peut juger par l’extrait suivant d’un discours prononcé par M. Thompson, sénateur de Kentucky, et reproduit par plusieurs organes de la presse :
« On nous propose de donner les terrains de l'Etat à des vagabonds, des mendiants et des criminels que la justice vengeresse ou les évé-
1 En effet, tandis que le nombre des émigrants en 1854 avait été de 460,174, U résulte d’une nouvelle communication faite par le secrétaire d’État des États-Unis à la Chambre des Représentants, que le nombre des émigrants arrivés aux États-Unis pendant l’année 1855 ne s’est élevé qu’à 230,1100, dont 66,000 Allemands, 49,000 Irlandais et 39,000 Anglais.
nements politiques jettent de notre côté, à des étrangers qui quittent leur pays parce que les institutions en sont trop sages ! On nous propose d’encourager de tels sujets à former de nouvelles communautés, de nouveaux États sur notre territoire. Les belles communautés que celles fondées par ces vagabonds et criminels de l’Europe !
« En vue d’une guerre européenne, nous devons conserver toutes nos ressoimces; ce n’est pas le temps à présent de prodiguer les terrains publics au rebut de la société. Cette proposition n’est bonne qu’à plaire aux habitués des cabarets et maisons de débauches.
« Tandis que les anciens États de TUnion, surtout celui de la Nouvelle-Angleteire, demandent en vain ime partie de ces terrains à titre de subvention pour faire des améhorations intérieures, nous les donnerions peut-être à im Hessois, dont les aïeux ont massacré les nôtres, ou à un Allemand qui a une bosse si forte et des pieds si larges, qu’il faudrait trois générations pour en façonner un gentilhomme américain.
a Supposons qu’un terrain, Nebraska, par exemple, ne serait habité que par des gens tels que cette proposition y attirerait, quelle confusion de langues n’en résulterait-il pas ! Des gens de toutes les nations du monde s’y trouveraient ensemble et représenteraient une telle combinaison d’abjection, paresse, crimes, infamies, qu’elle suffirait pour corrompre la nation la plus chaste et la plus puissante. Si un Américain honnête voulait s’y établir, on lui demanderait : A quel titre venez-vous ici? qui avez-vous assassiné ou volé pour que vous veniez vous établir chez nous? »
Du reste, avec leur forme républicaine, les Etats Unis d’Amérique ressemblent beaucoup aux pays de domination musulmane. Le gouvernement y est également impuissant pour faire régner la justice et préserver des violences de l’anarchie. La condition sociale des étrangers n’est guère meilleure d’un côté que de l’autre. Chez les Américains, ainsi que chez les Turcs autrefois, les étrangers, considérés comme des rayas, sont soumis à de véritables capitations et doivent acheter la permission de vivre au milieu des citoyens de la République. Voici ce que dit, pour nous édifier à cet égard, VÉcho du Pacifique, journal de Californie :
« Loin de rencontrer ici cette égalité de traitement sur laquelle comptait l’émigrant, il tombe à sou aiiivée entre les mains des collec-
teun de taxes qui lui enlèvent une partie de ses faibles ressources, et, avant d'avoir posé les pieds sur le sol des Etats-Unis, il doit payer à l'Etat 5 dollars (25 fr.) à titre de santé. Si, plus tard, il se rend aux mines, il est traqué, poursuivi de nouveau par une autre catégorie de collecteurs rapaces, âpres au gain, qui, le revolver au poing, lui enlèvent 4 piastres par mois, parce qu'ils ont toléré sa présence dans des placera qui appartiennent au gouvernement fédéral ou à des particuliers, et non aux autorités de la Californie. Le citoyen américain est exempt de cette double charge; il ne paye ni droit de santé, ni taxe de mineur. Ce qui blesse surtout l'étranger, c'est l'infériorité humiliante où cet impôt le place vis-â-vis des Américains. 11 quitte l'Europe pour chercher la liberté, et il est empoigné en arrivant par les agents du fisc américain et réduit à un état de vasselage humiliant. Lorsque les émigrants quittaient leur patrie pour venir se fixer en Californie, ils ne s'attendaient jias à recevoir de semblables affronts, ils ignoraient que de tels abus pussent être comi>atibles avec le régime libéral inscrit dans toutes les Constitutions américaines. »
Un des droits les plus durs auxquels sont assujettis les étrangers, c’est sans contredit le droit d'auiiatne (rescheats). Les étrangers non résidents né peuvent hériter de la propriété immobilière en Californie, et ils sont exposés à des contestations même pour la propriété mobilière.
lu' Écho du Pacifique cite un rapport du gouverneur de l’État de Californie, dans lequel ce fonctionnaire rend compte des mesures énergiques qu’il se propose de prendre pour assurer à l’État la propriété de divers immeubles échus par droit d’aubabie, et dont la valeur est estimée à deux millions et demi de dollars (12,500,000 fr.) :
<1 Deux millions et demi de dollars ! s'écrie le journal califomieo, confisqués â de malheureux héritiers, parce qu'ils ne sont pas résidents, et cela en vertu d'un droit régalien qui a pris sa source dans un sentiment de rapines en usage parmi la noblesse du moyen âge!
« Des républicains, prendre précisément dans la législation régalienne ce qu'elle a de plus exorbitant !
« Etre répubhcains, et ne pas se voiler la face en présence de pareilles horreurs ! — Bien loin de là, voir un gouverneur d'Etat s'excuser de n'avoir pas eu d'argent pour payer les avocats, les conseils.
qui doivent faire rentrer ce produit de la rapine dans les caisses de l'État ! C’est en vérité mettre le comble aux dernières monstruosités !
« Somme toute, ajoutait le journal VAkhhar, après avoir reproduit ces réflexions, la Californie, malgré tout le bruit qu’en font les compagnies d'émigration afin d’y attiier des colons européens, ne parait pas, tant s’en faut, être pour ceux-ci un lieu de délices, et les observations que nous venons de citer sont bien faites pour désenchanter de cet Elldorado.
« Le droit public des nations y est foulé aux pieds, comme le prouve l’insulte faite au consul de France, M. DUlon.
« La justice ne s’y administre pas avec l’impartialité désirable, et elle n’y est pas respectée, puisque, dans maintes occasions, les jugements populaires se substituent à son action.
« La société y est à Télat de barbarie.
« Les mœurs y sont d’une violence sauvage.
« Qu’estrce qu’\m pays où l’État s’empare de la dépouille des morts et en frustre leurs héritiers, quand ces dépouilles appartiennent à un émigrant étranger; où la force tient lieu du droit; où la richesse couvre tout ; où le couteau et le revolver jouent leur rôle dans les moindres querelles; où l’homme vit constamment armé; où il se publie des Tableaux du crime, tel que celui que nous avons reproduit ; où le meurtre court les rues et les campagnes?
