LES MATÉRIAUX DE COXSTRCCTIOÎT
Les Turcs, les Maures et les Kabyles, les seuls indigènes qui avant nous eussent des maisons, exploitaient très-peu de carrières. A moins qu’ils ne se trouvassent sur les ruines de quelques cités romaines. Us n’employaient guère pour leurs constructions que les pierres détachées des ravins et les cailloux des rivières. Dans la plupart des anciennes villes les murs des maisons, comme ceux de clôture,' sont en pisé de terre , maintenu par quelques claires rangées de briques et enduit d’un badigeon à la chaux. Toutefois, les constructions hydrauliques, comme les aqueducs elles ponts, étaient faites en pisé de sable, de cailloux et de chaux dont les blocs devenaient bientôt plus durs que la pierre. C’est avec du pisé de ce genre qu’étaient construites les fortifications d’Alger. Les maisons de cette dernière ville étaient bâties eu briques; quant aux colonnes et aux autres ornements de marbre qui décoraient ses plu's somptueux édifices, ils étaient en général tirés d'Italie. Ainsi l’Afrique, qui avait autrefois fourni ses
marbres au luxe du monde entier, en était réduite à s’adresser à l’industrie des autres pays.
Les marbres cependant n’étaient pas les seuls précieux matériaux durs que l’Algérie pouvait fournir. Dans des fouilles faites à Gherchell, ancienne Julia Césarée, on a découvert de grandes colonnes de granit provenant de carrières situées à cinq ou six lieues à l’Ouest. Sur la montagne du Zakkar, près de Milianab, il existe un mamelon conique de porphyre ayant 50 mètres de hauteur sur 500 mètres de diamètre à sa base. Ce porphyre à pâte blanche très-dure est utilisé avec succès pour des meules à farine. A l’ouest de Bougie, sur la rive droite de l’Oued-Sahel, des mamelons de porphyre de même espèce se poursuivent sur une longueur de 1,500 mètres. On en trouve aussi auprès d’Aumale à pâte verte, qui pourraient fournir de belles pierres monumentales. Tout le cap de Fer, ce point le plus septentrional de la côte d’Afrique, est composé d’énormes masses de porphyre. Du côté de Bône, ces masses s’élèvent en crêtes aiguës jusqu’au milieu de la mer. Les Arabes les ont appelées Koloeu- es-Seuoud (les voiles noires). Après midi, lorsque le soleil en éclaire la partie occidentale, ces roches, vues de Bône, se détachent effectivement en noir très-foncé et ressemblent assez à des voiles latines.
Sur plusieurs autres points de la province de Constantine on trouve des pierres d’origine ignée, qui sont exploitées par les indigènes comme meules à moulin. Il parait même que les Romains avaient une exploitation de meules aux environs de Tebessa. « A Medjana, dit Edrici, il y a une montagne très-haute ; on en extrait des pierres de moulin d’une qualité tellement parfaite que leur durée égale quelquefois la vie d’un homme, sans qu’il soit besoin de les repiquer, ni de les travailler en aucune manière, à cause de la dureté du grain et de la cohésion des molécules qui les composent. Les Arabes appellent encore cet endroit Medjana-eUMaden (Medjana aux mines), et, d’après les auteurs ecclésiastiques, il
LES RICHESSES MLNËRALES.
Y a lieu de croire qu’au temps des persécutions beaucoup de chrétiens y ont été envoyés »
Les grès de l’Algérie peuvent fournir de belles pierres de taille pour les constructions. Toutefois, les grès des terrains tertiaires, en général très-calcaires , se corrodent et se désagrègent assez facilement, comme nous l’avons fait remarquer, lorsque le ciment calcaire qui les maintient a disparu par le lavage des eaux ou toute autre influencea tmosphérique. Dans les terrains secondaires, au contraire, les grès ont peu de ciment calcaire ; leurs grains ont une adhérence qui leur est propre ; ils sont quelquefois très-durs et peuvent faire d’excellents pavés. Il y a près de Dellys des blocs de grès de cette qualité, qui peuvent amplement suffire au pavage de la ville d’Alger, et même de plusieurs autres ; on les évalue à 3,300,000 mètres cubes *.
