‹ La colonisation de la province de Québec (volume 2)Chapitre 123 sur 182 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

l’instruction

Diffusion de l’instruction élémentaire et secondaire sous le régime français. — La cession du pays cause de grands embarras. — - L’instruction secondaire en baisse.— Fermeture du collège des Jésuites.

— Le séminaire de Québec se maintient. — Fondation du collège de Montréal. — Pénurie du personnel enseignant — des ressources matérielles — des livres. — L’instruction primaire. — Les écoles de garçons dans les campagnes disparaissent ; les écoles de filles subsistent difficilement. — Les écoles de langue anglaise. — Enquête sur les moyens à prendre pour répandre l’instruction. — Rapport du comité d’enquête. — Projet de la fondation d’une université.

— Mgr Hubert et Mgr Bailly de Messein. — Opinion de lord Dorchester.

Te gouverneur Vlurray, dans sa lettre du 20 août 1766, à lord Shelburne (1) disait que les Canadiens étaient très ignorants, que très peu parmi eux savaient lire. M. l’abbé Gosselin (2) a fait justice de cette assertion injuste de notre premier gouverneur. Sans doute, l’instruction sous le régime français n’était pas aussi répandue qu’aujourd’hui. Des raisons multiples s’opposaient à l’établissement des écoles élémentaires dans les campagnes.

La rudesse du climat de ce pays, disait Mgr Hubert, en 1789, la dispersion des maisons dans la plupart de nos campagnes, la difficulté pour les enfants d’une même pareCse de se réunir tous dans un même lieu, surtout en hiver, aussi souvent qu’il le faudrait pour leur instruction, l’incommodité pour un percepteur de parcourir successivement, chaque jour, un grand nombre de maisons particulières, voila des obstacles qui ont rendu inutiles les soins de plusieurs curés que je connais et leurs efforts pour l’instruction de la jeunesse dans leurs paroisses(3).

(1) Voir appendice IV.

(2) L’abbé Amédée Gosselin, (aujourd’hui Mgr Gosselin). L instruction sous le régime français, 11635-1760), Québec, 1911.

(3( M. des év. de Q., t. II, p. 394.

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Il ne faut pas déduire de ces paroles, que l’instruction élémentaire des garçons et des filles était complètement négligée. Des maîtres laïques réussissaient, dans quelques paroisses plus établies, à grouper autour d’eux quelques élèves auxquels ils apprenaient à lire et à écrire. Dans d’autres paroisses, c’étaient des maîtres ambulants quiremplissaient la même besogne. Les dames de la Congrégation avaient établi des couvents dans sept ou huit paroisses sous le régime français. Elles recevaient, dans leurs couvents, à Montréal et à Québec, bon nombre de jeunes filles appartenant à des familles de la campagne. La même chose peut se dire des religieuses Ursulines pour leurs couvents de Québec et des Trois-Rivières. |||

Ce n’est pas sans étonnement que l’on constate, en parcourant les greffes des anciens notaires et les registres de l’état civil, qu’un grand nombre d’hommes et de femmes, parmi les premières générations, savaient signer leur nom.J

“ Concluons donc, dit l’abbé Gosselin, que s’il n’y avait pas d’école, les gens trouvaient pourtant le moyen d’apprendre à écrire, et qu’il ne faut pas trop se hâter de crier à l’ignorance quasi universelle au Canada, sous le régime français (l).”

Murray ajoute que le gouvernement avait tenu les Canadiens dans l’ignorance par principe. L’historien Garneau dit que c’était par politique ou encore par désir de plaire au pouvoir spirituel que le gouvernement avait ainsi agi. “ Le gouvernement, dit-il, se gardait de troubler un état de choses qui rendait les colons moins exigeants, moins ambitieux et, par suite, plus faciles à conduire(2) ”. Encore une assertion injuste. Sans doute, le gouvernement aurait pu faire davantage, mais “ on ne saurait admettre, dit Mgr Louis-Adolphe Paquet, que le pouvoir civil se soit complètement désintéressé des choses de l’éducation. Ce qui est vrai, c’est qu’il avait confiance dans le clergé dont il connaissait le zèle, et qu’au

lieu d’organiser 1 ui-même un enseignement d’ État, il crut préférable de laisser à l’action de l’Église et à celle des particuliers, tout en les secondant, ce qui en réalité relève d’elles. De cela, loin de le blâmer, nous ne pouvons au contraire que le féliciter (3).”

(1) Ouv. cité, p. 137. (2) Garneau, Ilist du Can., t. I, pp. 233-234.

(3) Droit public de l’Eglise. L’Eglise et l’éducation... Deuxième édition, Québec, 1916. Appendice, p. 320.

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Quant au clergé, il déploya, pour l’instruction du peuple, le zèle qu’il savait mettre en toutes choses. Après la cession, c’est lui seul qui devait organiser l’enseignement secondaire dans le pays.

Les Jésuites qui avaient, pendant 123 ans, donné l’instruction aux jeunes gens, virent, au lendemain de la conquête, leurs biens confisqués et leur collège transformé en caserne. Le seul établissement d’enseignement secondaire pour les garçons, sous le régime français, fut définitivement fermé, et, malgré tous les efforts de la population et du clergé, il ne devait pas être rétabli.

Le vieux séminaire de Québec, fondé en 1663, par Mgr de Laval, avait fermé ses portes pendant le siège de 1759. 11 les rouvrit au mois d’octobre 1765. Les prêtres du séminaire, comprenant que le sort du collège des Jésuites était irrévocablement fixé, et voulant se trouver à la hauteur des circonstances, résolurent de modifier leur programme d’étude, et de le mettre à la portée de tous les étudiants, de ceux même qui se destinaient aux professions libérales.

C’est ainsi, dit M. Edmond Roy, que cent ans juste après sa fondation, cette institution, élargissant ses cadres, appelait à elle, non seulement les élèves qui se destinaient à l’état ecclésiastique, mais encore toute la jeunesse canadienne désireuse de s’instruire . . . C’est dans ce séminaire, destiné d’abord uniquement à dresser des lévites et à donner des prêtres à l'autel, que se relèvent les coeurs, que s’abreuvent les courages. C’est là que la nation ressuscite. De là vont sortir les premiers champions dans l’arène des parlements, les Papineau, les Bédard, les Blanchet, les premières gloires de la tribune. Ils se dresseront devant leurs adversaires pour leur crier que la race n’est pas morte et qu’elle veut vivre (1) .

C’est en 1768 que se fit ce changement. L’année précédente, un vénérable sulpieien, M. Curatteau de la Blaiserie, curé de la Longue-Pointe, près de Montréal, avait ouvert, dans son presbytère, une école où l’on enseignait le latin. En 1773, cette école fut transportée dans le vieux château de Vaudreuil, à Montréal, et prit le nom de Saint-Raphaël. On y ajouta, à l’enseignement du latin, celui des belles-lettres(2).

(1) Souvenirs d’une classe au Séminaire de Québec, (1867-1877), Lévis, 1907

(2) Annuaire de Ville- Marie, par L.-A. Huguet-Latour, Montréal, (1863- 1877), p. 119.

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