< La Californie est une terre fertile; soit! Elle contient de riches mines d’or; soit ! Mais cela ne fut pas qu’il soit doux d’y vivre et d’y mourir ; cela ne fait pas que l’émigrant étranger puisse se dire, en y abordant ; Ubi bene, ibi palria ! »
Malgré tout, l’émigration continue. Les circonstances actuelles lui sont, il est vrai, très-&vorables. Depuis une quarantaine d’années l’Europe a joui d’une paix profonde. Si, pendant cette période, la population de la France s’est accrue de près d’un quart , que doit-il en être en Allemagne, où les familles sont nombreuses, où souvent un père a 10 ou 12 enfants! De longues années de prospérité ont pu permettre pendant quelque temps de pourvoir aux besoins nouveaux ; mais , à la fin , la moindre disette , la moindre crise commerciale ont dû bientôt entraîner une misère profonde et bouleverser bien des existences. D’un autre côté, les gouvernements allemands ne sont pas en voie
de progrès. Ils sont de plus en plus tracassiers à la vue du débordement des idées socialistes; et lorsqu’ils pourraient leur opposer une digue par l’union de la foi chrétienne, ils la sapent dans ses fondements en favorisant les divisions du rationalisme, en ne montrant de tolérance que pour le mal et en se déchaînant contre de saintes institutions qui cependant pourraient encore les régénérer.
Toutefois, il ne faut pas se le dissimuler, ce malaise général qui règne en Allemagne n’eùt pas été sut^isant pour faire prendre à l’émigration un élan aussi extraordinaire que celui qui se manifeste aujourd’hui. Ce mouvement s’est trouvé tout d’un coup favorisé par des influences complètement étrangères à l’économie politique et à l’amour de la liberté. La spéculation a bientôt jeté sou dévolu sur les malheureux émigrants ; de toutes parts des compagnies se sont formées pour opérer leurs transports, transports de long cours, nécessairement dispendieux et pouvant procurer des bénéfices de nature à exciter les convoitises.
Les compagnies d’émigration ont partout en Allemagne des agents intéressés par des primes à la réussite de leurs entreprises. Ils fournissent toutes les explications qui peuvent être utiles aux émigrants : comme des commis-voyageurs, ils parcourent les villes et les campagnes, et ne négligent ni les soins, ni les démarches pour obtenir le plus grand nombre possible d’enrôlements. Ce n’est pas tout, les compagnies subventionnent les gazettes les plus accréditées et, au besoin, pubbent des feuilles spéciales, dites journaux d’émigration. Leurs journaux comme leurs agents vantent aux futurs émigrants les terres cpii leur sont offertes, en exaltent l’heureuse situation, l’admirable fertilité, et les montrent comme une sorte de paradis où l’on est trop heureux d’obtenir son admission. Pour donner une sorte d’authenticité à ces descriptions poétiques et les rendre plus séduisantes, les compagnies les corroborent par des témoignages irrécusables.
Elles choisissent parmi les infortunés colons les meilleurs théoriciens, les mettent à leur solde et les font retourner dans leur pays,, pour vanter à leurs compatriotes les avantages de la colonisation américaine, pour devenir une preuve vivante de l’aisance qu’on peut s’y procurer. Elles parviennent ainsi à vaincre toutes les hésitations et à triompher des plus incrédules. On voit alors de malheureux pères de famille vendre tout ce qui leur reste pour réunir la somme nécessaire à leur passage dans l’autre monde, pour payer la barque à Caron , qui doit les mener aux rivages du bonheur. Les compagnies n’en demandent pas davantage , elles se soucient très-peu de savoir si leurs nouveaux hôtes ont réglé tous leurs comptes, si leurs papiers sont en règle, s’ils ont de quoi acheter leur pain sur la terre promise. Elles les entassent à fond de cale dans leurs navires, avec moins de précautions encore que les négriers n’en apportent pour leurs esclaves. Ils ne répondent pas de leurs marchandises : elles ne leur ont rien coûté ; ils auraient même tout avantage à pouvoir s’en débarrasser chemin faisant. Quand les malheureux colons peuvent arriver sains et saufs, ils ne sont souvent qu’au commencement d’une carrière beaucoup plus pénible à fournir que celle qu’ils ont quittée. Ils pouvaient au moins trouver dans leur patrie encouragement et assistance : à leur arrivée en Amérique, ils sont abandonnés à euxmêmes sur la plage, sans qu’aucune main charitable les aide à faire le premier pas, sans que la moindre parole de consolation vienne adoucir les accents de leur premier désespoir.
Dernièrement, un journal racontait que par suite des mauvaises récoltes la cherté des vivres était devenue si grande aux États-Unis, qu’une barrique de farine de 100 kilos s’y vendait plus de 125 fr.; une livre de bœuf de 1 fr. à 1 fr. 70; une pomme de terre 05 c.; un œuf 15 à 20 c. D’autre part, l’affluence des travailleurs avait fait tomber le prix du travail à un tiers du salaire antérieur. Aussi, en quelques mois,
dans le seul port de New-York, 6,000 émigrants, assez favorisés du sort pour avoir pu conserver un peu d’argent, s’étaient-ils réembarqués, fuyant ces contrées qu’on leur avait représentées comme on Eldorado.
Qu’on juge par ce seul fait de l’affreuse position de ceux à qui la misère ne laisse aucun espoir de retour.
C’est un peu sur quoi comptent les compagnies d’émigration, et ce qui les enhardit davantage à tromper impudemment les malheureux auxquels elles s’adressent. Une colonie aussi voisine du continent qu’est l’Algérie, ne peut, sous ce rapport, leur convenir. D'ailleurs, le gouvernement français fait lui-même tous les frais de la traversée de la Méditerranée, le reste du voyage est d’un trop petit intérêt pour les compagnies ; aussi se déclarent-elles les ennemies acharnées de notre colonie. Elles cherchent à la décrier, parce qu’elles savent bien qu’elle pourrait leur faire une concurrence redoutable, et c’est là même une des parties les plus essentielles de la mission de leurs journaux et de leurs agents. Ecoutezles, ces journaux et ces agents : aux colons qu’il s’agit d’enrôler pour les plaines de l’Ouest ou pour les régions aurifères de la Californie ils ne parleront pas des fièvres qui, sur certains points, déciment les populations nouvellement implantées, ni des Indiens qui errent partout sur les confins de la civilisation, ennemis impitoyables dans la guerre, infatigables déprédateurs pendant la paix ; mais ils leur parleront de l’insalubrité de l’Algérie et du manque de sécurité provenant de la présence des Arabes.
L’Arabe, dans leurs descriptions, prend des proportions gigantesques ; il envahit les habitations, détruit les cultures, tue et massacre les colons ; avec lui, point de trêve, point de repos. Les familles qui ont l’imprudence de s’établir en Algérie vivent continuellement sous le coup du brigandage, et la ruine est infailliblement leur partage.