Les argiles sont très-abondantes dans le Sahara : le sondage des puits artésiens y révèle de grandes couches d’argile mêlées à des marnes et des calcaires. Les habitants des oasis bâtissent leurs maisons avec des briques d’argile qu’ils font sécher au soleil. A Biskara, cette brique ne coûte que 6 fr. le mille. Les argiles sont aussi très-développées dans les terrains tertiaires de la province d’Oran. Au Sig, l’argile, après avoir été cuite et broyée, procure, mêlée à la chaux, du ciment hydraulique d’une grande dureté. La terre à brique des environs d’Alger, soumise à mie forte cuisson, produit des
< A deux lieues N.-E. de Lalla-Maghrnia se trouve un gîte de terre à porcelaine : elle provient de la décomposition de porphyre blanc. Près de là on rencontre un gite de savon minéral qui provient également de la décomposition du porphyre. Les Arabes l’exploitent comme pierre à savon. Ce savon est onctueux et a une certaine transparence. Il agit sur le linge, en absorbant les matières grasses, par une sorte de phénomène capillaire plutôt que par une véritable dissolution.
‘ On trouve aux environs de Fondouï des couches de grès d’uue finesse , d'une dureté et d'une homogénéité teiles, qu'elles pourraient être exploitées comme meules à aiguiser.
bétons qui, après deux ans d’immersion dans l’eau <louce, ont une cohésion à peu près égale à celle des bétons faits avec la pouzzolane d’Italie. On trouve l’argile à diverses profondeurs, dans tous les sondages du Sahel d’Alger et de la Mitidja. Le prix des briques et des tuiles varie beaucoup suivant les provinces. Dans la province d’Oran, les briques coûtent tout au plus 25 fr. le mille, et les tuiles 35 fr. Dans la province d’Alger, ces prix s’élèvent à 40 et 60 fr. A Constantine, les briques se vendent jusqu’à 80 fr., et les tuiles 100 fr. le mille.
Les argiles schisteuses de l’Oued-el-Kébir, près de Blidah, ont une couleur gris -bleuâtre, et seraient susceptibles d’être débitées en ardoises. Les indigènes se bornent à ramasser dans la rivière les dalles que les eaux détachent : elles servent à couvrir les aqueducs ou à paver les écuries. Dans les montagnes de l’Ouarenscenis, il existe un gisement de véritables ardoises que l’on dit avoir une grande analogie, pour la qualité, avec les ardoises si renommées des environs d’Angers ^ .
Les terrains de transition des environs d’Alger, sont en grande partie composés de pierre calcaire. Elle contient près de 89 p. 0/0 de carbonate de chaux, et fournit à la cuisson de la chaux grasse de bonne qualité. En général, la chaux est assez abondante en Algérie, mais surtout dans la province d’Oraii, dont les vastes plaines appartiennent aux formations tertiaires. On en trouve aussi dans les terrains secondaires des provinces de Constantine et d’Alger. Il y en a dans la Kabylie, il y en a dans les gorges de l’Atlas près de Blidah. La pierre calcaire de cette dernière localité renferme beaucoup de silice, qui augmente la dureté de la chaux, mais la rend plus difficile à s’éteindre. La chaux coûte 32 fr. le mètre cube à Blidah, tandis qu’on l’a pour 16 fr. à Alger, et pour
* L’argile schisteuse du Fondouk est d’une plus grande dureté; elle renferme une grande quantité de pyrite de fer, et pourrait fournir de bonnes pierres à aiguiser.
LES RICHESSES MINÉRALES
12 fr. à Oran. Les calcaires sont plus ou moins hydrauliques, suivant leur richesse en argile. Ceux qui renferment de 8 à 12 p. 0/0 d’argile, donnent des chaux moyennement hydrauliques ; ceux qui en renferment de 20 à 30 p. 0/0, donnent de la chaux complètement hydraulique et même des ciments naturels. M. Fournel a trouvé de la pierre calcaire à ciment naturel dans les environs d’El-Arrouch, sur la route de Philippeville à Constantine. M. Ville a signalé des calcaires hydrauliques à la gorge de la Chiffa, à Dellys et dans deux endroits de la province d’Oran. On trouve aussi dans les trois provinces de la pierre à chaux moyennement hydraulique.
