I.E PLOMB, l’argent ET l’OB
Il est resté peu de traces des anciennes exploitations de mines de cuivre : l’industrie des indigènes s’est très-peu portée de ce côté, soit à cause de la difficulté du Iraitement du minerai de cuivre, soit parce que le cuivre n’était pas pour eux un objet de première nécessité. Il en est autrement des mines de plomb, que l’on trouve partout aussi en Algérie, depuis les frontières de Tunis jusqu’à celles du Maroc. Les Arabes, et surtout les Kabyles, ont continué, après les Romains, à en exploiter un certain nombre. Dans ces derniers temps, le commerce avec l’Europe offrait peu de débouchés ;
mais en Afrique il fallait toujours du plomb pour la guerre ou pour la chasse.
Au sud de Sétif, dans les montagnes de Bou-Taleb, il y a des mines de plomb que les habitants de ce pays exploitent depuis longtemps. Les Arabes et les Kabyles viennent y faire leurs approvisionnements de points très-éloignés. Le minerai appartient à celui qui ouvre une galerie, si l’on peut donner ce nom aux crevasses naturelles dans lesquelles l’exploitation a lieu. Ces crevasses, généralement très-étroites, ne s’enfoncent jamais bien loin dans la montagne. Le mode de traitement du minerai encore aujourd’hui employé par les indigènes est sans doute celui indiqué par Shaw. « La méthode de raffiner le plomb, dit-il , est ici de faire alternativement des couches de bois et de matière de la mine; ensuite ils y mettent le feu et tirent souvent ainsi 80 livres de ce métal d’un seul quintal de cette matière. »
Chez les R’boula, dans le cercle de Sétif, il y a des mines de plomb qui passent pour être argentifères. Il y a un gisement de plomb à Ngàous, près des montagnes de l’Aurès, ainsi qu’à Beccaria, aux environs de Tebessa. On en a découvert un du côté de Guelma, non loin de Hammam- Nbaïl, et un autre tout près de cette ville. Le minerai de ce dernier gisement donne 58 p. 0/0 de plomb métallique; il contient aussi du cuivre, du zinc, du mercure, de l’antimoine et de l'arsenic. Entre Guelma et Philippeville, il y a deux mines de plomb et de mercure, l’une au Djebel-Treyer, l’autre au Djebel-Sayrfa. On a trouvé encore quab'e mines de plomb argentifère dans cette région : la première, auprès de Kramiça, donne 0,4380 de plomb et 0,00020 d’argent; la seconde, dans le Djebel-Ouesk, contient 0,5710 de plomb et 0,00045 d’argent; la troisième, sur les rives de l’Oued-Milleg, contient 0,6575 de plomb et 0,00030 d’argent; et la quatrième, près de l’Oued-Noukhal, contient 0,7050 de plomb et 0,00180 d’argent. Cette dernière contient aussi du mercure.
LES RICHESSES MINÉRALES
Mais la mine de plomb argentifère la plus importante de la province de Constantine est celle de Kef-Oum-Theboul, à l’est de La Galle : elle contient aussi un peu d’or. C’est de cette mine que provenaient les beaux lingots d’or et d’argent qui attiraient tous les regards à l’Exposition Universelle. Le premier de ces lingots avait une valeur de 10 à 12,000 fr.; le second, du poids de 210 kilogr., était estimé 51,000fr.
La mine de Kef-Oum-Theboul, exploitée depuis plusieurs années, a fourni en 1851, 1,368 tonnes de plomb.
en 1852, 2,855 — —
en 1853, 3,644 — —
en 1854, 3,140 — —
Le tout a été vendu à Marseille.
Pour 100 kil. de minerai, la galène (sulfure de plomb) donne 60 kil. de plomb, 170 grammes d’argent et 3 décigrammes d’or; le minerai carbonaté donne 50 kil. de plomb, 145 grammes d’argent et 6 décigrammes d’or; la terre métallique donne 20 kil. de plomb, 80 gr. d’argent etO décigr. d’or.
L’exploitation occupe, en moyenne, de 60 à 75 ouvriers.
On a signalé aussi une mine d’or aux environs de Jemmapes, mais il n’a pas été possible de faire des recherches suffisantes.
Il n’y a pas moins déjà de vingt mines de plomb bien constatées dans la seule province de Constantine, et bon nombre de ces mines sont argentifères. 11 est probable que les montagnes de la Kabylie, Jusqu’à présent restées inexplorées, renferment beaucoup d’autres mines de ce genre.
La province d’Alger renferme aussi un assez bon nombre de gîtes de plomb.