En présence de cette propagande active qui se fait en Allemagne au profit de l’Amérique et au détriment de l’Algérie,
que fait le gouvernement ihmçais? Le Moniteur, son journal officiel , a été dernièrement chargé de le dire ; laissons>le donc parler :
« Le nombre des émigrants allemands et suisses qui traversent notre territoire poim se rendre dans les pays transatlantiques s’est beaucoup accru pendant ces dernières années.
« L’ouverture du chemin de fer de Strasbourg et les communications &équentes que le port du Havre entretient avec les deux Amériques procurent en effet aux émigrants toutes les facilités désirables.
« La France ne peut que gagner au passage de ces nombreux étrangers qui empruntent son territoire, et qui y laissent, en frais de transport et de séjour, des sommes considérables.
a A un autre point de vue, les souvenirs et les impressions que les émigrants recueillent, en traversant même rapidement notre pays et notre capitale, ne sont pas sems influence sur la haute idée qui s’attache, dans les régions les plus lointaines, à la fécondité de nos ressources et au progrès de notre civilisation.
« La plupart des pays étrangers ont pris des mesures pour régulariser les mouvements de l’émigration. L’intérêt de la France lui commande d’adopter des dispositions analogues, et, en même temps, elle doit aux émigrants comme aux gouvernements dont ceux-ci dépeudent, elle se doit à elle-même d’entourer le transport et rembarquement des passagers de toutes les garanties que l’humanité réclame.
« C’est dans ce but que les départements des affaires étrangères, de l’intérieur, de la marine, de la guerre, des finances, de l'agriculture, du conunerce et des travaux publics se sont concertés pour former une commission spéciale chargée d’étudier les différentes questions qui se rattachent à l’émigration.
< Cette commission vient d'être instituée par un arrêté de M. le ministre de l’agriculture, du commerce et des travaux publics, en date du !•' de ce mois.
« La commission est installée et elle fonctionne avec activité. »
Le gouvernement français, assurément, se montre trèslibéral et fait preuve, comme à son ordinaire, d’un grand amour de l’humimité ; mais sera-t-il payé de retour, et peuton espérer que les colons allemands, séduits au passage par la fécondité de nos ressources et les progrès de notre civilisation, emportent avec eux une si haute idée de la
21(i CHAPITRE VI.
France, qu’il en résulte de grands avantages pour notre commerce?
L’émigration, il faut le reconnaître, est une des choses qui contribue le plus au développement du commerce ; c’est à elle qu’on doit en grande partie attribuer la prospérité commerciale de l’Angleterre. La population dont elle s’est dégarnie au profit du Nouveau-Monde, consentant ses goûts et ses habitudes, n’a point cessé de s’approvisionner dans ses manufactures, et le produit de ces dernières a dû augmenter en proportion de l’aisance qu’elle acquérait dans les colonies. Aussi, l’indépendance des Etats-Unis, qui a pu porter un coup à la puissance politique de l’Angleterre, a très-peu préjudicié à son commerce. L’émigration en Australie lui a créé un nouveau mouvement commercial qui commence à prendre de grandes proportions. En effet, dans l’espace de trois années, la Grande-Bretagne a placé sur les marchés australiens pour 538,372,315 fr. de produits fabriqués.
Dans ces dernières années, l’émigration allemande pour l’Australie a été assez considérable : aussitôt le commerce de Hambourg avec l’Australie s’en est ressenti.
Voici quelles sont les valeurs des marchandises importées et exportées :
En 1850 16,920 marcs banco 279,993 marcs banco.
Si nous jetons les yeux sur un pays non maritime, la Suisse, nous voyons que c’est aussi l’émigration qui a fait une grande partie de sa prospérité. Il y a des Suisses dans tous les pays du monde , et il en résulte que la Suisse entretient des relations commerciales sur tout le globe, malgré sa situation géographique défavorable.
L’émigration développe donc le commerce, mais, en général, c’est surtout au profit de l’ancienne patrie des émigrants. Voilà la fiche de consolation des princes allemands.
Si l’émigration diminue leur puissance politique, elle augmente la prospérité commerciale des sujets qui leur restent, n y a moins de pauvres à nourrir et les finances de l’État s’améliorent : ce sont de véritables compensations.
Les gouvernements allemands ne pouvant s’opposer au torrent de l’émigration se contentent de le régler de leur mieux; mais, ne nous le dissimulons point, leur intérêt n’est pas de le diriger sur notre colonie africaine. Les produits similaires de nos manufactures nuisent évidemment au commerce étranger, et les droits protecteurs de la douane rendent la concurrence difficile. A part cette considération , les gouvernements allemands sont beaucoup plus jaloux de la France que des États qui les toucbeiit de moins près, et ils ne craignent rien tant que ce qui peut augmenter notre importance nationale. Aussi voient-ils avec une joie secrète les menées honteuses des compagnies d’émigration, qui s’efforcent de détourner leurs sujets de notre colonie algérienne , bien préférable pour ces derniers à toutes les autres.
Malgré tout, comme nous l’avons vu , quelques émigrants allemands se sont spontanément dirigés sur l’Algérie; quelquefois même il en est arrivé tout d’un coup des bandes assez nombreuses pour peupler tout un village.
L’Administration de la colonie leur a fait généralement un assez bon accueil. On voit entre Oran et Mostaganem deux villages formés, il y a quelques années, d’émigrants prussiens débarqués dans cette province au moment où on y pensait le moins. Plusieurs petits centres de population se sont formés de la même manière aux environs d’Alger avec des colons suisses. Toutefois, l’Administration civile, moins sans doute par négligence que par le sentiment de son impuissance, n’a pas toujours mis dans son accueil l’empressement désirable.
Voici ce que racontait, en 1850, un journal d’Alger :
« II y a quelques six mois environ, un premier essaim de Suisses,
Si 8
Tenant du Valais, commune de Sesson, débar<pia en Algérie sous la direction de l'instituteur Bruchet.
« On le fixa à Ameur-el-AIn, Tune des colonies agricoles fondées dans l'ouest de la Mitidja, en 1849 et, depuis lors, veuve de tout habitant.
■ Bientôt Bruchet écrivit dans son pays, rendit compte de ses impressions, fit part de ses espérances à ses compatriotes en les engageant à imiter son exemple.
« Sur la foi de ses écrits, un convoi de 200 émigrants s'organise, il est dirigé sur la province de Constantine et débarque à PhUippeville.
« A Philippeville, cette émigration trouve dans M. Temblaire, souspréfet de l'arrondissement, un homme de cceur et d'intelligence qui l'accueille avec joie et s'empresse de la pourvoir selon ses vœux.
