IV. — De Québec à V embouchure du Saint-Laurent
Rive gauche :
Aucune concession nouvelle hormis la baronnie (1) des Islets qui est à Talon. Dans cette direction la seigneurie de la côte de Beaupré termine toujours la colonie.
Rive droite :
Beaumont (2).
Bellechasse (3) au capitaine Ber-
thier.
LaDurantaye (4) au capitaine Mo-
rel de la Durantaye.
Saint -Joseph de la Pointe-au-
Foin (5).
Vincelotou Vincelotte (6) àAmyot.
L'Islet (7).
Sainte-Anne ou la Pocatière (8).
La Rivière Quelle ou la Bouteille-
rie (9) à M. de la Bouteillerie,
officier de Garignan.
L'Islet du Portage (10).
Sur ce territoire que Talon a ouvert à la colonisation, où en est la colonisation lorsque Talon s'en va? L'intendant a suivi d'abord, avec une fidélité scrupuleuse, les instructions qui lui
1) Liste de M. Rameau, loc. cit.
2) Arch. col. Canada, Fois et Hommages, t. I, hommage 17.
3) Ici . t. II, hommage 89,
4) Id., hommage 91.
5) M., t. I, hommage 22,
6) M., hommage 3.
Ici., hommage 21.
8) Id., hommage 31.
9) Id., t. II, hommage 110.
10) Id., hommage 102.
ordonnent de peupler de proche en proche. Il a travaillé uniquement à renforcer les centres déjà établis. Défen&e aux nouveaux venus de s'écarter. Les recensements de 1665-1G613 et de 1667 ne font pas mention des lieux habités autres que les trois villes et autour de chacune des banlieues plus ou moins étendues (1). Le groupe de Québec a 2.315 habitants en 1665- 1666, 2.583 en 1667. Pour la même période celui de Montréal passe de 625 à 760 ; celui des Trois-Rivières de 455^ habitants à 575.
Après 1667, et jusqu'en 1681, la statistique officielle ne nous fournit plus que le chiffre en bloc de la population. Mais nous trouvons ailleurs la preuve que la population commence à se répandre en dehors des étroites limites qui lui avaient été primitivement fixées, et à peupler les nouvelles seigneuries. C'est le père François Lemercier qui, en 1668, avec une joie enthousiaste, annonce à l'ancienne France les progrès de la Nouvelle. « Il fait beau voir à présent presque tous les rivages de nostre fleuve Saint-Laurent habités de nouvelles colonies qui vont s'estendant sur plus de quatre-vingt lieues de païs le long des bords de cette grande rivière où l'on voit naître, d'espace en espace, de nouvelles bourgades qui facilitent la navigation, la rendant et plus agréable par la vue de quantité de maisons et plus commode par de fréquents lieux de repos (2). » JMème témoignage dans un mémoire de 1669 (3). Un mémoire de 1671
(1) Localités mentionnées autour de Québec au recensement de 1GG5- 1666: Beaupré, Beauport, Isle d'Orléans; côtes Saint-Jean, Saint-François, Saint-Michel ; Sillery, Notre-Dame-des-Anges, rivière Saint-Charles, Charlesbourg; — en plus au recensement de 1667 : côte Sainte-Geneviève, cap Rouge, côte Saint-Ignace. — Autour des Trois-Rivières : cap de la Madeleine, la Touche, Champlain (recensement de 1667). — Pour le groupe do Montréal il y a dans les deux recensements cette simple mention : Montréal et ses environs. — Voici les chitlres pour 1667 : Québec, 444; Beaupré, 667 ; Beauport, 186; Isle d'Orléans, 426; côtes Sainte-Geneviève, Saint-François. Saint-Michel, 187; Sillery, 56; cap Rouge, 162; côte Saint- Ignace, JJO ; Notre-Daiiie-des-Anges, rivière Saint-Charles, Charlesbourg, 2'.)i; Lauson, 114. — Trois-Rivières, 213; cap de la Madeleine, la Touche, Champlain, 'M,2. — Montréal et ses environs, 760. Total, 3.918. Censiises of Canada, vol. IV, pp. 2 et 6.
(2) Helat. des Jésuites, 1668, p. 2.
(3) Estât du Canada en général, 1669. Arch. col. Canada, corr. gén., 3, 1068-1672, fol. 37.
