‹ La colonisation de la province de Québec (volume 2)Chapitre 71 sur 182 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

On crut à ce moment que la province de Québec aurait aussi sa large part de cette immigration. Dès le mois de juillet 1783, lord North annonçait à Haldimand(l) que parmi les loyaux sujets des anciennes colonies, plusieurs désiraient s’établir dans la province de Québec, et que c’était le désir de Sa Majesté qu’une certaine étendue de terre y fût divisée en seigneuries et fiefs pour leur être distribués.

D’après les instructions transmises par le secrétaire colonial à Haldimand, cent acres devaient être données à chaque chef de famille, et cinquante acres, à chaque personne composant sa famille ; cinquante acres, à chaque célibataire ; deux cents acres, à chaque sous-officier de l’armée réformée à Québec ; cinquante acres, à chacune des personnes de sa famille.

“ Ces dites concessions, disaient les instructions, seront détenues sous notre autorité et celle de nos héritiers et successeurs, comme seigneurs de la seigneurie ou du fief dans laquelle ou lequel elles sont situées, et aux mêmes conditions, reconnaissances et services que les terres sont détenues dans notre dite province, sous les divers seigneurs y tenant ou possédant des seigneuries ou fiefs. Il sera réservé à Nous, nos héritiers et successeurs, à partir de l’expiration des dix années qui suivront l’admission des tenanciers respectifs, une rente d’un demi-penny l’acre.”

De plus, chaque concessionnaire devait prêter, en faisant la demande d’une étendue quelconque de terre, les serments prescrits par la loi, et, en même temps, faire et signer la déclaration suivante, à savoir :

“ Je A. B. promets et affirme que je maintiendrai et défendrai de toutes mes forces l’autorité du roi en son Parlement en sa qualité de législateur suprême de cette province.”

Les frais d’arpentages devaient être défrayés par le receveur général de la province. L’arpenteur général ne pouvait exiger que la moitié des honoraires d’office et habituels (2).

Lord North proposait à Haldimand de placer les officiers et les soldats dans la seigneurie de Sorel, que la Couronne venait d’acheter, au coût de £3,000.

(1) 24 juillet 1783, arc. can. B 50, p. 133.

(2) Instructions additionnelles à Haldimand, 16 juillet 1783 D C Tï P

(1759-1791), pp. 721-722. ' ' * "

LES LOYALISTES

Cette suggestion entrait bien dans les vues du gouverneur qui ne voulait permettre à aucun loyaliste de s’établir le long de la frontière des États-Xhiis et du Canada. XI jugeait qu’il valait mieux, dans les circonstances présentes, laisser inhabitée cette partie de la province afin que étant conservée en forêt épaisse, elle pût servir de barrière, en cas d’une nouvelle invasion américaine.

Il s’ajoute à cette première raison, une autre considération, disait-il, les Canadiens croîtront beaucoup en population et cela en peu d’années ; il faudra leur donner des terres pour s’établir, et il me semble d’une bonne politique que la frontière soit peuplée de gens professant une religion différente, parlant une autre langue, et accoutumés à d’autres lois que celles de nos entreprenants voisins de la Nouvelle- Angleterre . . . (1).

Haldimand suggérait de grouper les nouveaux venus entre le Saint-Laurent et la rivière Ottawa, et sur le littoral de la B aie - des -Chaleurs . Dès le milieu de l’été de 1783, il avait envoyé le major Freneh explorer le pays compris entre Carillon, sur la rivière Ottawa, et Cataraqui (Kingston) sur le Saint-Laurent. Celui-ci avait fait un rapport favorable, et Haldimand écrivait qu’on pouvait établir en cet endroit tous les Loyalistes qui viendraient chercher un asile dans la province de Québec.

Les loyalistes, disait-il, y formeront, en peu de temps un groupe considérable de gens attachés aux institutions britanniques, et qui pourront être utiles en bien des circonstances. Ces colons se livreront surtout à la culture du blé, dans quelques années ils en récolteront de grandes quantités et cette partie du pays sera avant longtemps le grenier du Bas-Canada, où les récoltes sont souvent précaires et où le prix des grains est souvent haussé par les spéculateurs ; ce qui arrivera certainement cette année, car le prix du blé est déjà rendu à deux dollars le minot(2).

(1) It is still therefore in his Majesty’s power to instruct his governor to leave that tract of ground on the frontiers unconceded, at least for some years, when a better judgment may be made then at présent, of the tour which afîairs may take in t his continent. There is another considération ; the Canadians will increase much in population, and in a few years, more lands will be wanted for them, and it seems good policy that the frontiers should be settled by people professing different religions, speaking a different language, and accusiomed to other laws and government from those of our restless and enterprising neighbours of New-England. . .

(2) Haldimand à lord North, 27 novembre 1783, arc. can. B 56, p. 201.

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