« Des lettres exprimant la plus vive satisfaction, venant des environs de Philippeville, ne tardent pas à arriver dans le Valais. On se les passe de main en main, et un troisième convoi de 54 émigrants se met en route pour l'Algérie. 11 débarque à .Alger.
< Déposé sur le quai, personne ne vient le reconnaître, il ne sait à qui s'adresser.
« Après de longues heures d'attente, une personne s'enquiert par hasard de ce que sont ces hommes, ces enfants, étrangers au pays et qui restent immobiles.
« — Nous .sommes des Suisses, répond-on à cette personne, nous venons coloniser l'Algérie.
• — Pourquoi n'allez-vous pas au dépôt des colons?
« — Nous ne savons où est ce dépôt.
a — Venez avec moi. »
« On arrive au dépôt. 11 est interdit à M. le directeur d'y recevoir des colons. Cependant M. le directeur comprend qu'il ne peut laisser ces gens sur la chaussée ; il se rend près de M. le préfet et lui expose la situation.
« M. le préfet est obligé de faire des économies sur le budget de la colonisation, il refuse formellement l'entrée du dépôt à ces émigrants.
« De chez le préfet, M. le directeur du dépôt se rend chez le consul suisse dans l'espoir que celui-ci plus heureux pourra décider M. le préfet à ouvrir les portes du dépôt à ses nationaux.
(1 Le cousul court chez M. le préfet. Nouveau refus. Pas d'argent, pas de Suisses ! L'à-propos est sans réplique.
« De la décision du pivfct .M. le consul en appelle au gouverneur.
« M. le général d'Haulpoul n'hésite pas. 11 donne l'ordre d'admettre ces 54 émigrants au dépôt ; mais quarante-huit heures s'ôtaient écou-
lées depuis le débetrquement. M. le gouverneur les fait ensuite diriger sur la colonie Ameur-el-AIn, où se trouvaient déjà quelquesuns de leurs compatriotes.
« Ceci se passait du 5 au 10 avril.
« Le 4 mai, un quatrième convoi, venant toujours du Valais, aborde & Alger; il compte 21 5 individus.
a Comme le précèdent convoi, personne pour le recevoir au débarquement.
a Enfin, après vingtrquatre heures de démarches, on Tadmet au dépét, mais pour trois jours seulement.
a Hier expirait le premier délai accordé. Siu les 215 émigrants, SA ont été envoyés à Ameur-el Ain ; 157 restent à pourvoir. Une prolongation de quarante-huit heures de séjour au dépét leur est accordée ; après quoi ils iront où ils pourront, a L'Administration, dit-on, n'a pas de terres à leur donner, a D’après les renseignements qui nous sont fournis, ime bonne partie des habitants du Valais eût émigré en Algérie, si l'Administration eût continué à les recevoir.
a Maintenant ce mouvement est arrêté, a Nous le devons à l'impuissance de notre Administration, a On nous assure même que l'autorité supérieure a écrit officiellement à M. le consul suisse pour l'engager à arrêter ce mouvement d’émigration, attendu que rien en Algérie n'était disposé pour lui faire place, a Pauvre Algérie ! r
Ce n’est pas que le gouvernement français ne cesse de faire des vœux pour que l’émigration allemande se porte sur notre colonie : les bras manquant, il comprend parfaitement toute l’importance qu’il y aurait d’attirer des ouvriers aussi laborieux que les colons allemands. Naguère on l’a vu accueillir avec plaisir la publication d’une feuille hebdomadaire imprimée à Alger, moitié en français, moitié en allemand ; malheureusement les abonnés allemands n’étaient pas encore assez nombreux pour faire vivre ce petit journal. Son directeur dès lors a cru devoir céder aux instances de ses lecteurs français, en demandant au gouvernement l'autorisation de ne plus écrire qu’en leur langue. Des difficultés incroyables lui ont été faites pour l’obtenir. Le gouvernement désirerait
donc l’émigration allemande en Algérie; mais il voudrait, autant que possible, qu’elle pût s’effectuer sans frais et sans nécessiter du moins aucun sacrifice extraordinaire. C’est avec cette restriction qu’il paraît avoir expliqué aux gouvernements étrangers la protection qu’il voulait bien accorder aux émigrants allemands. On lisait il y a quelque temps ce qui suit dans la Gazette de Cassel :
« L’attaché de l’ambassade de France à notre cour, M. le comte Eugène de Belcour, a fait connaître au gouvernement, dans une note spéciale du 28 novembre dernier, les conditions sous lesquelles l’émigration des sujets hessois en Algérie pourrait s’opérer en pleine sûreté, sans qn’ils fussent exposés à être renvoyés à Cette ou à Marseille. Ces émigrants devront notanunent prouver, s’ils veulent obtenir une cession de terres, qu’Us possèdent 2,000 francs. Les ouvriers ayant une famille devront prouver qu’ils possèdent 400 fr., et ceux sans famille, 200 fr. »
C’est sans doute par suite des instructions de ce genre que, vers la fin de 1853, on a vu débarquer à Bône une nouvelle bande d’Allemands munis de passe-ports en bonne règle ; mais à l’exception d’un seul, c’est là tout ce qu’ils possédaient. Comme on en paraissait surpris, ils ont avoué que le riche compatriote qui se trouvait au milieu d’eux leur avait successivement prêté à la frontière son trésor d’un millier d’écus, pour se faire admettre au privilège de colons algériens. Ils n’avaient aucun moyen de retourner chez eux. On ne pouvait les laisser mourir de faim en les abandonnant, à l’entrée de l’hiver, aux intempéries de l’air sur les terres à concéder. Bien heureusement, elles dépendaient de l’Administration militaire, et les officiers qui la représentaient ont pu parer avec une sollicitude digne d’éloges aux difficultés de l’incident. On a commencé par donner des rations militaires, comme aux colons parisiens, à ces pauvres Allemands ; puis , contre le mur d’enceinte d’un village en espérance, on leur a construit de modestes chaumières recouvertes en chaume, mais peut-être aussi solides que les jolies maisons élevées ail-
leurs à plus grands frais. Enfin l’Administration militaire, féconde en ressources , a mis tous les Arabes des environs en réquisition : ils ont été invités à labourer, pour l’amour de Dieu , une dizaine d’hectares à chaque colon allemand et même à fournir les semences nécessaires. La plupart de ces émigrants étaient catholiques, ils désiraient un prêtre. Un Jésuite allemand s’est aussitôt dévoué et est allé camper au milieu d’eux, disant la messe et faisant l’école aux enfants, tantôt dans un village, tantôt dans un autre. On a vu ce bon missionnaire porter chaque jour sur son dos, à des distances de cinq à six lieues, tout ce qu’il lui fallait pour l’exercice du culte, jusqu’à ce que M. le général de Mac- Mahon, passant par là, lui eût fourni la somme nécessaire à l’acquisition d’un mulet. On conçoit toute la reconnaissance que devaient avoir ces pauvres Allemands pour tous les soins dont ils étaient l’ objet : rien n’était oubhé ; on pourvoyait aux besoins de l’âme comme à ceux du corps ; on assurait leur avenir. Que leur position eût été différente s’ils avaient eu assez d’argent pour s’adresser à une compagnie de migrations en Amérique , et si, au lieu de débarquer au port de Bône, ils eussent été déposés sur les quais de New-York 1 Un si généreux accueil, n’en doutons pas, ne sera pas perdu pour la France. Tandis que les milliers de colons allemands réembarqués naguère dans la plus riche cité de l’Union américaine viendront dire à leurs compatriotes les déboires qu’ils ont éprouvés sur une terre inhospitabère, les colons de l’Oued-Touta pourront bientôt raconter à ceux qu’ils ont quittés la fécondité du sol algérien et les ressources plus grandes encore de la charité française. Elle s’est révélée d’une manière bien éclatante dans cette circonstance, d’autant plus que tout y était spontané et qu’il avait fallu sortir de la légaUté. Mais un gouvernement doit-il s’endormir dans la pensée que ceux qui le représentent sauront suppléer à tout? Peut-être le nôtre pourrait-il, dès aujourd’hui, prendre exemple sur quelques gouvernements américains?