L INTENDANT TALON
nous renseigne avec plus de précision. A cette date, la colonie s'étend de la Chine que vient de fonder Gavelier de la Salle, à trois lieues en amont de Montréal, au cap Tourmente, à dix lieues en avant de Québec (1).
Il va sans dire que, sur cette ligne de près de cent lieues, tout n'est point aux mains des colons. Entre les Trois -Rivières et Québec il reste des espaces « de quatre à cinq lieues oii il n'y a encore personne d'estably de pas un costé de la rivière (2). » Naturellement aussi, ces bourgades dont le père Lemercier salue la naissance, avec tant d'enthousiasme, se réduisent, la plupart du temps, à fort peu de chose. Mais l'important, c'est que la prise de possession est définitive, que la mise en valeur est commencée, qu'elle ne s'interrompra plus. Au surplus, ces réserves ne s'appliquent pas également à toutes les nouvelles seigneuries. Il est au moins une région où les progrès du peuplement sont considérables. C'est la région de Montréal. Les Montréalistes osent enfin sortir des retranchements de Villemarie. En 1671, ils ont occupé, sur un front de huit lieues, la côte sud de leur île. La côte sud, c'est la rive gauche du fleuve. En face, sur la rive droite, hier encore, toute en bois debout, la transformation est complète. C'est là, dans la péninsule triangulaire que forme la rencontre du Saint-Laurent et du Richelieu, que se porte le principal eff"ort de la colonisation militaire. Les capitaines Sorel, Contrecœur, Saint-Ours, Chambly, le lieutenant Varennes, l'enseigne Verchères y ont reçu leurs concessions. Lemoine et Boucher sont au milieu d'eux. Mais il faut placer les fiefs dans l'ordre où ils s'échelonnent de l'ouest à l'est : Longueil (3) qui est à Lemoine, Boucherville qui est à Boucher ; Varennes, Saint-Michel, Verchères, Bellevue, Contrecœur, Saint-Ours et Sorel. Quant à Chambly il est le premier sur la route de l'Iroquois et n'a de devanture que sur le Richelieu. Il est vrai qu'il peut rester à portée de secours, s'il entre-
(1) Description du Canada, 1671. Arch. col. Canada, corr. gén., 3, 1668- 1672, fol. 192.
(2) Id., loc. cit.
(3) La concession de Longueil à Lemoine date de 1657 (démembrement de la Citière), mais il reçoit un accroissement considérable de Talon en 1672. Arch. col. Canada, Fois et. Hommages, 1. 1, hommage 39. — Paillon, Histoire de la colonie française en Canada, X. III, p. 330.
tient la route stratégique que M . de Courcelles a tracée de la rive droite du Saint-Laurent au fort Saint-Louis qui s'élève au cœur de sa concession (1^. Sauf Pierre Boucher, qui n'aura sa liberté qu'après avoir passé son gouvernement des Trois-Rivières à son gendre Varennes, tous ces nouveaux seigneurs sont au travail depuis plusieurs années (^). Dès 1667, suivant l'expression du père Lemercier, « les forts de Richelieu voyent autour d'eux des campagnes défrichées couvertes de très beaux blés » (3). Au jugement de Frontenac, c'est Ghambly qu'a le mieux réussi. En 1672, il a « la plus jolie habitation de la colonie (4) ».
Talon a reçu la colonie morcelée en trois tronçons qu'une incursion de sauvages ou un hiver un peu rude suffisent à maintenir, pendant des mois, dans un isolement plein de péril. Il en opère la jonction et achève ainsi de prendre possession de touslesrivages du Saint-Laurent qui sontaccessibles directement aux vaisseaux de France. En même temps, il trouve moyen de mettre la colonie en état de se défendre. Pourtant il a bien peu de monde à distribuer sur ce front de quatre-vingts lieues. Il doit laisser bien des postes insuffisamment garnis. Mais qu'importe I L'invasion n'a que deux routes, celle de mer qui aboutit à Québec, celle de terre qui aboutit à Montréal. Autour de Québec et de Montréal Talon a su grouper le gros des défenseurs.
Mais, du moment qu'il reste toujours à envisager l'hypothèse d'une reprise des hostilités avec les Iroquois, la prudence exige de pousser la concentration plus loin encore. Les Français d'Amérique ne seront jamais véritablement en sûreté tant qu'on les laissera s'éparpiller dans ces habitations dont les plus rapprochées s'espacent de deux arpents en deux arpents (5).