Aux environs du port de Nemours, on a trouvé une grotte contenant des détritus volcaniques susceptibles d’un bon emploi comme pouzzolane. L’île de Rachgoun, située en face de l’emboucbure de la Tafna, est formée de roche volcanique, et offre un gîte assez riche en pouzzolane. On l’exploite pour le port d’Oran. Les blocs de béton faits avec du mortier de 1 /3 de volume de chaux et 2/3 de cette pouzzolane, sont aussi durs cpe ceux faits avec 1 /3 de pouzzolane d’Italie et 1 /3 de sable, et ils ont l’avantage de coûter meilleur marché, dans le rapport de 14 à 20. On a découvert aussi douze gîtes de pouzzolane près de l’embouchure de la Tafna, et neuf gîtes près d’Aïn-Temouchen. Ces derniers gîtes ont déjà été utilisés pour les travaux faits à SWi-Bel- Abbès.
Quoique pour les constructions d’Alger nos architectes n’aient imaginé rien de mieux que de faire venir du plâtre de Montmartre, l’Algérie est loin de manquer de pierres à plâtre ; on en trouve dans les terrains tertiaires comme dans les terrains secondaires, c’est-à-dire presque partout. Il y a même entre la vallée du Chélif et Tenez une montagne que les Arabes ap^Uent la Montagtu-tU-Plâtre, dont les cou-
ches de gypse ont plus de 30 mètres d’épaisseur. Les fameuses grottes du Dalira sont formées au milieu du gypse ; mais les gîtes de pierres à plâtre les plus importants sont dans les plaines du Sahara, aux environs de Laghouat : l’im d’eux a 14 kilomètres de long sur 4 kilomètres de largeur moyenne, et de 20 à 30 mètres d’épaisseur ; l’autre a 40 kilomètres de long sur 8 de large.
M. Fournel a signalé vingt-quatre gîtes dans la province de Constantine, mais il y en a sans doute d’autres dont cet ingénieur ne parle pas, et que les Kabyles, comme les habitants du Sahara, exploitent depuis longtemps.
M. Ville n’avait signalé d’abord que dix-neuf gîtes de pierres à plâtre dans la province d’Oran, et dix-neuf dans celle d’Alger ; mais, depuis, il en a trouvé bien davantage dans cette dernière province. Quarante gîtes de gypse, la plupart inexploités, sont énmnérés dans sa dernière notice minéralogique.
« Cette énumération, dit-il, montre que la province d’Alger est trèsriche eu gites de pierres à plâtre. L'étude de ces gîtes est très-intéressante, non-seulement au point de vue géologique, mais encore au point de vue industriel. Ces gites sont de deux natures dilTérentes, les uns sont associés à des roches d’origine éruptive (diorites) et paraissent résulter de la transformation du carbonate de chaux en sulfate de chaux hydraté par l’action des vapeurs d’eau et d’acide, srdfurique qui auraient accompagné les éruptions volcaniques. La stratification est assez souvent indistincte dans les gîtes de cette nature; ceux-ci ne constituent en général que des Ilots très-restreints qu’une force expansive semble avoir poussés de bas en haut à travers les terrains stratifiés, tertiaires et crétacés. Le plus souvent ces gites métamorphiques indiquent la zone de contact des terrains tertiaire et crétacé. Ils sont associés à divers minéraux : du bitume à Teniet-el-H;\ad ; des émeraudes à TOued-Boumaii ; du cuivre pyriteux et oxydé au Djebel-Saihari, à Aïii-Hadjera; des som’ces salées chez les Ouled-Hedira ; du soufre auprès du marabout de Sidi-Bouzid. Les gypses d’origine métamorphique sont très-nombreux dans la région montagneuse du Tell, comprise entre Alger et Boghar ; ils sont au contraire assez rare dans la partie montagneuse comprise entre Boghar et Laghouat.