Voici le résumé d’une loi de colonisation qui, l’année dernière, a été publiée au Mexique :
« Le Ministre di Fomente nommera à l’étranger des agents pour recruter et embarquer des colons pour Mexico. Les colons devront être de la religion catholique, munis de certificats de bonnes vie et mœurs, et aptes à une profession utile. Les agents veilleront au bien-être et à la sûreté des colons pendant le passage. Les colons trop pauvres auront le passage gratis, sauf à en rembourser le prix au gouvernement deux ans après leur arrivée. Chaque colon agricole recevra 32,500 rares carrées de terrain propre à la culture ; chaque famille de trois individus au moins, Txn million de vares carrées ; ils s'obligeront à en rembourser la valeur après cinq ans révolus, et à résider sur les lieux. Ces colons seront considérés comme Mexicains dès leur arrivée , et seront soumis à toutes les charges qu’impose celte qualité. Les colons pourront introduu-e, sans payer de di’oits, les vêtements, outils et instruments d’agiàculture nécessaires à leur installation. »
Plus récemment encore , la république de Vénézuela publiait une loi sur l’émigration. On y pourvoit à des établissements destinés à fournir gratuitement pendant trente jours aux émigrants tous les secours dont ils peuvent avoir besoin. On assure ensuite une prime aux armateurs qui apporteront 25 émigrés. Cette prime leur est donnée en dégrèvement de droits de douane ; mais à défaut de marchandises soumises à ces droits, elle doit leur être payée inunédiatement en argent. Du reste, des concessions sont assurées aux colons. Elles sont, il est vrai, provisoires ; mais elles peuvent devenir déflnitives au bout de trois ans, si le terrain concédé a été cultivé par eux. Aucune formalité n’est exigée des colons pour leur naturalisation. Us n’en sont pas moins exempts pendant dix ans de tout service militaire, même dans la milice. Des commissions d’émigration doivent être établies dans chaque capitale de province et dans les principaux ports. Elles pourvoiront au placement des émigrants non engagés, et veilleront à la stricte exécution des contrats que les autres auront faits.
On le voit, les différentes républiques américaines se
préoccupent sérieusement de peupler leur vaste territoire, et les Etats-Unis eux-mémes, qui paraissent aujourd’hui les moins bien disposés à accueillir le flux des émigrants, ne cessent pas cependant de favoriser le mouvement de l’émigration en mettant de grandes étendues de terres en vente. L'an dernier encore le gouvernement de l’Union a vendu 23,000,000 d’acres de terres, 6,000,000 de plus que l’année précédente.
Le gouvernement français, dans ces circonstances doit-il se borner à facibter par de sages règlements le passage des émigrants à travers la France, de manière à faire profiter nos ports de l’émigration allemande? Ne pourrait-il pas en tirer meilleur parti encore pour notre commerce, en favorisant davantage l’établissement des étrangers dans notre colonie algérienne? Au lieu de se borner à envoyer à ses agents diplomatiques des notes auxquelles les princes allemands paraissent taire très-peu attention, noire gouvernement ne pourrait-il pas avoir des agents qui se missent directement en rapport avec les émigrants allemands? Ces agents leur donneraient des renseignements positifs, démasqueraient le jeu des compagnies américaines, et seraient même d’utiles correspondants pour les colons allemands déjà établis en Algérie ; ne serait-ce que pour se procurer les papiers nécessaires souvent à leur mariage.
Quelques mesures pourraient peut-être aussi être prises en Algérie même pour facibter le placement des ouvriers étrangers, pour leur procurer du travail, pour surveiller l’acconvplissement des engagements qu’ils peuvent contracter avec les particuUers, pour facibter les démarches qu’ils peuvent avoir à faire auprès de l’Administration, s’il y a beu de leur concéder ou de leur vendre des terres. Quoique disent les organes officiels sur les facibtés nouvelles apportées au régime des concessions, les colons français échouent tous les jours encore en présence des formabtés administraUves, et les plus hautes protections suffisent à peine pour faire réussir
les démarches de quelques-uns. Que doit-il en être d’étrangers ignorant notre langue, n’ayant aucun aboutissant auprès des autorités et ne pouvant invoquer aucun droit à la bienveillance ! Nous avons vu les facilités que les républiques américaines mettaient aux naturalisations; celle de Vénézuéla les affranchit de toute espèce de formalité ; elle exempte de plus, pendant dix ans, les étrangers naturalisés du service militaire et même de celui de la garde nationale. On s’inquiète peu en Algérie de la naturalisation des étrangers ; mais on ne manque pas de les enrôler dans les cadres de la milice. Évidemment, si l’on veut attirer la migration étrangère dans notre colonie , il y a quelque chose de plus à faire que ce que l’on a fait jusqu’à présent; l’on doit donner avant tout à l’autorité civile les moyens d’agir efficacement et de pouvoir rivaliser de zèle avec l’autorité militaire.
11 y a en ce moment en Allemagne un très-grand élan vers l’Amérique ; mais cet élan tient en très-grande partie, comme nous l’avons fait observer, aux menées des compagnies d’émigration : moins ces causes sont naturelles, moins elles peuvent durer. Comme toujours, les artifices de la spéculation finiront par s’user, et, lorsque cette fièvre aura cessé, la réaction commencera. Rien alors ne nous sera plus facile que de profiter des déboires inévitables des émigrants, si nous sonunes en mesure de leur offrir de meilleures garanties en Algérie, si, par des faits, nous pouvons prouver les avantages de sa colonisation, et présenter le contraste de la position aisée des colons allemands venus à nous, avec celui des misères que les émigrants en Amérique auront trouvées. Sans doute , il peut y avoir là quelques nouveaux sacrifices à faire, mais on ne peut récolter sans semer. Toute la question se réduit à le faire avec intel- Ugence, à ne pas jeter la semence sur le chemin à travers les pierres ou dans les ronces et les épines. Faut-il nous arrêter parce qu’en cela, méconnaissant la parabole de
l’ÉTangile, nous n’avons pu généralement obtenir que de tristes résultats?
