‹ La colonisation de la province de Québec (volume 2)Chapitre 92 sur 182 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

blés. Une fonderie de fer considérable a été établie (les forges de Saint-Maurice), des entrepôts sont érigés. L'installation d’une distillerie a coûté seule cinq cents louis et une telle quantité de propriétés foncières a été achetée des Canadiens par les Anglais, que quelques unes des principales seigneuries sont aujourd’hui en la possession de ces derniers. Sans compter les troupes, il y a actuellement dans la colonie deux ou trois mille colons nés sujets britanniques. Le nombre et l’influence de ces derniers augmenteront tous les ans avec le développement du commerce, si les lois sont bien faites et mises à exécution, avec des amendements, et s’il est possible de s’exempter d’un gouvernement militaire ou de le contrôler. En effet, malgré l’indolence naturelle et l’ignorance du peuple ainsi que sa présente pauvreté, malgré les prétendues difficultés au sujet de la navigation de la rivière Saint- Laurent dans tous les temps, à cause des récifs et des bancs de sable, difflcultées amplifiées par l’inexpérience ou la politique des Français ; et malgré les six mois au moins pendant lesquels cette rivière est fermée à la navigation par les glaces, lorsque nous considérons l’augmentation prodigieuse de la population, l’excessive fertilité du district de Montréal, la salubrité de l’atmosphère et les vastes forêts du Canada capables d’alimenter nos chantiers maritimes et de fournir du bois de construction aux Indes Occidentales et à la mère patrie, lorsque nous considérons les profits à retirer de l’élevage des bêtes à cornes, des moutons, des chevaux, des cochons, et ceux qui peuvent être réalisés avec la laine, les graines, le chanvre, le lin, les fourrures, la potasse, le fer, etc., de même que la situation du fleuve Saint-Laurent si propre à la pêche et à la formation d’un nouvel essaim de navigateurs — toutes choses auxquelles le gouvernement français, absorbé entièrement par des opérations militaires, accorda peu d’attention — il est raisonnable de croire que ces avantages concourront à faire de Québec, avec le temps, le Petersbourg de l'Amérique du Nord (1).

La liquidation des lettres de change françaises et des ordonnances de Bigot avait causé la ruine de la plupart des négociants de l’ancien régime. Aussi, les marchands qui arrivèrent dans le pays au lendemain de la conquête n’eurent pas de peine à accaparer le commerce de gros et de détail. Us arrivaient avec des capitaux et avaient de bons fournisseurs de l’autre côté de l’océan. On importait d’Angleterre

(1) Rapport de l'avocat général Marriott sur un code des lois pour la province de Québec. Londres, 1774, D. C. H. C. (1759-1791), pp. 438-439.

COMMERCE, INDUSTRIE ET AGRICULTURE

tous les produits manufacturés ; mais ces objets nepouvaient s’écouler, pour ainsi dire, que parmi la population des villes de Québec et de Montréal. Carleton écrivait à Hillsborough que le haut prix des marchandises, durant les dernières années du régime français, avait forcé le peuple à se pourvoir par lui-même. Les gens de la campagne fabriquaient de leurs mains une partie de leurs vêtements, et un bon tiers de la population s’habillait par sa propre industrie. Les casquettes et les couvertes étaient cependant de provenance anglaise. Le cuir venait des colonies voisines. Celui qu on préparait dans la colonie était de qualité inférieure, tandis que le cuir importé d’Angleterre était trop fin et d’un prix trop élevé pour être acheté par des paysans (l). On sait qu un des buts de la politique commerciale de l’Angleterre était d’empêcher le développement de l’industrie manufacturière dans ses colonies. Aussi, lord Hillsborough fut-il fort surpris d’apprendre que la fabrication de la toile et des lainages avaient pris une telle expansion dans le pays. Il ne croyait pas, cependant, que la prohibition fût une bonne mesure. Il recommandait à Carleton de tâcher de supplanter cette industrie en donnant la préférence à d’autres qui seraient moins nuisibles au commerce de la Grande-Bretagne (2) . Carleton lui écrivit qu’il faudrait encourager davantage la culture du lin et du chanvre ; les habitants ne tarderaient pas à mettre ces deux produits sur le marché anglais, et, avec l’argent qu’ils en retireraient, ils achèteraient des étoffes anglaises bien préférables aux étoffes du pays. L’idée avait du bon, et Carleton y revient souvent dans sa correspondance, mais ce ne fut qu’en 1790, que les lords du commerce lui donnèrent une réalisation pratique, en approuvant 1 envoi au Canada de 2,000 boisseaux de graines de chanvre pour être distribuées parmi les habitants (3). L’année suivante, un russe, M. Reichel, vint au Canada, avec la mission d’enseigner aux cultivateurs la manière de cultiver et de préparer le lin (4) .

£Laoût 1768' RaPP°rt sur les manufactures, arc. can. Q pp. 7o(J-7oo. ^

(2) Hillsborough à Carleton, 15 novembre 1768, arc. can O

(3) Gren ville à Dorchester, 5 septembre 1790 arc. can. Q 45-2 D

(4) Grenville a Dorchester, 7 mars 1791 arc. can. Q 50-2, p. 7.

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