‹ La colonisation de l'Algérie; ses élémentsChapitre 35 sur 38 · SIS · texte numérisé non relu

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que la loi pouvait bien obliger un citoyen à verser son sang pour la patrie, mais nullement l’astreindre à des travaux manuels. Il leur avait été répliqué que la plupart de nos soldats préféraient de beaucoup ccs travaux à ceux des camps ; qu’ils trouvaient bien moins longues les heures passées dans les champs, la pioche à la main , que celles où ils étaient enfermés dans leurs casernes. La condition du prisonnier leur était bien plus odieuse que celle des simples travailleurs. Depuis qu’en Afrique on avait adopté de faire de temps en temps trêve aux rigueurs du service militaire pour les travaux de la colonisation, les nostalgies étaient beaucoup moins fréquentes et la santé des hommes s’était améliorée. Les petites fatigues qui résultaient pour eux du travail des champs étaient plus que compensées par les améliorations qu’un supplément à leur solde permettait d’apporter dans leur régime alimentaire. Aussi, tandis que dans l’origine les soldats ne songeaient qu’à entrer à l’hôpital, pour ensuite aller jouir d’un congé de convalescence en France, les vit-on bientôt tourner ailleurs leur ambition et préférer aux billets d’hôpitaux la permission d’être détachés chez les colons.

Un des plus grands bienfaits de l’Administration militaire a été de mettre partout les soldats à la disposition des colons, pour les aider dans leurs travaux. Si, dans l’intérêt de la colonisation , on a cru devoir faire dérogation au service militaire, n’y aurait-il pas une plus grande opportunité à ne pas désorganiser les familles des colons par une application rigoureuse des lois de la conscription? A quoi bon prendre d’une main ce qu’on donne de l’autre? A quoi bon recruter des soldats parmi les cultivateurs algériens , lorsqu’à chaque instant on leur prête des soldats? A cet égard, on n’a qu’à se louer de l’Administration militaire : elle a accueilli avec bienveillance la plupart des demandes faites par les colons pour garder autant que possible auprès d’eux leurs fils que le sort appelait sous les drapeaux. Mais n’y aurait-il pas lieu de sanctionner par une loi ces bonnes dispositions ,

en exemptant de la conscription tous les fils de colons algériens?

Assurément ce serait un grand privilège que cette exemption du plus lourd des impôts , quand déjà les colons sont exemptés de tous les autres. Néanmoins, en y réfléchissant bien, on n’est pas longtemps à reconnaître que c’est le premier impôt dont on aurait dû les affranchir. 11 n’est pas de guerre, si acharnée qu’on la suppose, qui ait fait plus de victimes que la colonisation de l’Algérie. Sans doute la position sanitaire des colons tend tous les jours à s’améliorer ; mais il n’est pas moins vrai que le changement de climat augmente les chances de mortalité. Ne serait-il pas juste, dès lors, de donner aux colons une compensation en leur évitant les chances de la guerre. D’ailleurs, par leur seul enrôlement dans la milice, les colons algériens ne participent-ils point suffisamment presque toute leur vie au service militaire? La réduction de l’armée africaine rend de plus en plus trèspénible pour eux le service de la milice dans les centres de population. Au moindre mouvement de troupes qu’il est nécessaire de faire, elle se trouve chargée de la garde des villes, et, au besoin, on ne se ferait pas faute de la mobiliser. Quant aux colons hors les cadres, dispersés dans l’intérieur du pays, ne sont-ils pas toujours sur le qui-vive? Quel que soit l’état de la pacification de l’Algérie, ne sont-Us pas des sentinelles avancées, aussi exposées que celles d’aucune de nos places de France? L’exemption de la conscription en Algérie, en même temps qu’elle serait une justice à rendre aux colons qui depuis longtemps y sont fixés, serait un encouragement pour beaucoup d’autres. Bien des cultivateurs, qui n’ont pas le moyen de racheter leurs fils, se décideraient peut-être, pour éviter une pareille séparation, à affronter les périls de l’acclimatation, quelle que soit la perspective exagérée que de malheureux précédents aient pu leur donner. L’exemption des impôts ordinaires a beaucoup contribué à attirer dans notre colonie la masse d’étrangers qui y sont accourus ; mais qu’on

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CHAWTRE XI.

les interroge tous, et l’on verra que le principal mobile qui a déterminé leur émigration a été la pensée de soustraire leurs enfants aux enrôlements militaires de leur pays ; c’est la seule cause qui a maintenu à Alger, il y a quelques années, la plupart des familles espagnoles, quand une crise fatale en faisait partir plus de la moitié des Français.