Ayons plus de confiance en l’avenir, les essais tentés dans de bonnes conditions en disent déjà assez pour empêcher le découragement.
l'émigration belge
Les motifs qui ont fait émigrer les Anglais et les Irlandais en Amérique, qui aujourd’hui encore attirent dans le Nouveau-Monde les populations allemandes, n’existent pas en Belgique. Les Belges jouissent d’une liberté politique et religieuse qui doit les attacher à leur pays. L’unité de foi y fait même donner au culte une protection qui ne peut froisser personne. Les principes du Christianisme, en se consolidant, raniment la charité dans tous les cœurs ; les affligés et les pauvres, au lieu d’être repoussés de la société, y sont aimés et secourus comme des frères. Ainsi, ce n’est pas la classe malheureuse en Belgique, comme en Angleterre et en Allemagne, qui doit tourner ses regards vers les colonies lointaines ; mais l’exiguité du territoire belge, relativement à sa population, paralyse toutes les forces vitales du pays, par suite des circonstances politiques dans lesquelles il se trouve placé. La Belgique est beaucoup plus peuplée que la France, qui déjà s’inquiète de l’accroissement progressif de sa population ; la Belgique est même plus peuplée que l’Angleterre, et il lui est impossible d’avoir les mêmes débouchés commerciaux. Elle ne peut tourner davantage vers l’industrie les hras de ses ouvriers, ses produits trop multipliés ne feraient que se déprécier et, par contre-coup, que faire bais-
ser le prix de la main-d’œuvre au seul détriment de ceux qui ne vivent que de leur travail. Sans doute, un sol fertile offre des ressources infinies ; mais, de même qu’en industrie tes artisans isolés ont moins d’avantages que les grandes manufactures, de même en agriculture les procédés économiques ne peuvent aussi bien s’appliquer sur les petites exploitations que sur celles qui ont quelque étendue. Il n’y a même que ces dernières exploitations qui puissent être complètes : l’élevage des bestiaux, le plus riche des produits, est impraticable dans d’étroits domaines. Or, le fertile territoire belge, par suite de l’adoption de la législation française, est un des territoires les plus divisés du inonde, et ses nombreux propriétaires épuisent, à le féconder, des forces qui, ailleurs, produiraient bien davantage. Le propriétaire d’un champ de quelques ares de superficie n’a pas de quoi occuper une charrue qui pourrait suffire au labour de plusieurs hectares, et s’il prend la pioche pour cultiver son héritage, il perd évidemment sur sa main-d’œuvre. Beaucoup de petits propriétaires eu Belgique commencent à le comprendre ; ils s’aperçoivent que les travaux que chaque année ils accomplissent sur leurs propriétés ne font, en définitive, que leur donner beaucoup de peine pour ne leur donner que de médiocres produits, insuffisants, la plupart du temps, pour les faire vivre. Ailleurs, en se louant à la journée, ils obtiendraient de leur travail un prix beaucoup plus rémunérateur. Leur titre de propriétaire ne fait que les placer dans une position plus misérable que celle des simples manœuvres. N’est-il pas plus avantageux d’y renoncer? D’un autre côté, tel petit champ qui n’est qu’un embarras pour l’un, peut être avantageux pour l’autre en complétant sa culture. 11 n’a donc pas perdu réellement sa valeur, et le prix de vente peut même fournir à celui qui l’abandonne, amplement de quoi s’établir plus loin. C’est le calcul qu’ont déjà fait bien des Belges, et ils ont tourné leurs regards vers l’Amérique. Les terres y sont, en effet, à bon marché ; le prix d’un demi-
hectare, en Brabant, suffit pour acquérir un immense domaine sur la Baie Verte.
Toutefois, il ne suffit pas, pour réussir en agriculture, d’avoir de vastes étendues, il faut pouvoir mettre le sol en valeur. En Amérique, comme apleurs, il y a des frais de constructions à faire; il faut aussi acheter des bestiaux et des instruments aratoires; de plus, le voyage est long, et les dépenses qu’il entraîne sont considérables. Il n’y a donc que les colons qui ont des ressources suffisantes qui peuvent réussir, et encore parmi ces derniers ceux seulement qui ont la chance de ne pas faire d’écoles trop compromettantes, qui ont assez de bonheur et d’intelligence pour n’être pas victimes de la mauvaise foi d’une foule de gens dont la seule industrie est de faire des dupes.
Quant aux colons belges qui ont à peine le moyen de faire la traversée, leur position est assurément pire que celle des Allemands. Ceux-là trouvent déjà sur la terre étrangère un grand nombre de compatriotes qui les accueillent et les pilotent. Que peut faire, sans ressourcçs, un malheureux ouvrier belge nouvellement débarqué dans un port de l’Union américaine ? Ce n’est pas, en général, dans un grand centre de population qu’il trouvera des terres et du travail , et une fois enfoncé à plusieurs centaines de lieues dans l’intérieur, que deviendra-t-il? Perdu dans l’espace, ne rencontrant que des gens malheureux, dont il ne pourra pas même se faire comprendre , il n’aura bientôt plus que le regret d’avoir quitté sa patrie sans espoir d’y pouvoir retourner. Là, au moins, il était sûr de ne pas mourir de faim, il était toujours assuré de trouver les secours et les consolations de la religion. Le gouvernement américain, sans doute, n’entrave pas la liberté, mais il n’érige pas d’églises et n’entretient pas de curés. La majorité des citoyens de l’Union est protestante; les catholiques sont, pour la plupart, des Irlandais ou des Allemands , et c’est aux missionnaires de leur nation qu’ils font appel. Les Belges, ne parlant que le flamand ou le
français, sont donc généralement dénués de secours religieux, et leurs enfants, à défaut d’enseignement, sont exposés à vivre dans l’oubli de Dieu.
Mais laissons parler le Journal de Bruxelles. Voici ce qu’il racontait dernièrement ' dans un article intitulé : Nouvelles authentiques sur les Belges récemment établis autour de la Baie Verte en Amérique :
« Nous venons de recevoir communication de deux lettres qui ont été adressées à un personnage distingué de notre pays : Tune est écrite par un évêque d’Amérique et l'autre par un des missionnaires de son diocèse. La première porte la date du 14 mars dernier; la seconde est datée du 6 du même mois. Elles contiennent des nouvelles fort intéressantes sur ceux de nos compatriotes qui sont allés s’établir autour de la Baie Verte (Green-Bay), et elles ont pour but de solliciter l’envoi de missionnaires et de secours pécuniaires , afin qu’on leiu vienne en aide dans leur fâcheuse position.