« La deuxième catégorie des gypses comprend ceux qui se présentent
LES RICHESSES MINÉRALES. 8S
en couches régulières épaisses, d’une étendue souvent considérable. Ces couches sont intercalées, sans aucune apparence de dérangement, au milieu des autres couches du terrain (argiles et calcaires]. On ne voit dans leur voisinage aucune roche d’origine éruptive. Ces couches de gj’pses paraissent contemporaines des terrains stratiiiés dans lesquels on les observe. Le terrain tertiaire moyen du Tell en présente un exemple remarquable auprès du camp de Kerbah, à 18 kilomètres sud de Tenez. Mais c’est surtout dans les terrains stratifiés compris entre Boghar et Laghouat que les gisements de cette nature sont nombreux et bien développés. Les chaînes de terrain crétacé, comprises entre ces deux localités, renferment des couches épaisses de gypse qu’on peut suivre, sans aucime interruption, sur plusieurs lieues de longueur. Ce caractère est particulier à la région montagneuse dont il s’agit. On ne l’observe pas dans le massif du Tell compris entre Boghar et Alger, dans les terrains du même âge géologique.
« Le terrain quaternaire forme de vastes plaines entre les chaînes de montagnes qui de Boghar à Laghouat s’allongent du N.-E. au S.-O. C’est lui qui constitue le Sahara algérien, qui s’étend fort loin au sud, à Test et à l’ouest de Laghouat. Ce terrain est remarquable par la présence de nombreux dépôts de gypse blanc farineux. Ces dépôts sont généralement traversés par des sources d’eau douce qui ont été probablement plus importantes aiitrefois, et qui ont produit les gîtes de plâtre par suite d’un phénomène de précipitation chimique. C’est à la présence de ces dépôts de plâtre que les eaux du terrain diluvien doivent les propriétés séléniteuses qu’elles possèdent généralement. »
Le gypse pur doit fournir 79 p. 0/0 de sulfate de chaux. La plupart des gypses de l’Algérie, soumis à l’analyse, en ont donné de 68 à 78 p. 0/0. Du reste, la variété de composition des gypses africains convient à toutes les industries qui consomment cette matière. Les gypses les plus impurs, ainsi que les marnes-gypses , pourront servir pour l’amendement des terres. Il suffira, pour cela, que les approvisionnements de l’Algérie cessent de se faire en Europe , que des voies faciles de communication arrivent dans le voisinage des gîtes signalés par nos ingénieurs.
Pendant l’année 1853, 260 carrières, dont 144 domaniales, 3 communales et 113 particulières, ont été exploitées
dans les trois provinces de l’Algérie par au moins 1,544 ouvriers. On a extrait de ces carrières 345,868 mètres cubes de pierres de taille, de dalles, de moellons', de pierres à chaux et à plâtre, d’argile à briques; en outre, 58,000 pavés. La vente de ces matériaux s’est élevée à 1 ,484,314 fr. 40 c.
LE FEIl
Les gisements de fer les plus riches de l’Algérie se trouvent dans les terrains de transition de la province de Constantine qui de Bône s’étendent jusqu’à Collo, de là vient le nom du cap de Fer donné au massif principal qui ferme à l’Est le golfe de Philippeville. L’emplacement môme où est aujourd’hui la ville de Bône a été autrefois le siège de nombreuses usines à fer. M. Fournel a signalé des scories anciennes dans les rues de cette ville. Aux environs de Bône, eu dix-huit endroits différents, il a également trouvé des scories assez abondantes pour que la charrue n’y puisse avancer.
Près de ces amas de scories on rencontre quelquefois des ruines qui paraissent provenir d’anciennes usines. On y remarque des massifs de constructions semi-circulaires ; puis une série d’ouvertures et de compartiments dont il est impossible de préciser l’usage, mais qui ne pouvaient guère convenir qu’à un établissement métallurgique. Ailleurs on voit des fonds de bas foyers, dans lesquels les anciens traitaient le minerai. Ce sont les traces de forges à bras que l’on
1 Le mèlre cube de pierre coûte à Alger 4 fr. ; à Blidab 2 fr. 50; A Médéali * fr. ; à Oran 3 fr. 50 ; à Tleniccn 4 fr. ; à Sidi-Bel- Abbés 5 fr.; à CoDStaiitine 4 fr. 50; à Guelma 2 fr. 50.
LES RICHESSES MINERALES. 87
installait dans des endroits boisés pour les transporter ensuite sur un autre point quand les forêts étaient épuisées dans certains rayons. L’origine du minerai a été facile à constater : les mines étaient parfois assez éloignées de ces bas foyers ; mais comme elles étaient très-riches, il y avait encore plus d’avantage à transporter le minerai que le combustible. Ce minerai trouvé avec les scories a donné à l’analyse :
Fer oxydulé
pour 100
Carbonate de chaux
Carbonate de magnésie. .
