‹ La colonisation de la province de Québec (volume 2)Chapitre 85 sur 182 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

devait visiter les grands chemins de la province chaque année, du dix mai au vingt de juillet(l).

Le poids de tous les travaux de voirie restait toujours à la charge des gens de la campagne, et le gouvernement ne manifestait aucunement l’intention d’en supporter sa part. Les circonstances allaient cependant l’obliger à entreprendre la construction d’un grand chemin de communication entre la province de Québec et celle du Nouveau-Brunswick. En effet, après la conclusion du traité de 1783, avec les États- Unis, le gouverneur jugea qu’il n’était plus prudent d’expédier les dépêches par la voie de New-York, comme on l’avait fait jusqu’à l’ouverture de la guerre, en 1774, et résolut d’ouvrir une route en territoire canadien entre Québec et Halifax. Pour cela, il fallait rendre praticable l’ancien chemin du Portage, qui allait de la Rivière-du-Loup au lac Témiscouata. Au mois de mars 1784, Haldimand donnait des instructions au grand voyer, Jean Renaud, et le chargeait d’engager des hommes pour faire les travaux préliminaires sur cette partie de la route du Portage. Ces travaux furent continués pendant les années 1784 et 1785. Les hommes étaient payés six deniers par jour ,et les conducteurs dix chelins (2). Si l’on en croit le juge Mabane, ces travaux, faits sans aucun esprit d’économie, coûtèrent fort cher, et furent entrepris dans le but principal de forcer le gouvernement impérial à établir une Chambre d’assemblée (3).

Quoi qu’il en soit, les gouverneurs trouvaient des ressources pour solder les frais d’une entreprise aussi coûteuse, pendant qu’ils abandonnaient à l’isolement les colons qui osaient s’éloigner des rives du Saint-Laurent. Ils refusaient de leur accorder le moindre petit octroi pour les aider à s’avancer dans la foret et agrandir le domaine de la colonisation.

Une autre difficulté entravait sérieusement l’établissement des colons dans les anciennes seigneuries. Sous l’ancien régime, des lois très sages obligeaient le seigneur à subdiviser

(1) Ordonnance pour réparer, reformer et entretenir les grands chemins publics et les ponts dans la province de Québec, 29 mars 1777. Rapport concernant les travaux des archives publiques pour les années 191k et 1915. Ottawa, 1917, p. 80 à 84.

(2) Haldimand à Renaud, 8 mars 1784. arc. can. B 63, p. 123.

(3) Mabane à Haldimand, 8 juillet 1785. arc. can. B 76, p. 93.

POPULATION ET NOUVELLES PAROISSES

son fief et à le concéder à ses vassaux, en petites portions, moyennant des rentes modérées qui ne devaient pas dépasser une certaine limite.

Si le seigneur refusait de faire une concession à un sujet qui en faisait la demande, l’intendant et le gouverneur pouvaient concéder la terre demandée.

Il était, en outre, parfaitement compris et connu que le seigneur ne pouvait augmenter, de sa propre autorité, le taux des redevances fixées par le roi, qu’une fois ce taux établi dans une seigneurie, il devait servir de règle pour toutes les concessions à venir dans la même seigneurie et qu’aucun seigneur ne pouvait se départir de cette règle sans violer la loi. D’ailleurs, sous le régime français, le gouverneur et l’intendant veillaient à ce que la loi fût rigoureusement observée, et ces deux fonctionnaires étaient érigés en haute cour de justice pour décider, à l’exclusion des juges ordinaires, de toutes les contestations entre le seigneur et ses vassaux.

Après la cession, plusieurs seigneuries furent achetées par des bourgeois canadiens et par de riches propriétaires anglais (1). Ces nouveaux propriétaires prétendirent qu’ils n’étaient pas liés par les règlements et les édits de l’ancien régime. Ils augmentèrent peu à peu les taux des cens et rentes, et forcèrent, en certains cas, leurs censitaires à prendre des titres nouveaux, afin de leur imposer des conditions onéreuses qui n’étaient pas contenues dans les titres primitifs. Les habitants, plutôt que de se soumettre aux exigences des nouveaux seigneurs, s’abstinrent de demander des concessions de terre. Afin d’établir leurs enfants, ils partagèrent leurs fermes en lots de dix, vingt ou trente arpents, de sorte que la population, au lieu de s’étendre, se resserra sur les deux rives du fleuve, et c’est ce qui explique pourquoi les Canadiens, tout en ayant triplé le chiffre de leur population, depuis trente ans, en étaient encore, quant à la partie habitée, aux limites territoriales de 1760.

La tenure seigneuriale, qui avait été la grande source du progrès de la colonie sous le régime français, devenait, par

(1) Nous mettons à l'appendice VIII la liste des nouveaux et des anciens sujets du roi, propriétaires de fiefs et de seigneuries dans la province de Québec, en 1790.

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