« Nous croyons utile d’en communiquer à nos lecteurs les détails suivants :
« Le nombre des émigrés belges établis en cet endroit s’élève à plus de 2,000. Les premiers venus ayant quelque argent ont pu faire choix de bonnes terres et sont assez bien au point de vue matériel ; mais ceux qui sont arrivés l’automne dernier manquent de tout. Plusieurs sont morts de froid, de faim et de chagrin, sans recevoir les derniers sacrements de l’Eglise. Un grand nombre d’entre eux ont eu les pieds et les mains gelés. On en voit qui mendient leur pain de porte en porte; mais comme ils sont étrangers, souvent on les repousse. Sont-ils malades, ils n’ont pas de médecins ; car s’ils en ont, ils ne les comprennent pas; s’ils cherchent de l’ouvrage, l’ignorance de la langue du pays, qui est l’anglais, les empêche d’en trouver.
« Toutes ces misères, continue Tune des deux lettres, ne sont rien en comparaison des besoins spirituels. Le gouvernement des Élats- Unis ne se mêlant en aucune façon des all’aires religieuses, il faut que ces Belges se bâtissent une église à leurs frais. Le feront-ils? Je ne le pense pas, à moins qu’ils n’aient au milieu d’eux un ou deux missionnaires zélés, prudents, désintéressés et d’une santé de fer. A défaut de prêtres, les enfants ne sont baptisés que longtemps après leur naissance ; les malades meurent sans sacrements et sont ensevelis sans prêtres ni cérémonies; les enfants sont sans catéchisme, les
* Numéro du avril 1856.
adultes sans messe et sans instruction. D’un autre côté, les hérétiques font circuler de mauvais livres en abondance et font des efforts inouïs pour les faire apostasier.
« Les deux lettres se terminent par un vœu bien légitime : on souhaite que des secoiUTs en argent et smiout quelques bons prêtres aillent aussitôt porter remède à des maux si désolants et si multiphés. »
Cette perspective n’a pas manqué d’effrayer en Belgique. A la vue des tendances qui se manifestent déjà dans quelques localités , plusieurs pétitions ont été adressées aux Chambres belges dans le but d’attirer sur ce point l’attention du gouvernement, soit pour arrêter la migration, soit pour aviser aux mesures que réclame l’intérêt des colons.
Dans la séance du 7 avril 1856 de la Chambre des Représentants, plusieurs honorables membres s’exprimaient ainsi ;
M. DE Ruddere de T. Lokeren : « Les pétitionnaires signalent à la Chambre que l’émigration aux Etats-Unis se propage d’une manière effrayante, que cette émigration ne diminue point le paupérisme, parce que ceux qui partent sont ceux qui ont quelques ressources et même des capitaux assez ronds ; les pétitionnaires demandent qu’on prenne des mesures à cet égard. Un grand nombre de pétitions ayant le même but ont déjà été adressées à la Chambre, qui a adopté le renvoi à M. le ministre de l’intérieur... »
M. Rodenbacu : « Je ne m’oppose pas au renvoi de cette pétition à M. le ministi'e de l’intérieur, mais je ne crois pas que le gouvernement puisse empêcher les personnes qui désirent augmenter leur bien-être de se rendre en Amérique ou ailleurs. Tout ce qu’il pom’rait faire serait de prendre des mesiu’es pour mettre les émigrants à l’abri de l’exploitation dont ils sont souvent victimes.
« Ainsi, loin d'empêcher cette émigration, on n’en a pas le droit, le gouvernement doit la protéger. Je ne demande pas qu’on donne des subsides aux émigrants, mais seulement qu’on les protège contre toute exploitation. Cette émigration n’est pas, après tout, une calamité J si la population diminue quelque peu et que le loyer des maisons s’abaisse, ceux qui resteront trouveront plus facilement à se loger. Ceux qui, pour s’en aller, vendent le coin de terre qu’ils possèdent, procurent au trésor des droits de mutation; sous ce rapport, l’État tire avantage de l’émigration. Cette question est assez avantageuse pour être examinée sérieusement...»
CHAWTRE VI.
M. JiLLlOT : « Je ne pense pas qu’on veuille interdire aux Belges d'émigrer vers l'Amérique. Les Belges qui quittent l'Ancien Monde pour le Nouveau, vont y chercher ce qui leur manque dans leur pays ; c'est la terre. Plus il y en aura qui s’en iront, plus ceux qui resteront trouveront moyen de satisfaire à leurs besoins, parce que le sol natal pour eux s’élargira en proportion de l’émigration... »
M. F. DE Merode : « Un honorable préopiuont a dit : « Il n’y a pas « un Belge de trop en Flandre. C’est une perte pour le pays que l'émi- « gration des hommes valides. » Ce sont des faits que je me permets de contester. Sans doute le travail est un élément de richesse, et la diminution du travail une perte réelle; mais il y a une quantité d’hommes valides qui pendant une grande p;u’tie de l’année ne trouvent pas à occuper leurs forces. C’est ainsi que l’émigration, qui est i)our eux im moyen de se procurer le travail et les ressources qui leur manquent dans le pays, assure leur bien-être sans nuire en aucune façon au pays. Aussi dans tous les pays où il y a une grande population a-t-on tenté la colonisation.
O Je conçois qu’il soit avantageux pour ceux qui exploitent une fabrique d’avoir des ouvriers à volonté ; mais ce n’est pas la même chose pour l’ouvrier. Quand les ouvriers sont rares, c'est pour eux une bonne situation que j’apprécie beaucoup.
B Bien que j’emploie des ouvriers, j’aime que les ouvriers soient rares et qu’on soit obligé de les bien payer. Quand il y a un grand nombre d’ouvriers sans emploi, c’est un malheur, parce que les salaires baissent par suite de la concurrence. Peu m’importe qu'il y ait un nombre de gens très-restreint qui fassent bien leurs affaires , de propriétaires qui vendent bien leurs denrées et en tirent im excellent parti ; cela n’est pas à l’avantage des ouvriers !
« Si nous avons une trop grande population dans notre pays, nous devons désirer qu’une partie de cette population aille chercher fortune ailleurs. Nous ne devons pas être indifférents aux besoins de la jwpulation. On suppose que fous les hommes valides trouvent du travail et des ressources sur le sol belge; mais malheureusement cela n’est pas vrai... »
M. DE Habrne : « Nous avons été assez indifférents au premier
mouvement qui s’est manifesté ; nous avons même quelquefois, dans cette enceinte, encouragé l’émigration, et, je dois le dire, j’ai été du nombre de ceux qui ont poussé à l’émigration, autant qu’elle put se faire d’une manière rationnelle.