Sans doute si l’on accordait aux colons algériens le privilège que nous réclamons pour eux, beaucoup de gens pourraient être tentés d’accourir dans notre colonie, dans l’unique but d’éluder la loi de la conscription ; mais des abus de ce genre seraient facilement réprimés par quelques sages restrictions. L’on pourrait imposer à ceux qui voudraient jouir du bénéfice de l’exemption du service militaire la preuve d’un sérieux établissement en Algérie, et replacer sous l’empire des droits communs, à leur retour en Fiance, ceux dont le séjour dans la colonie aurait été d’une trop courte durée.

D’un autre côté ne serait-il pas possible de largement combler les déficits qu’une pareille mesure entraînerait dans le recrutement de l’armée, par l’augmentation du corps des troupes indigènes de l’Algérie? Ces indigènes de ce pays ont eu de tout temps une aptitude spéciale pour la guerre , et il n’est pas nécessaire de beaucoup d’or pour les attirer dans nos rangs. Bien disciplinés et bien commandés, ils forment d’excellents soldats. Qui n’a été émerveillé de la manière dont les bataillons de chasseurs algériens ont tenu devant Sébastopol? A leur retour, ces nouveaux auxiliaires de nos armes victorieuses ont été salués des acclamations de tous. Évidemment ce n’est pas sur des Musulmans qu’il faut compter pour asseoir notre domination en Algérie ; mais lorsqu’on ne craint pas de déplacer à chaque instant nos régiments français , qui empêcherait de faire aussi changer de garnison les régiments algériens? Ne serait-ce pas même un puissant moyen de fusion? Si déjà les indigènes se modifient par leur seul contact avec les colons , que ne devrait-on pas attendre d’un séjour prolongé au sein de la France ?

Quoi qu’il en soit , nous ne cesserons de le répéter, le premier soin du gouvernement, s’il veut la colonisation de l’Algérie, doit être de lui procurer des ouvriers. Il n’y parviendra pas en leur donnant des terres, où ils ne peuvent la plupart du temps que végéter et mourir à la peine ; mais bien en diminuant pour eux les causes de misère et de mortalité, en favorisant les entreprises de ceux qui peuvent assurer leur bien-être par un travail lucratif.

Si au lieu de faire tout d’abord de l’Algérie un dépôt de mendicité et d’y distribuer des palmiers-nains à ceux qui auraient besoin de pain , si au lieu de nourrir à grand frais et en pure perte des gens incapables de rien faire, on s’était borné à venir en aide à ceux qui pouvaient faire quelque chose , à favoriser des efforts intelligents ; il n’eût pas été impossible à quelques-uns des premiers colons de se créer en peu de temps de brillantes fortunes. Ce résultat eût valu les meilleurs prospectus pour faire goûter l’Algérie au grand nombre. Les riches attirent les riches et même les pauvres; mais les pauvres ne font courir après eux que ceux qui renoncent au inonde.

L'ADMINISTRATION

Nous avons parlé du sol : dans une œuvre de colonisation, comme dans toute affaire industrielle, il faut bien, avant tout, connaître la matière première sur laquelle on doit opérer. Nous devions voir ensuite les moyens de se la procurer ; nous l’avons fait en parlant de la propriété, des ventes et des concessions. Cela posé, nous avions à rendre compte des facilités de main-d’œuvre : déjà nous avions fait connaître le plus ou moins d’aptitude des ouvriers dont on pouvait disposer, en entrant dans quelques détails sur les colons français et étrangers. Il nous reste maintenant à apprécier les directeurs choisis pour le succès de l’entreprise. C’est là le point principal à examiner : une affaire mal conduite ne peut réussir, quand bien même elle réunirait tous les autres éléments de prospérité.

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