CHAPITRE XIII
Joseph McKenzie, John Lymburner étaient certainement de meilleure condition. Ils s’unirent, tout de même, aux premiers pour protester contre la politique de Murray et faire opposition à l’administration gouvernementale. Jaloux des faveurs accordées aux nouveaux sujets, ils s’employèrent, de toutes manières, à leur faire enlever des droits garantis par le traité de paix. Nous nous rappelons quel rôle ignoble ils jouèrent à propos de l’établissement des cours de justice et du choix des jurés (l). Ce sont eux aussi qui furent les principaux instigateurs de la campagne menée en faveur de l’établissement d’une Chambre d’assemblée (2). Un avocat, M. Fowler Walker, était chargé d’appuyer leurs démarches en Angleterre, et les marchands de Londres avec qui ils étaient en relation d’affaires leur prêtaient le secours de leur influence auprès du gouvernement.
Le commerce des fourrures attira, tout de suite, l’attention de ces commerçants de la première heure. Ce commerce avait été l’objet d’un monopole fort payant sous le régime français. Il venait d’être déclaré libre et chacun pouvait trafiquer avec les sauvages. Le gouverneur avait cependant loué, en 1764, le domaine du roi, comprenant les postes de Tadoussac et de Chicoutimi, à deux marchands de Québec: MM. Thomas Dunn et John Gray. Les autres, à la tête desquels était Joseph Howard, protestèrent contre leur exclusion de ces postes. L’affaire fut portée devant le Conseil privé qui, en 1767, confirma le privilège de Dunn et de Gray.
Par suite de la dépression considérable que subit le commerce des pelleteries, pendant la rébellion de Pontiac, plusieurs marchands furent ruinés et durent aller chercher fortune ailleurs.
La compétition existant entre les trafiquants français du Mississipi et les trafiquants anglais des postes des grands lacs, les exactions commises de part et d’autre avaient été la grande cause de la révolte des sauvages, en 1766.L’absence de toute juridiction civile dans ces postes rendait fort difficile la répression des crimes, et l’on pouvait s’attendre, à
(1) Voir chapitre V, page. 48.
(2) Pétition des commerçants de Québec, D. C. H. C. (1759-1791), p. 204.
COMMERCE, INDUSTRIE ET AGRICULTURE
chaque instant, à la reprise des hostilités. Afin d’éviter, autant que possible, les causes de conflit, il fut statué’ 1767, que chaque trafiquant devrait se munir d’un permis, et que la traite avec les sauvages ne se ferait qu’aux postes de Niagara, de Détroit et de Michilimakinak.
Les marchands de Québec et de Montréal, qui ravitaillaient les postes de l’intérieur, se plaignaient de ces restrictions ; ils trouvaient étrange qu’on refusât à leurs associés d’aller à la rencontre des sauvages, comme la chose se pratiquait autrefois, et ajoutaient que, malgré la défense du gouverneur, il y avait au loin dans l’intérieur du pays des trafiquants non licenciés. Si on refusait , disaient-ils, à leurs engagés de se rendre aux postes éloignés, les commerçants français détourneraient bientôt tout le commerce des fourrures de la route du Saint-Laurent (1). Lord Shelburne ne pouvait s’expliquer la raison des désordres existant dans les établissements de l’intérieur, ni pourquoi il fallait tant de règlements pour le commerce des fourrures, car, il est, disait-il, de la nature du commerce de se régler par lui-même. Il recommandait à Carleton de réprimer vigoureusement les abus (2).
Malgré les efforts de Carleton, le commerce des fourrures périclitait ; les trafiquants démoralisés refusaient de rembourser les marchands. Afin d’échapper à la ruine qui les menaçaient, ceux-ci demandèrent aux membres du Conseil législatif de passer de nouveaux règlements pour le commerce des pays d’en-haut, et de rétablir le libre exercice de la traite (3).
Leur pétition fut transmise aux lords du commerce et des plantations. L’on discutait alors en Angleterre la question d’un changement dans la forme du gouvernement au Canada. L’Acte de Québec s’élaborait. Les marchands durent se résigner à attendre. Voyant qu’on ne donnait aucun signe de vie, ils revinrent à la charge. L’institution d’une Chambre d’assemblée était toujours leur principale préoccupation, mais ils désiraient aussi voir le commerce des fourrures reprendre son ancienne activité. C’est pourquoi, dans le
(1) Carleton à Shelburne, 28 mars 1767, arc. can. Q 4, p. 111.
(2) Shelburne à Carleton, 20 juin 1767, arc. can. Q 4, p. 129.
(3) Minutes du Conseil, 5 et 24 avril 1769. arc. can. Q 6, pp. 82-83.