B Aujourd’hui il parait que ce mouvement se manifeste avec excès dans certaines contrées de la Belgique. Ou commence à s’en plaindre; on craint ipie les iiopulatious ne se portent trop vem l’extérieur. 11 y
a en cela. Messieurs, un excès devant lequel il faut aussi s'arrêter. Savez-vous, Messieurs, où est l'excès à mes yeux, où peut être l’inconvénient des trop grandes émigrations ? C'est lorsque ces émigrations se font dans un but de spéculation de la part d'individus qui se trouvent en Amérique, et qui appellent les populations dans certains endroits pour faire des bénéfices par la vente des terres ou dans un but semblable. Or, si je suis bien informé, il s'agit d'une spéculation de ce genre. C'est parce que, dans un endroit de l'Amérique appelé Green-Bay, il y a des individus qui spéculent sur l'émigration, qui donnent aux émigrants des espérances très-problématiques, que l’on s’est alarmé de divers côtés sur le sort des populations qui s’y transportent....
« Mais quant à aller jusqu'à prendre une mesure générale contre l’émigration, ce serait à mes yeux une grande imprudence, d’autant plus qu'il y a, il faut bien le dire, dans l’émigration, un certain bienèire pour quelques populations, et, comme l’a dit tout à l'heure l’honorable comte de Mérode, il ne faut pas emi^cher que les populations de la Belgique profitent du bien-être qui peut se présenter ailleurs, soit en Amérique, soit en Australie, soit dans une partie quelconque du monde; nous devons vouloir avant tout le bien-être des populations belges....
(( A mes yeux, les émigrations doivent se faire sous l’influence d'un principe de solidarité. A mes yeux, lorsqu'une population émigre, il faut qu'elle soit constituée d’avance en société religieuse et civile ; il faut qu’elle sache d’avance comment elle s’établira dans telle partie du monde ; il faut qu’elle sache qu’elle aura ses lois religieuses et civiles ; il faut qu'elle soit assurée de pouvoir exister à peu près de la même manière qu'elle existe au pays natal....
« Plus d'un million d'Irlandab ont émigi’é sous l’influence de ce principe, et savez-vous. Messieurs, quel en a été le résultat? C'est que ces Irlandais qui ont quitté leur pays étant pauvres, ont fait, en Amérique, des bénéfices, et, par suite de ce grand esprit de famille qui fait la force de cette nation, ils ont fini par faire des économies suffisantes pour soutenir leurs parents pauvres qui se trouvent en Irlande.
« Non-seulement on a rendu par là im service aux émigrés, mais on a fait encore du bien à leurs familles qui sont restées en Irlande. La même chose est arrivée en Allemagne. En parlant de l’irlaaade, je ne veux pas me placer exclusivement au point de vue catholique ; je crois que ce sont les catholiques qui ont le mieux réussi; mais antérieurement à l’émigration irlandaise il y a eu des émigrations d’Angleterre et d’Allemagne qui se sont faites, non pas sous l’influence du Catholicisme, mais sous une autre influence également religieuse.
Je constate seulement que le noyau des grandes émigrations a été fondé sui’ le principe religieux; ces noyaux se sont consolidés....
« Ainsi, au point de vue de la sociabilité requise pour le succès des émigrations, je ne fais pas de distinction enti’e les professions religieuses.
« Mais je dis que lorsqu’une population émigre pour des endroits où elle n’a pas de noyau de société, il faut qu'U y ait solidarité ; il faut que cette population soit constituée en société ; il faut qu’elle sache d’avance ce qu’elle va devenir. La religion est le premier bien social, souvent le seul dans les vastes contrées de l’Amérique.
« C’est à ces conditions. Messieurs, que je comprends l’émigration.
tt Malheureusement l’émigration ne s’est pas faite ainsi dans notre pays, et c’est là, selon moi, la véritable cause des plaintes que nous entendons aujourd’hui. »
Dans les Flandres, Témigration s’est, à ce qu’il paraît, ralentie par suite des vides qu’ont faits les premiers départs ; par suite des maladies et des décès qui sont résultés de la misère; par suite, enfin, des mesures prises pour procurer du travail aux ouvriers de ces malheureuses provinces. L’émigration part actuellement de la partie centrale de la Belgique, des arrondissements de Louvain et de Nivelles ; elle s’étend jusque dans les environs de Tirlemont : des villages entiers du Brabant sont déjà dépeuplés. Les populations qui abandonnent leur patrie sont actives et vigoureuses, la plupart sont agricoles et peuvent former de très-bons cultivateurs. Il se trouve même parmi les émigrants de petits fermiers possédant des capitaux d’une certaine importance. On en cite qui ont emporté en Amérique 20 et même 40,000 fr. Ceux-là réussissent en général, et parviennent, après quelques années, à accroître beaucoup leur avoir. Les artisans, tels que les forgerons et les menuisiers, se tirent aussi d’affaire. Mais, comme en font foi les lettres précédemment citées, il est rare que les cultivateurs sans ressources ne tombent pas en Amérique dans une condition pire que celle qu’ils ont quittée. On en a vu des bandes de quarante à cinquante s’égarer dans le trajet du port de débarquement aux
établissements de l’Ouest, mourir de faim et de lassitude le long de la route. Ceux qui échappaient à la mort, en étaient réduits, dans l’impossibilité d’aller plus loin, à gagner à peine de quoi vivre.
Evidemment la position des Belges en Algérie serait infiniment plus avantageuse. En admettant même, ce qui n’est pas supposable, qu’on s’en occupât moins que des autres étrangers et qu’ils fussent complètement abandonnés à eux-mêmes, ne trouveraient-ils pas à se placer facilement chez tous nos colons français qui manquent de bras pour leurs cultures, qui louent jusqu’à 3 et 4 francs des ouvriers espagnols. A mérite égal, ne préféreraientils pas des gens parlant leur langue, et, quoiqu’étrangers, ayant en définitive les mêmes usages? Or, comme nous venons de le voir, le mouvement de l’émigration belge se manifeste particulièrement aujourd’hui dans les provinces françaises du royaume. D’ailleurs, ce sont surtout les cultivateurs aisés qui songent le plus à s’expatrier. S’ils font fortune en Amérique, peuvent-ils manquer de prospérer en Algérie dans des conditions plus favorables? Tout au moins, sous les rapports religieux et sociaux, ne trouveraient-ils pas dans notre colonie des ressources qui leur font complètement défaut dans les Etats-Unis? La conclusion naturelle à tirer de tous les discours prononcés naguère aux Chambres belges sur l’émigration est donc qu’il faut, de part et d’autre, faire des vœux pour qu’elle se porte vers l’Algérie. Là, les Belges trouveront des frères et pourront mieux que partout ailleurs se convaincre de la vérité de leur devise : L’union fait la force.