CHAPITRE XIII
richesses pour l’Angleterre, si l’on permettait aux Canadiens de s’y livrer et de former des établissements dans le golfe.
Depuis longtemps, déjà, des armateurs de Québec avaient établi des postes de pêche sur la côte du Labrador. On y faisait surtout la chasse aux loups-marins. De date immémoriale, aussi, des Français se livraient à la pêche de la baleine et de la morue dans le golfe Saint-Laurent. Le traité de Paris, en 1763, laissa aux sujets du roi de France, la liberté de pêcher dans le golfe, mais il leur fut défendu d’y former des établissements sédentaires sur la côte, et, afin de les en empêcher, le gouverneur de Terreneuve, sir Hugh Pelliser, reçut l’ordre d’exercer une surveillance active contre la contrebande. Le gouverneur ne se contenta pas de chasser les Français des côtes du Labrador, il voulut aussi en chasser les Canadiens qui s’y étaient établis avant la cession. Des froissements en résultèrent (l), et Carleton ne craignait pas d’écrire à lord Shelburne que c’était un acte de mauvaise politique que d’empêcher les Canadiens de continuer une industrie qu’ils pratiquaient depuis une centaine d’années (2) Carleton, en parlant ainsi, avait surtout en vue les réclamations du sieur Jean Taché, au sujet du poste de Saint-Modeste, dans le détroit de Belle-Isle. C’est afin de donner une solution à toutes ces difficultés, et une protection efficace aux marchands intéressés dans le commerce des fourrures et dans les pêcheries du Labrador, que le Canada fut rétabli dans ses anciennes limites, par l’Acte de Québec, en 1774. Ce que l’on voulait, en élargissant les horizons canadiens, c’était protéger le commerce et le rendre fructueux pour la métropole.
Ce commerce restait d’ailleurs soumis aux Actes de navigation alors en vigueur dans la Grande-Bretagne. Nous avons vu jusqu’à quel point les relations commerciales des colonies entre elles et les pays étrangers étaient restreintes par ces Actes (3). Non-seulement tous les produits importés ou exportés devaient l’être sur des navires construits dans les
(1) Pétition des marchands de Québec à Murray, demandant d’être dédommagés de la perte subie par l'ordre du gouverneur Pelliser au sujet de la pêche du Labrador. 1er novembre 1765, arc. can. C. O. 42, vol. 5, p.
(2) Carleton à Shelburne, 24 novembre 1767, arc. can. Q 5-1, p. 253.
(3) Voir : Introduction, p.
COMMERCE, INDUSTRIE ET AGRICULTURE
possessions britanniques, mais, en outre, toutes les marchandises européennes ne pouvaient être transportées aux colonies, et viee-versa, qu’en passant par un port britannique.
Le Canada fut placé sous le contrôle des lords du commerce et des plantations, et le gouverneur dut prêter le serment “ de faire tous ses efforts pour mettre en vigueur les lois nombreuses qui concernaient le commerce et les plantations (1) Les instructions relatives au commerce et à la navigation données à Carleton, en 1774, renferment un état complet des lois votées par le parlement britannique à ce sujet. Il lui était enjoint de les faire observer rigoureusement (2).
Le Canada devait nécessairement, en matière de commerce, être mis sur le même pied que les autres colonies de l’Angleterre, et contribuer, lui aussi, au développement de la puissance commerciale de la métropole. Il fallait avant tout le rendre productif. C’est justement ce qu’exposait l’avocat général Marriott, dans le rapport auquel nous avons déjà fait allusion.
Les grandes lignes, écrivait-il, de l'union du Canada au royaume de la Grande-Bretagne sont tracées, dès maintenant, en vertu de la conquête . . . L’on cultive les terres avec plus de soin et le goût pour le commerce (inconnu auparavant) s’accentue de jour en jour. Les établissements reculés se développent, et les habitants de New-York et du Canada se rapprochent de plus en plus. Quelques familles françaises qui n’aimapient as la manière d’agir des anglais et un grand nombre des premiers colons anglais établis à Québec ont quitté la colonie. Plusieurs de ces colons n’étaient que des aventuriers sortis d’Angleterre, d’ Écosse ou d’Irlande pour des fins de spéculation, ou des commissionnaires pour des marchands importants de Londres ou d’ailleurs, qui, après avoir encombré le marché, trouvèrent que leur commerce ne répondait pas aux espérances hardies que ces premiers arrivés avaient conçues ou s’aperçurent qu’un gouvernement militaire déployait trop de vigueur pour l’avantage et la sécurité du commerce. Ils sont remplacés tous les jours par une autre catégorie de sujets, savoir : par des officiers anglais de l’armée et de la marine et des marchands vérita-
(1) Commission de capitaine général et gouverneur en chef de la province de Québec, 21 novembre 1764. D. C. H. C. (1759-1791), p. 197.
(2) D. C. H. C. (1759-1791), pp. 606-623.