a Les Arabes, dit M. VUle, exploitent des gîtes de galène dans les montagnes de l'Ouarenscenis. Quelques-uns des filons cuivreux du district métallifère de Tenez renferment de la galène en petite quantité. A deux kilomètres environ, à l’est de Milianah, un gîte peu important
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de galène et de pyrite cuivreuse se trouve sur la rive gauche de TOued-el-Hamama , l’un des affluents de TOued-Aîdous ; ce gîte se compose de quelques couches de galène et de pyrite cuivreuse qui sont disséminées dans du calcaire ferrugineux. 11 y a sur la rive gauche de TOued-M’serakou, un des affluents de l’Oued-Arbatach, le gîte de galène de la tribu des Ben-Asaria, situé sur le revers nord de TAtlas, à trente-deux kilomètres au S.-E. d’Alger; ce gîte se compose de quelques nodules de galène de la grossenr d’une noix, contenus dans des couches de grès friable : son affleurement n’otlre aucune suite. Le gîte de galène de l’Oued- Arbatach est mieux défini que le précédent. 11 se trouve sur la rive droite de l’Oued-Arbatach, en amont du confluent de cette rivière et de l’Oued-M’serakou, à trente-cinq kilomètres environ au S.-E. d’Alger; il est situé à dix kilomètres environ de hauteur au-dessus du niveau de l’eau, et fait partie d’un ülon de carbonate de chaux cristallisé en lames d’un centimètre de côté. Ce filon est dirigé E. 78“ N. à travers des argiles schisteuses sans consistance, et se. montre au jour sur une longueur de 2 mètres et une épaisseur de 20 centimètres. Le minerai de plomb forme, auprès des Salbandes, deux veines de 5 à 6 centimètres d’épaisseur : il renferme 31 grammes d'argent pour 100 kilogr. de plomb d’œuvre. »
Les mines de Dalmalie , près de Blidah , dont nous avons parlé à l’occasion du cuivre, contiennent aussi du minerai de plomb et du minerai de zinc sulfuré. Celui de plomb, d’après les analyses qui en ont été faites, contient de '72 à 82 kilogr. de plomb métallique et de 12 à 20 grammes d’argent pour 100 kil. ; celui de zinc contient de 31 à 66 p. 0/0 de ce métal.
Il y a en outre deux gîtes de plomb dans le massif de la Bouzaréah, aux environs d’Alger. Le plus remarquable est à la pointe Pescade. Se ramifiant dans les couches calcaires de transition , il se compose de veines et de nids de galène argentifère dont l’épaisseur s’élève à 24 centimètres. En admettant une épaisseur régulière de 20 centimètres, les ingénieurs ont calculé que son exploitation pourrait donner annuellement 3,876 quintaux métriques de plomb d’œuvre.
Dans la province d’Oran, à part une mine de galène découverte aux environs d’Arzew, tous les gîtes de plomb jus-
LES RICHESSES MINÉRAI,ES. 99
qu’ici reconnus se trouvent sur les frontières du Maroc. On exploite depuis plusieurs années, chez les Ouled-Maziz, aux environs de Lalla-Maghrnia , une mine assez riche de plomh et de zinc. Quelques travaux ont aussi été faits dans le Djebel- Tassa, chez les Beni-Snous, où on a trouvé de la galène mélangée àla pyrite de cuivre. Mais le gisement métallifère le plus important de cette région est celui de Gar-Rouhan ; on y trouve à la fois du plomb , du cuivre et de l’argent. Les mines de Gar-Rouban étaient exploitées du temps des Romains. Les travaux avaient été disséminés sur une grande étendue : ils consistaient en excavations à ciel ouvert, et en excavations souterraines formées par des galeries ou des puits dont l’ouverture était maçonnée. Ces mines sont concédées depuis trois ans à une compagnie qui y emploie une centaine d’ou- \Tiers. On s’est appliqué à découvrir les massifs laissés intacts par les anciens exploitants. Le filon principal est d’une puissance extraordinaire; il s’étend à plusieurs kilomètres sur une hauteur considérable. Un magnifique avenir est donc réservé à la compagnie concessionnaire.
Nous avons signalé dans quatre gisements de plomb de la province de Constantine la présence du mercure ou du cinabre, car souvent le soufre entre dans la composition du minerai. R y a encore un gisement de cinabre à Aïn-el- Tarfa, à l’ouest de Jemmapes. On trouve aussi entre Guelma et Constantine, près de la grotte du Djebel-Mt’aïa, un gisement de cinabre et d’antimoine sulfuré. Des gisements de ce genre sont déjà exploités au Djebel-Taya et près d’Aïn- Babbouch. Ce dernier, au sud de Constantine, paraît avoir autrefois attiré l’attention des indigènes, et les Turcs ont même essayé de traiter cet argent cassant.
Les mines des environs de Guelma et celles de Mouzaïa renferment aussi de Vantimoine ‘ et de l’orsentc.
* La France a importé pour ses besoins, en 1853, 457,403 kilogrammes d’antimoine , dont 245,967 lui sont venus d'Algérie.
Les trois provinces algériennes ont du zinc : comme nous l’avons fait remarquer, il est mêlé au plomb dans trois ou quatre gisements.
Les mines de plomb du Djebel-Tassa renferment du manganèse. M. Ville signale aussi, dans sa dernière Notice minéralogique, un gîte de manganèse près de Laghouat, et il remarque qu’en cas d’épidémie il pourrait être utilisé pour faire du chlore.
Dans celte même Notice, M. Ville révèle l’existence d’un gîte d’or natif dans la haute vallée de l’Harrach : il en donne pour preuve un caillou contenant des paillettes d’or, trouvé près du confluent de cette rivière et de l’Oued-Bouman. 11 ne sera peut-être pas nécessaire d’aller jusqu’au Soudan pour trouver ce précieux métal : plusieurs cours d’eau de l’Algérie ont reçu des Arabes la dénomination d’Oued- Deheb, de ruisseau d’or.