Silice
Alumine
Eau
Tous les gisements de fer des environs de Bône, analysés avec soin par M. de Marigny, ont donné à peu près les mêmes résultats. Des essais faits avec un mélange de borax ont produit de 50 à 60 O/Ode fonte dure, brillante, réunie en un seul culot. Ce fer des environs de Bône, magnétique oxydulé, autrement dit aimanté, est très-propre à la fabrication de l’acier et vaut les meilleurs fers de Suède. La France, si riche en minerai de fer, est obligée d’emprunter à ce dernier pays les fers de cette qualité. Les mines de fer de l’Algérie sont donc pour elle une ressource précieuse. D’ailleurs, les Arabes, qui n’ont besoin de fer que pour leurs outils, ne veulent ni du fer anglais ni du fer fabriqué en France avec les procédés anglais ; Us leur préfèrent le fer de Suède, malgré son prix beaucoup plus élevé. La fabrication du fer aurait ainsi un double intérêt en Afrique.
On trouve aussi aux environs de Philippevillc, près des monts Filflla, des scories qui prouvent d’anciennes exploitations, et que l’on peut, comme celles de Bône, attribuer aux Vandales. En cet endroit le minerai, d’un rouge noirâtre, présente quelques paillettes brillantes : il est sans action
sur l’aiguille aimantée, et réunit tous les caractères du fer oligiste.
La province de Constantine renferme beaucoup d’autres gisements de fer. Aux environs de Sétif, sur la pente du Djebel-Anini, on rencontre de gros blocs de minerai de fer, compacte, pesant, noir et luisant. Ce minerai renferme 94, 04 p. 0/0 de peroxyde de fer. Il donne à l’essai 67, 08 p. 0/0 de fonte grisâtre, dure et brillante. 11 paraît que chez les Ouled-Soltan , près de l’Aurès, dans une vallée étroite qui présente des chutes d’eau considérables, on trouve aussi des blocs d’un minerai de fer analogue à celui des environs de Bône.
Les montagnes de la Kabylie n’ont pu être encore explorées par nos ingénieurs : tous les auteurs anciens s’accordent à dire que les mines de fer y sont abondantes, et leur témoignage a été bientôt confirmé par les renseignements que nous avons pu prendre.
Ainsi, dès le douzième siècle, l’industrie du fer était signalée comme existant dans les environs de Bougie : a On s’y livre, dit Edrici, à l’exploitation des mines de fer, qui donnent à bas prix de très-bons minerais. » Jean Léon, au seizième siècle, en fait mention dans les termes suivants : « En aucunes de ces montagnes (de Bougie), se trouvent des mines de fer, de quoi ils font de petites pièces du poids de demilivre qu’ils employent au lieu de monnaie. »
« Les Kabyles de Zouaoua, dit un administrateur qui a résidé longtemps en Afrique, font, avec le fer qu’ils tirent de la tribu des Barbacha, ces longs canons de fusil qui sont travaillés avec assez d’art.
« Le minerai en roche est traité par le charbon de bois dans un bas-fourneau, à l’instar de la méthode catalane ; les soufflets sont en peau de bouc et fonctionnent à bras d’hommes.»
C’est entre Bougie et Aumale que se trouvent les principales mines de fer de la Kabylie. L’Oued-Sahel et ses confluents renferment une grande quantité de blocs roulés des
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montagnes qui attestent sur leurs crêtes des gisements considérables.
La province d’Alger est loin d’être comparable à celle de Constantine pour sa richesse en mines de fer : elle en renferme néanmoins plusieurs. Il y a d’abord un gîte à 6 kilomètres de Tenez, au Djebel-Haddid (montagne de fer.) Ce gîte, autrefois exploité, est indiqué par des grottes taillées en plein minerai à différents niveaux. Le minerai est composé en grande partie de carbonate de fer, qui donne 40 p. 0/0 de fonte ; il se présente par amas de deux à trois mètres d’épaisseur.
Entre Tenez et Cherchell, les Kabyles exploitent, à peu de distance de la mer, des minerais de fer qu’ils fondent sur place dans des forges à la catalane.
