CHAPITRE XV
que possible à l’égard des arrangements ecclésiastiques, et avait demandé qu’on lui accorde la liberté d’agir à son gré à l’égard d’une affaire aussi délicate(l)”.
On le laissa faire, et l’harmonie la plus parfaite exista toujours entre l’évêque, le clergé et le gouverneur. “ Il a montré, écrit l’annaliste des Ursulines, bien de la conduite, de la prudence et de la grandeur d’âme dans les circonstances critiques ou il s’ést trouvé. Sa bonté pour le peuple a été constante ; mais ce qui l’a rendu surtout cher à ce pays, ce sont les bons procèdes dont il a usé à l’égard de Monseigneur et du clergé, ne leur ayant fait aucune peine au sujet de la religion (2)”.
Mgr Briand se réjouissait de cet état de choses, et écrivait au nonce à Paris, en 1775 : “ La piété règne parmi le peuple, plus que du temps des Français ; les grands sont aussi plus religieux (3)”.
Le vénérable évêque devait continuer à administrer l’immense diocèse de Québec pendant dix ans encore. En 1784, croyant sa fin prochaine, il remit sa démission entre les mains du lieutenant-gouverneur Hamilton, et Mgr d’Esglis, depuis douze ans coadjuteur, devint évêque de Québec. Le nouveau titulaire prit possession de son siège, le 2 décembre 1784. Il demanda immédiatement un coadjuteur qui lui fut accordé dans la personne de M. Jean-François Hubert, lequel fut consacré, sous le titre d’évêque d’Almyre, par Mgr Briand, le 19 novembre 1786. A partir de cette date, Mgr d’Esglis, qui avait continué d’occuper sa petite cure de Saint-Pierre de l’île d’Orléans, abandonna peu à peu l’administration du diocèse, tout en gardant le titre d’évêque de Québec. Il décéda, le 4 juin 1788, à l’âge de 78 ans. Mgr Hubert était à faire la visite pastorale lorsqu’il apprit la mort de Mgr d’Esglis. Il revint immédiatement à Québec, et le 12 juin 1788, il prenait à son tour possession de la cathédrale et du diocèse.
Son premier soin, lui aussi, fut de se choisir un coadjuteur. “ Cette fois, dit l’historien de l’Église du Canada (4), la
(1) D. C. H. C. (1759-1791), note, p. 550.
(2) Les Ursulines de Québec, t. III, p. 147.
(3) Gosselin, Egl. du C., première partie (1760-1775), p. 403.
(4) Gosselin, Eg. du C., deuxième partie (1775-1790), p. 332.
LA RELIGION
chose se fit pour ainsi dire presque d’elle-même, avec la plus grande facilité, trop facilement peut-être, oserions-nous dire, puisque c’est le gouvernement qui prit les devants et imposa son choix.” Lord Dorchester, qui avait en grande estime l’abbé Bailly de Messein, le proposa comme futur coadjuteur à Mgr Hubert. Mgr Briand et Mgr Hubert, après avoir consulté les principaux membres du clergé canadien, consentirent à la nomination de M. Bailly de Messein et le recommandèrent à Rome comme digne de l’épiscopat. Le Saint-Siège confirma aussitôt le choix d’un titulaire si bien vu de tous, et le 12 juillet 1787, l’abbé Bailly de Messein était consacré à Québec, sous le titre d’évêque de Capsa.
D’après une lettre adressée par Mgr Hubert au cardinal Antonelli, préfet de la Propagande, il n’y avait alors que cent quarante prêtres ,dans le diocèse de Québec, “ ce qui est insuffisant pour un peuple immense comme celui-ci ”, ajoutait le digne prélat. “ La plupart des prêtres, disait-il encore, sont Canadiens et tous le seront bientôt ; car le ministère britannique ne permet pas que l’on admette des ecclésiastiques européens, surtout des Français(l).”
Des prêtres de langue anglaise desservaient, cependant, les catholiques de cette langue, dispersés dans le diocèse. Dans la Nouvelle-Écosse, un capucin, le père James Jones, résidait à Halifax et avait comme assistants deux prêtres irlandais : les abbés William Phelan et Thomas Power. Deux prêtres écossais, les abbés Roderick et Alexander MacDonell, exerçaient le saint ministère chez leurs compatriotes fixés dans le district de Lunenburg, Haut-Canada.
Il n’y avait pas encore, à proprement parler, de hiérarchie protestante établie dans le pays. Les premiers ministres de l’Église d’Angleterre furent les aumôniers des troupes, le Dr John Brooke, à Québec, et le Dr John Ogilvie, à Montréal. Plus tard, des ministres réguliers furent nommés, les révérends Chabrand Delisle, à Montréal ; DeMontmollin, à Québec, et l’apostat Veyssière, aux Trois-Rivières. Les presbytériens, très nombreux, avaient comme ministre à Québec, un monsieur Sparks, et à Montréal, un monsieur Bethune.
(1) Gosselin. Eg du C., deuxième partie, p. 326.