(1) Voir la carte des « Plans des forts faicts par le régiment Carignan Salières sur la rivière de Richelieu», ù la page 12 de la Rel. des Jcsuiles, 1665.
(2) '« Les eslablissemenls qui se font tant par les officiers, capitaines, lieutenants et enseignes qui se lient au pays par le mariage et se nantissent de belles concessions qu'ils l'ont valoir, que par les soldats qui trouvent de bons partis et s'estendenL partout. » Relui, des JésuUes, 1666- 1067, p. 4.
(.-{) Jd., p. 3.
(4) Frontenac à Colbert, 2 novembre 1672. Arch. col. Canada, corr. gén., 3, 1668-1672, fol. 223.
{'.')) « La plupart (des habitations) ik; somI, [i.is cnmiiKî celles de France en bourgs et villages, car les maisons (estant i situées d'ordinaire aux bords
l'intendant talon 191
Et le roi qui, par surcroit, a le tort de professer cette maxime qu'il faut, en toute chose, façonner la colonie à l'image de la métropole, ordonne, par Tarrêt du 21 mars 1663, que la population soit désormais groupée dans des bourgs et dans des bourgades (1). L^alarme est vive parmi les Canadiens. Vont-ils être contraints de perdre le fruit de tant de travaux, d'abandonner leurs habitations? M. de Mezy et Févêque de Pétrée les rassurent. La mesure ne peut avoir d'effet rétroactif. Elle est applicable non aux concessions établies mais aux concessions à établir (2). Bientôt Talon essaie de les rassurer davantage en leur fournissant la preuve que l'arrêt est exécutable. En 1665, il annonce à Colber t qu'il va lui adresser le plan d'une première bourgade (3) . En 1666, il est en train sur un territoire emprunté à la seigneurie de Notre-Dame-des-Anges, c'est-à-dire aux Jésuites, de former trois villages (4). En 1667, les trois villages sont peuplés, deux avec des familles, un avec des soldats (5). Trois autres
des rivières, elles sont basties de deux arpens en deux arpens, c'est-à-dire qu'il y a une maison à un endroit et qu'à deux arpens de là le long de la rivière il y en a encore une autre ». Description du Canada, 1671. Arcli. col. Canada, corr. gén., 3, 166S-1672, fol. 191.— C'est évidemment le minimum de distance que Ton peut constater entre les habitations. D'après le témoignage de Frontenac, sur les côtes d'Orléans, de Beaupré et de Beauport « qui sont les plus habitées » les maisons sont de quatre en quatre arpents. Frontenac à Golbert, 2 novembre 1672. Ai-ch. col. Canada, corr.
(1) Arrest qui ordonne que les habitants du Canada feront défricher les terres de leur concession, etc., 26 mars 1663. Arch. col. Canada, corr. gén., 2, fol. 8. — « Prendre soin de diviser les habitants par bourgades et les composer d'un nombre et estendue de pays raisonnable pour chacune et les porter à observer les règlements et usages qui se pratiquent en France. « — Mémoire du roy à M. Talon, 1669. Arch. col. Canada, registre des ordres du roy, fol. 135.
(2) 26 août 1664. Jugements et délibérations du Conseil souverain, t. I, pp. 251-252.
(3) Talon à Colbert, 4 octobre 1665. Arch. col. Canada, corr. gén., 2, 1663-1667, fol. 143.
(4) « Je travaille autant que je puis à réunir et rapprocher les habitations esloignées et je m'oppose à ce qu'à l'avenir on en forme aucune qui ne soit en corps de communauté, hameaux, villages et bourgs. Pour vous faire connaître que la chose est aisée j'ay entrepris de former trois villages dans le voisinage de Québec qui sont déjà bien avancés... » Talon à Colbert, 13 novembre J666. Arch. col. Canada, corr. gén., 2, 1663-1667, fol. 216.
