‹ La colonisation de la province de Québec (volume 2)Chapitre 124 sur 182 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Les étudiants de ce collège, qui désiraient suivre le cours des sciences et de la philosophie, et compléter leurs études, devaient se rendre au séminaire de Québec. Le collège de Saint- Raphaël, qui devint plus tard le collège de Montréal, devait, lui aussi, fournir des hommes qui laisseraient un nom illustre dans l’histoire du pays.

Ce n’est pas sans des sacrifices énormes que ces deux maisons d’éducation peuvent accomplir leur tâchebienfaisante. L’argent, les ressources matérielles font défaut mais, c’est surtout le personnel enseignant qui manque. Les Sulpicieus ne peuvent plus se recruter, et leur existence comme corps religieux est sérieusement menacée. D’autre part, la défense de faire venir des prêtres de France est absolue. C’est dans la colonie seule que le collège de Montréal et le séminaire de Québec doivent se trouver des professeurs. Mgr Briand, qui portait une grande sollicitude à ces deux maisons, aurait bien voulu avoir quelques prêtres français, comme professeurs. Nous savons que Haldimand refusa d’accéder à ce désir de l’évêque, parce que, disait-il, ces étrangers auraient contribué à faire revivre l’influence française dans le piys. Il proposa au gouvernement impérial d’envoyer au Canada quelques prêtres savoyards, pour occuper les cures laissées désertes par le décès des anciens. Mgr Briand contrecarra, autant qu’il le put, ce projet. “ In diocèse, écrivait-il à Carleton, n’a pas besoin d’étrangers pour les cures . . Il ne faut que des professeurs de rhétorique, philosophie et théologie, qui n’aient d’autre objet, en venant au Canada, que celui de se sacrifier à l’enseignement, et des directeurs pieux, fervents, qui aient le goût de vivre en retraite et en communauté pour former les ecclésiastiques à la piété et leur donner l’esprit de l’état qu’ils se disposent à embrasser (1).”

A la date où Mgr Briand écrivait cette lettre, il n’y avait que six prêtres au Séminaire de Québec, et dix, à celui de Montréal. Ces deux institutions étaient réellement menacées d’extinction. Attendons encore quelques années, et la révolution française jettera sur les rives du Saint-Laurent toute une phalange de prêtres, dont plusieurs se consacreront

(1) 30 juin 1784. Gosselin, Egl. du C. 2ème partie (1775-1789), pp. 207-208.

l’instruction

spécialement à l'instruction de la jeunesse, et dont le dévouement assurera la survivance de l’enseignement secondaire dans notre province.

Que devenaient, au milieu de ces péripéties, les écoles populaires et l’instruction élémentaire? Les changements, dans l’administration civile, eurent ici une répercussion fâcheuse. Les Jésuites, à Québec, avaient continué d’enseigner aux jeunes gens la lecture, l’écriture et l’arithmétique, mais, en 1776, le gouvernement ayant placé les archives de la province dans le seul appartement de leur maison qui pouvait recevoir des écoliers, ils durent suspendre leurs classes (1). Des 1/63, le sort des Recollets est fixé. Eux aussi sont condamnés à disparaître, et, avec eux, les petites écoles qu ils avaient fondées dans les paroisses où ils exerçaient le ministère. En 1 / 7o, ils enseignent encore dans les paroisses de l’Assomption, Boucherville, la Prairie-de-la-Madeleine, Terrebonne, Verchères, Rivière-du-Chêne, Nicolet, Maskinongé et Rivière-du-Loup.

Les écoles des filles résistent mieux à l’orage. Les pensionnats des UrsulineSj a Québec et aux Trois-Rivières, ceux des dames de la Congrégation, de l’Hôpital-Général, sont bien remplies. Ces mêmes religieuses tiennent également des externats pour les jeunes filles, dans ces trois villes. Les dames de la Congrégation ont ouvert de nouveau, en 1769, leur école de la Basse- Ville, à Québec. Elles enseignent dans les paroisses de la Pointe-Claire, de Lachine, de la Pointeaux-Trembles (Montréal), de Boucherville, de Champlain, de Sainte-Famille de l’île d’Orléans, de Saint -François-dela-rivicre-du-Sud.

“ Chacune de ces communautés, écrit Mgr Briand, soutient de ses propres fonds l’école qui se fait chez elles. Outre cela, elles sont encouragées et soutenues par l’attention et la vigilance des supérieurs ecclésiastiques qui ont soin que les fondations soient remplies. Dans toutes les susdites, |on s’applique, sur toutes choses, à former les mœurs des enfants, et à leur insiprer beaucoup d’amour et de respect pour la religion dont on leur fait connaître les maximes (2).”

(1) M. des êv. de Q t. II, p. 389.

(2) M. des êv. de Q. t. II, p. 390.

Page 1