Tout autour de Milianah on trouve des mines de fer trèsabondantes. Abd-el-Kader, dans l’intention de les exploiter, avait même déjà commencé à faire construire une usine sous les murs de cette ville. Les mines les plus voisines présentent un affleurement de près de 30 mètres sur une largeur de 50 mètres. Abd-el-Kader y avait fait faire des tranchées à ciel ouvert de trois mètres de large et de deux mètres de hauteur. Le minerai qpi’on en a exploité est encore empilé sur les bords de l’excavation ; il est en général très-pur et parait contenir 40 à 45 p. 0/0 de fer métallique.
A 42 kilomètres ouest de Milianah , sur la rive gauche du Chélif, on trouve également quantité de fragments ferrugineux d’une très-grande richesse.
Il V a sur la rive droite de la Chiffa, à dix kilomètres de Blidah, un gîte de fer oligiste compacte, qui contient 55, 50 p. 0/0 de fer métallique.
A 31 kilomètres sud d’Alger, près de l’Arba, on rencontre des couches de minerai de fer d’un mètre environ d’épaisseur; mais ce minerai contient du soufre et ne donnerait pas 'sans doute du fer de très-bonne quaUté.
Les principaux gisements de fer trouvés jusqu’à ce jour
CHAPITHE 11.
dans la province d’Oran sont : celui de la montagne des Lions, à 13 kilomètres N.-E. d’Oran, sur les bords de la mer; et celui du cap Ferrate, un peu plus loin, près d’Arzew.
Le premier est un amas de carbonate de fer de 5 mètres de puissance moyenne sur 40 mètres de largeur. Sa crête est sur un plateau qui est à 18 mètres environ de hauteur au-dessus du niveau de la mer. Les dégradations atmosphériques en ont détaché des blocs de plusieurs mètres cubes qui ont roulé jusqu’au rivage et qui pourraient être immédiatement débités. Ce minerai serait très-facile à fondre et donnerait de bonne fonte pour acier, à cause du manganèse qu’il renferme; il produit, à l’essai, 30 p. 0/0 de fonte. C’est beaucoup, si l’on considère que le carbonate de fer pur ne contient que 47, 47 p. 0/0 de fer.
Au cap Ferrate on a trouvé du fer oligiste micacé. Le nom de ce cap indique, du reste, que le gisement est connu depuis longtemps. Le fer s’y présente par filons qui ont de 2 à 3 centimètres d’épaisseur, espacés de décimètre en décimètre. Quelquefois les filons ferrugineux ont 10 et même 20 centimètres d’épaisseur. Ce minerai renferme 64,50 p. 0/0 de fer métallique ; le fer oligiste pur n’en renferme que 69,34 p. 0/0.
Une dizaine de gîtes de minerai de fer ont encore été trouvés dans la partie ouest de la province d’Oran. Ils sont également situés au bord de la mer, non loin de l’embouchure de la Tafna et du port de Nemours. Plusieurs d’entre eux ont été anciennement l’objet d’une exploitation de longue durée ; on voit encore alentour d’abondantes scories.
Ainsi, les mines de fer de l’Algérie l’emportent de beaucoup sur celles de France par la qualité du fer, la richesse du minerai et son extraction facile. Comme la plupart se trouvent dans le voisinage de la mer, il y aurait moyen d’en tirer un avantageux parti pour nos usines de France, pour celles surtout du Midi, alimentées par des minerais moins bons. Le minerai de fer des côtes d’Afrique pouvant servir de lest aux navires, coûterait souvent beaucoup moins de transport
LES RICHESSES MINÉRALES. 91
que la mine qu’il faut faire voyager sur les canaux et les chemins du centre de la France. Chaque année la France achète environ 100 millions de kilogrammes de minerai de fer et de fonte brute à l’étranger; ne serait-il pas bien préférable qu’elle allât chercher ses approvisionnements en Algérie?