(}')) Talon à Colbert, 27 octobre 1667, Arch. col. Canada, corr. gén., 2, 1662-1667, fol. 306.
villages se fondent par la suite dans le même quartier. Mais ce fut tout. Avec les trois villes de Québec, les Trois-Rivières et Montréal, avec le cap de la Madeleine qui est un faubourg des Trois-Rivières il n'y eut point en Nouvelle-France d'autres lieux « ramassés « (i) que Bourg- Royal, Charlesbourg, village Saint-Claude, village Saint- Joseph, village Saint-Bernard et Petite-Auvergne (2). Même aujourd'hui dans cette province de Québec qui a deux millions d'habitants on ignorerait ce que c'est qu'un village, au sens que nous donnons à ce mot, si précisément on n'avait pas le spectacle de ce qui reste de l'œuvre de Jean Talon (3). C'est que le roi et l'intendant s'étaient trompés. Ils n'avaient pas tenu compte du milieu et des circonstances. Quand il s'agit de choisir l'emplacement de sa maison le colon du Canada ne saurait obéir à Tarrêt de 1663. L'exemple donné par Talon ne prouve rien pour lui. Ce qui était facile à quelques heures du chef-lieu de la colonie, dans un pays anciennement déserté et habité, devient impossible ailleurs. Il faut à cet homme, de toute nécessité, accès direct et immédiat au fleuve ou à quelque grande rivière. Il a besoin de sa pêche pour vivre. A travers cette forêt vierge qu'est restée la Nouvelle-F'ranre, il n'a pas d'autres routes que ces chemins qui marchent. Il ne peut même pas serrer les rangs. Entre ses plus proches voisins et lui il est contraint de laisser un intervalle : sa concession est trop vaste. Ces considérations expliquent non seulement pourquoi il n'y a pas eu au Canada l'équivalent de ces villages de France qui se groupent autour du clocher ; elles expliquent aussi pourquoi la seigneurie et la paroisse n'ont jamais été que des divisions artificielles. Au Canada, l'unité géographique naturelle c'est la côte, c'est-à-dire l'ensemble des habitations qui, ici de plain-pied avec la grève ou la batture, là au sommet de la falaise, s'alignent entre deux coudes du fleuve.
On en est toujours à poursuivre l'exécution intégrale du
{{) Description du Canada, 1071. Aj-ch. col. Can;ul;i, corr. g^'n., 3, 1668- 16*2, fol. 192.
(2) Ils sont énuinérés dans le recensement de 1081. Ccnsuses of Canada^ vol. IV, p. 11.
(3) Surtout à Charlesbourg.
l'intendant talon 193
programme de Champlain et à considérer comme réalisable cette fusion des Français et des indigènes qui fut le rêve généreux du fondateur de Québec (1). En ce qui concerne l'ancienne France rien de plus explicable. On reste sous l'impression des premiers bulletins de victoire des Jésuites. On sait bien qu'ils ont été suivis de revers. Mais on croit qu'ils sont réparables, et peut-être qu'ils sont déjà réparés. On ne peut se figurer que la hache iroquoise et la picotte aient fait le désert autour des missions. Il suffît de débarquer à Québec pour voir les choses telles qu'elles sont. La preuve que sur les bords du Saint-Laurent les sauvages sont devenus une quantité négligeable, c'est que Talon dans ses premiers mémoires n'a pas un mot pour eux. S'il traite la question plus tard, c'est parce que le roi et le ministre l'y invitent expressément, et il est visible qu'il le fait sans beaucoup de conviction. Bien plus, il semble qu'il ait cherché à faire connaître la vérité à Louis XIV, et, n'osant s'y risquer lui-même, de peur de s'attirer trop d'hostilité de la part des Jésuites, qu'il en ait chargé un de leurs rivaux, sulpicien ou récollet. Quel que soit du reste l'auteur du mémoire intitulé « Description du Canada », il ne prend pas de ménagements pour nous apprendre que l'œuvre de la conversion a échoué. « Il y a quarante ans que l'on travaille à la conversion des sauvages, sans néanmoins avoir encore fait de grands progrès, puisque toute l'esglise des sauvages consiste dans une centaine de personnes, petits et grands, qui se trouvent parmi les Hurons et peut être parmi les Algonquins (2). » Voilà un témoignage qui est formel, et qui ne peut
(1) Colbert à Talon, 5 avril 1666. « Pour augmenter la colonie... il me semble que sans s'attendre à faire capital sur les nouveaux colons que l'on peut envoyer de France, il n'y aurait rien qui y contribuât davantage que detascher à civiliser les Algonquins, les Hurons et les autres sauvages qui ont embrassé le christianisme et les disposer à se venir établir en communauté avec les Français pour vivre avec eux et élever leurs enfans dans nos mœurs et dans nos coutumes. » Arch. col. Canada, corr. gén., 2, 1663-1667, fol. 199. — Golbert à M. i'evesque de Pétrée, 15 mai 1669. c N'y ayant rien de plus important pour l'avantage de cette colonie et pour le salut des sauvages qui est le principal soin de Sa Majesté que de les joindre à la vie commune des Français. » Arch. col. Canada, registre des ordres du roy, 1663-1669, fol. 144.
