‹ La colonisation de la province de QuébecChapitre 112 sur 197 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

arrivée, Prévost le remercia de ses services comme secrétaire

Ryland comprit que son rôle était fini, et que lui et la coterie qui l’entourait devaient rentrer dans l’ombre (1).

D’ailleurs, des événements graves appelaient l’attention d’un autre côté et allaient imposer une trêve bienfaisante aux querelles de parti. Le dix-huit juin 1812, le congrès américain déclarait la guerre à la Grande-Bretagne. Du fait même, le Canada se trouvait en guerre. Sir Georges Prévost se mit en devoir d’organiser la défense. Il convoqua une session extraordinaire, au mois de juillet.

La Chambre répondit noblement à l’appel du gouverneur.

Elle vota l’émission de papier monnaie ou de billets d'armée, qui eurent une valeur légale dans toutes les transactions, et permirent de faire face aux dépenses de la guerre. On en émit pour une valeur approximative de $4,820,000 ; le gouvernement les racheta en 1815.

Les milices s’organisèrent rapidement et, dès le commencement de septembre, des bataillons de jeunes Canadiens étaient échelonnés sur la frontière, depuis Yamaska jusqu’à Saint-Régis.

Mgr Plessis adressa (2) une circulaire aux curés pour les remercier, au nom du gouverneur, de l’assistance qu’ils lui avaient prêtée, tant pour la levée des milices que pour maintenir la subordination dans les rangs des nouvelles recrues.

Dans un mandement adressé à tous les diocésains à la fin d’octobre 1812, il ordonnait des prières publiques pour le succès de nos armées. Ces demandes de prières publiques furent renouvelées plusieurs fois pendant le cours de la guerre (3).

Sir Georges Prévost ne manqua pas de reconnaître les services rendus par l’évêque Plessis ; il écrivait (4) à lord Bathurst que celui-ci lui avait prêté le concours le plus cordial et le plus empressé pour la réalisation des vues du

(1) Ryland conserva sa position de secrétaire du Conseil exécutif et vécut longtemps à Beauport, estimé de ses voisins canadiens. C’est là qu’il décéda, le 20 juillet 1838, à l’âge de 78 ans.

1,2) Mand. des év. de Québec, v. 111, p. 93.

(3) Ibidem, p. 94-101-105-109.

(4) Prévost à Bathurst. 18 novembre 1812. Arc. can. Q. 119, p. 33.

gouvernement ; il attribuait en grande partie à l’influence du clergé catholique la prompte obéissance des milices, et la facilité avec laquelle les billets d’armée avaient été mis en circulation. C’est ainsi que les Canadiens répondaient aux accusations de déloyauté portées contre eux ; la religion catholique leur avait appris à rester fidèles à leur drapeau et à défendre le sol de la patrie. D’ailleurs, c’était dans les traditions de ceux que le député de Québec, l’avocat Andrew Stuart, devait proclamer , en pleine Chambre, un peuple de gentilshommes (1). Les Américains tentèrent d’envahir le Canada, mais battus, dans l’automne de 1813 à Châteauguay et à Christler’s Farm, ils durent retraiter.

Vers la fin de l’année 1814, l’Angleterre, victorieuse de Napoléon, put expédier en Amérique des troupes nombreuses qui parvinrent à vaincre la résistance des armées américaines.

La paix fut signée, à Gand, le 24 décembre 1814. Le traité conclu entre l’ Angleterre et les États-Unis stipulait la restitution réciproque de toutes les conquêtes. On abandonnait à un règlement ultérieur la question des frontières du Canada et du Nouveau-Brunswick.

Pendant toute la durée de son administration, sir George Prévost travailla à rétablir l’harmonie entre les différentes branches de la Législature. Il usa d’un grand esprit de conciliation envers la Chambre d’assemblée, surtout dans la question de Y impeachment, et lors de la mise en accusation des juges Sewell et Monk, durant la session de 1814. Il écrivait à lord Bathurst (2) que la mésintelligence entre le Conseil législatif et l’Assemblée provenait de questions de privilège et était d’une nature personnelle. Vu la faiblesse du parti anglais, il croyait qu’il fallait compter avec la majorité et gagner ses bonnes grâces.

C’est la politique qu’on aurait dû toujours suivre, ajoutait-il.

En prorogeant la première session du huitième parlement, le 25 mars 1815, Prévost annonça qu’il était rappelé en Angleterre, pour se défendre des accusations portées contre lui par le commodore anglais Yeo. Les Canadiens de Québec

(,1) P. -G. Ro\ : Les -petites choses de notre histoire, 2e série, p. 213. (2) 4 septembre 1814. (Confidentielle). Arc. can. Q. 128-1, p. 308.

Page 1