LE CVIVRE
Les mines de cuivre de l’Algérie ont pour la France un intérêt particulier. La France, si bien approvisionnée de fer, est complètement dépourvue de cuivre. Chaque année elle est obligée d’acheter à l’étranger plus de 20 millions de cuivre, en grande partie laminé ou en laiton. Les mines de cuivre de notre colonie devaient donc les premières attirer l’attention. On rencontre de tous les côtés du cuivre en Algérie, tantôt dans des gisements particuliers, tantôt mêlé à d’autres métaux. Toutefois, les plus importants gisements de cuivre se trouvent dans la province d’Alger : ils forment plusieui-s zones métallifères, dont les principales sont celle de Mouzaïa, entre Blidah et Médéah; celles de Milianah et de Tenez. Les unes sont comprises dans les terrains secondaires de l’Atlas ; les autres appartiennent à des terrains tertiaires.
Les mines de cuivre de la Mouzaïa ont été découvertes par l’armée, lors de l’expédition faite à travers le col de Mouzaïa pour aller s’emparer de Médéah. Nos soldats ont trouvé, à fleur du sol, de nombreux minerais qui brillaient homme de l’or, et qu’ils se sont empressés de ramasser. Ces mines sont exploitées depuis Tannée 1844. Elles offrent de belles veines
de cuivre gris, encaissées dans des couches de baryte et de carbonate de fer. Dès l’origine de l’exploitationon les a classées en cinq groupes auxquels on a donné des noms alors en crédit.
1° Le groupe de Montpensier a un filon de 1 mètre 50 c. d’épaisseur.
2° Le groupe d’Aumale a un filon de 1 mètre 60 d’épaisseur sur 60 mètres de hauteur; les veines de cuivre y ont de 5 à 1 5 centimètres d’épaisseur.
3° Le groupe d’isly a un filon de 1 mètre 50 c. d’épaisseur.
4° Le groupe de Nemoùrs est le plus riche ; ses filons sont d’inégale épaisseur; toutefois on peut leur assigner une puissance moyenne de 4 mètres. Le cuivre gris s’y présente ordinairement en veines de 30 à 50 centimètres d’épaisseur, mais avec des étranglements et des renflements successifs. L’un de ces renflements a offert, dit-on, l’énorme puis^nce de 4 mètres : son minerai renfermait 40 p. 0/0 environ de cuivre métallique. Les filons du groupe de Nemours ont ensemble une hauteur verticale de 153 mètres, sur un développement de 350 mètres. En 1849 on y avait déjà pratiqué six galeries superposées, ayant un développement de 1,311 mètres.
5° Le groupe de Joinville est le plus pauvre ; ses filons ne contiennent que des veinules très-multipliées et très-irrégulières de cuivre gris.
La richesse du minerai de Mouzaïa varie beaucoup, suivant les filons. Néanmoins, lorsqu’il est dégagé un peu de sa gangue de sulfate de baryte et de carbonate de fer, il donne en moyenne un rendement de 25 0/0 de cuivre métallique.
Les mines de Mouzaïa, à deux lieues seulement de Médéah, sont situées dans un renfoncement des chaînes de l’Atlas, d’où s’échappe la rivière du Bou-Roumi, d’un côté; de l’autre, celle de la Chiffa. Non loin de là , près du confluent de la Chiffa avec l’Oued-Merdja, à 20 kilomètres seulement de Blidah, on a découvert un autre gisement de cuivre
LES RICHESSES MINÉRALES. 93
assez abondant. L’épaisseur des filons y varie de 50 centimètres à 2 mètres. Le cuivre de l’Oued-Merdja est pyriteux. La proportion du soufre y est plus grande que dans le cuivre de Mouzaïa, qualité qui, comme on le sait, en rend le traitement beaucoup plus facile. Plus près de Blidab, dans les gorges de l’Oued-el-Kébir on a découvert aussi plusieurs affleurements de cuivre pyriteux, dont le principal a un mètre d’épaisseur. Son rendement en cuivre métallique est de 18 à 30 p. 0/0. De l’autre côté de Blidab il y a encore, aux environs de Oalmatie et de Souma, quelques liions de pyrite de cuivre au milieu de gisements de fer. Ces liions, à l’affleurement, ont un mètre de puissance ; on peut les suivi'e sans interruption sur plusieurs centaines de mètres; des blocs alignés indiquent même que ces liions ont un assez grand développement. A Souma, le minerai se compose à la fois de cuivre pyriteux et de cuivre gris encaissé, comme à IVlouzaïa, dans des gangues de carbonate de fer et de baryte. Quelquefois ces deux variétés de cuivre sont accolées l’une à l’autre sans pourtant se mélanger. Les gîtes de cuivre ne s’arrêtent pas à Souma : on en a signalé plusieurs autres du même genre, le long de cette chaîne de l’Atlas qui borde la Mitidja, jusque dans les gorges de l’Oued-Beni-Khelil, l’un des affluents de l’Harrach, et jusqu’aux sources de l’Oued-Djemma, à 32 kilomètres d’Alger.