(2) Description du Canada, 1671. Arch. col. Canada, corr. gén., 3, 1668- 1672, fol. 192.
se récuser. Tenez compte tant que vous voudrez de la partialité du concurrent, doublez, triplez le chiffre du troupeau : la conclusion ne saurait varier.
Pourtant, pas plus à Québec qu'à Versailles, on ne perd courage. On saura bieri contraindre les sauvages à multiplier, et Talon médite déjà quelque règlement qui remédie à la stérilité des sauvagesses (1). Pour la conversion on reprendra les choses où elles en étaient au début du siècle. Les ouvriers apostoliques affluent. Les Jésuites ont toujours la même ardeur (2). Les Sulpiciens et les Récollets viennent à la rescousse. Seulement on ne veut plus de l'ancienne méthode. Naguère on concédait que le chemin dût se parcourir en deux étapes, qu'il fallait convertir les sauvages avant que de les fixer, de les policer, de les assimiler. Et l'on laissait les Jésuites les suivre dans la forêt, apprendre leurs idiomes, sans essayer de leur enseigner le français, les maintenir hors de tout contact avec les colons. Maintenant, on mènera, de front, conversion et francisation. On va s'emparer des enfants indigènes pour « les élever dans nos mœurs, notre langue et nos maximes ». Tout le monde est d'accord pour se mettre immédiatement à la besogne, Tévêque de Pétrée, l'abbé de Queylus (3), le séminaire de Montréal, les Récollets et les Ursulines et, même, les Jésuites qui acceptent, de bonne grâce, les reproches de Talon (4).
(1) « 11 n'en est pas de même des sauvages dont les femmes sont assez stériles, soit que le grand travail auquel elles sont obligées retarde leur portée, soit qu'elles nourrissent trop longtemps leurs enfants de leur lait. Mais cet obstacle à la prompte formation de la colonie peut être surmonté par quelque règlement de police. » Talon, mémoire de Tétat présent du Canada, 1667. Ay^ch. col. Canada, corr. gén., 2, 1663-1667, pp. 3o5.
(2) Talon à Colbert, 10 novembre 1670. Arch. col. Canada, corr. gén., 3, 1668-1672, fol. 77.
(3) Colbert à M de Queylus, 15 may 1669. Arch. col. Canada, registre des ordres du roy, 1663-1669, fol. 145.
(4) Talon à Colbert, 27 octobre 1667. « Les pères jésuites auxquels j'ay fait une espèce de reproche, civilement néanuioins, de n'avoir pas jusqu'ici donné l'application qu'ils devaient à la politesse du naturel des sauvages et à la culture de leurs mœurs, m'ont promis qu'ils travailleraient H changer ces barbares en toutes leurs parties h commencer par la langue. Vous vernsz à quoy le supérieur du séminaire de Montréal s'engage par un écrit ci-joint. » Aî'ch. col. Canada, corr. gén., 2, 1663-1667, fol. 306.
l'/ntendant talon 195
Sans se demander si la matière est malléable, si nos procédés d'éducation auront enfin prise sur ces natures demeurées, jusque-là. refractaires à toute discipline, on se persuade «qu'il ne sera pas difficile, après leur conversion... de les réduire, petit à petit, à quitter la chasse et la pesche pour défricher » . En même temps, on va s'efforcer « d'unir les peuples par l'intérêt du sang comme ils le sont pas celui du commerce (1). » Pour favoriser les unions entre les deux races, pour décider les Français à épouser les filles rouges, le roi est prêt à les doter. Le « présent du roi » aux sauvagesses monte à cent cinquante livres (2).
(1) Mémoire de 1663. Arch. col. Canada, corr. gén., 2, 1663-1667, fol. 41.
(2) Estât de la dépense... pour le paiement... de gratifications au Canada, 26 mars 1669. .4rc/i. col. Canada, registre des ordres du roy, 1663-1G69, fol. 1669.