‹ La colonisation de la province de Québec (volume 2)Chapitre 89 sur 182 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

mémoire présenté par eux à lord Dartmouth, en 1774, ils réclamaient, non seulement l’établissement d’une chambre des représentants du peuple, mais aussi le retour de la province de Québec à ses anciennes limites.

Si les parties, disaient-ils, qui en ont été détachées ne sont pas de nouveau réunies à ce gouvernement, auquel leu-- situation géographique indique qu’elles doivent appartenir, et si le tout n’est pas astreint à une réglementation salutaire et pondérée, il en résultera une perversion des mœurs des sauvages, et le commerce des fourrures et la pêche du loup-marin durant l’hiver, que seuls les habitants du Canada peuvent faire avantageusement, seront, à tout jamais, perdus non seulement pour cette province mais pour la Grande-Bretagne (1).

Le plus curieux, c’est que les négociants de langue française, tout en se prononçant contre l’établissement d’une Chambre d’assemblée, demandaient aussi, dans le mémoire qu’ils adressèrent, vers la même époque, au ministre des colonies, que le Canada retournât à ses bornes primitives.

La colonie, disaient-ils, telle qu’elle est fixée maintenant par la ligne de quarante-cinq degrés, est trop resserrée dans ses limites. Cette ligne, qui la borne, passe à environ quinze lieues au-dessus de Montréal : et, cependant, c’est de ce seul côté que les terres se trouvent fertiles et que peut s’étendre avec plus d’avantage l’agriculture. Nous supplions que, comme sous le tems du gouvernement Français, on laisse à notre colonie tous les païs d'en haut connus sous le nom de Missilimakinac, du Détroit, et autres adjacents, jusques au fleuve du Mississipi, La réunion de ces postes serait d’autant plus nécessaire à notre païs que, n’y ayant point de justice établie, les voyageurs de mauvaise foi, auxquels nous fournissons des marchandises pour faire le commerce avec les sauvages, y restent impunément avec nos effets ; ce qui ruine entièrement cette colonie, et fait de ces postes une retraite de brigands capable de soulever les nations sauvages.

Nous désirons aussi qu’il plût à Sa Majesté de réunir à cette colonie la côte du Labrador (qui en a été aussi soustraite) telle qu’elle y était autrefois. La pesche du loup marin (qui est la seule qui se fait sur cette côte) ne s’exerce

(1) 31 décembre 1767. D. C. H. C. (1759-1791), p, 487.

COMMERCE, INDUSTRIE ET AGRICULTURE

que dans le fond de l’hyver, et ne dure souvent pas plus d’une quinzaine de jours. La nature de cette pesche, qui n’est connue que des habitants de cette colonie . son peu de durée. . . et la rigueur de la saison, qui ne permet point aux navires de rester sur les côtes . . . , combinent à exclure tous les pescheurs qui viennent de l’Angleterre (1).

Comme le laisse voir la dernière partie de ces deux citations, on désirait également que les établissements de pêche dans le golfe, fussent mis sous la protection du gouvernement de Québec

Murray, dans son rapport sur le gouvernement de Québec, avait fait remarquer que la pêche à la morue et à la baleine deviendrait avant longtemps une source inépuisable de

(1) Décembre 1773. D. C. H. C. (1759-1791), pp. 493-494.

Les signataires de ce mémoire formaient la faction influente des Canadiens à cette époque. Nous mettons ici leurs noms tels que signés dans le mémoire.

Fr. Simonnet,

Fr. Cariau,

Landriéve,

Pierre Foret ier,

De Rouville,

Landriaux,

De Rouville, fils.

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