Le massif des montagnes qui domine Milianah renferme une multitude d’indices cuivreux. Les principaux gisements des environs sont ceux de l’Oued-Reham, d’Aïn Kerma, du Zakkar-Gbarbi, de l’Oued-Aïdous, de l’Oued-Souffay, de rOued-Adeliab, de l’Oued-Soltan et de llammam-Rigba. On y a découvert des liions de pyrite de cuivre de 1 mètre 50 c. à 4 mètres de puissance. Les gîtes trouvés près de Chercbell sont également de cuivre pyriteux.
Les mines de cuivre de l’Oued-Allelah, à 6 kilomètres au sud de Tenez, sont, tant par leur situation que par leur richesse, les plus importantes de la province d’Alger. On n’a
cependant commencé à les exploiter qu’en 1849. Elles comprennent cinq gisements principaux :
1° L’Oued-Bouchittan ;
2° L’Oued-Bouchemma , d" .Vin-Séliman ;
4” Le Camp des Gorges ;
5* L’Oued-Boukandack.
Le premier de ces gisements est de cuivre gris argentifère ; les autres sont de pyrite de cuivre.
Ces mines n’offrent à l’affleurement que des filons de quelques centimètres ; mais les couches inférieures atteignent une assez forte épaisseur. A l’Oued-Boukandack le filon principal a une épaisseur variable de 50 centimètres à 2 mètres, et 1 mètre de puissance moyenne. Ce dernier gisement est aujourd’hui le principal centre de l’exploitation. Les travaux souterrains s’étendent néanmoins aussi dans les gites d’Aïn-Séliman , de l’Oued-Bouchemma et de l’Oued- Bouchittan, et comprennent ensemble près de 9,000 mètres de galerie, avec 1,200 mètres environ de chemin de fer. Deux puits à grande section, de 11 0 mètres chacun, sont creusés à l’Oued-Boukandack ; ils sont reliés par quatre étages de galeries. Plusieurs machines à vapeur amènent les matières au jour, épuisent les eaux, broyent le minerai et font fonctionner l’atelier de réparations. Plus de 350 ouvriers, tant arabes qu’européens, sont employés habituellement soit à l’extraction du minerai, soit à son lavage. Dès l’année 1852, la production journalière de ces mines était de cinq tonnes de minerai. Lorsqu’elles seront en pleine exploitation, on espère qu’elles pourront produire six à sept mille tonnes de minerai marchand, ou mieux encore environ trois mille tonnes de mattes de cuivre à la teneur de 30 p. 0/0. On avait envoyé à l’Exposition Univei-selle nne trèsbelle collection de minerais de Tenez et plusieurs lingots de cuivre rouge provenant de leur conversion à l’état métallique.
Le cuivre est moins abondant dans la province d’Oran. Toutefois, le service des mines y a déjà signalé six gisements
LES RICHESSES MINÉRALES
de minerai de cuiTre. Quatre d’entre eux : celui de Guessiba, aux enTÎrons d’Arzew; celui deTenez-el-Mhed; celui de Sidna- Loucha, à 8 kilomètres de Nemours ; celui du Djebel-Tessala, près d’Arbal ; ne renferment que du cuivre. Dans les deux autres gisements, le cuivre est mêlé à différents métaux.
La province de Constantine a plusieurs mines de cuivre pyriteux assez importantes à côté d’autres gisements métallurgiques. Ainsi, dans le massif d’Edough on trouve une mine de cuivre et de zinc ; dans les contre-forts orientaux du mont Filfila, dans ceux du massif de Collo, d’autres mines de cuivre sont presque adossées aux mines de fer. 11 y a encore à Aïn-Barbar des indices de minerai de cuivre et de zinc argentifère. On a apporté de Bougie des échantillons de pyrites cuivreuses que l’on disait provenir des montagnes voisines. Enfin, la province de Constantine possède plusieurs gisements de cuivre carbonaté.