‹ La colonisation de la province de QuébecChapitre 111 sur 197 · CHAPiTRE XHI · texte numérisé non relu

CHAPiTRE XHI

avec une satisfaction particulière celle qui rendait les juges inéligibles. “ Non seulement, observait-il, je crois la mesure bonne en soi, mais j’en regarde l’adoption comme une entière renonciation à un principe erroné qui m’a mis, pour le suivre, dans la nécessité de dissoudre le dernier parlement.” Puis il faisait appel à la concorde, déclarant que la différence de religion ne devait pas être une cause de désunion, car, disait-il, l’intolérance n’est plus de saison. “ J’ai sincèrement ce sujet à cœur, ajoutait-il, c’est là le dernier legs de celui qui vous parle, et s’il vit assez longtemps pour revoir son souverain, il se présentera devant lui avec la certitude de recevoir son approbation s’il pouvait lui dire: “Sire, j’ai trouvé les sujets que vous m’aviez confiés se regardant avec jalousie et défiance et animés d’intérêts divers; je les ai laissés cordialement unis.”

Ce discours de prorogation, qui était en même temps un discours d’adieu, îendiit un son étrange chez l’homme qui avait été le principal instrument de la désunion. Et cependant Craig était sincère, il croyait avoir travaillé à établir la paix dans le pays. En cela il s’illusionnait ; il avait manqué de tact et de perspicacité, et n’avait pas été à la hauteur de la situation. Le pays avait besoin, dans le moment, d’un homme habile, d’un diplomate à l’esprit conciliant et au jugement sûr; on nous avait envoyé un militaire cassant, imbu des préjugés de l’école tory du temps, complètement ignorant de notre histoiie, et par dessus tout, malade et incapable d’un effort soutenu.

C’était, dit Bédard, un homme à la physionomie agréable, au port imposant, au maintien mâle et plein de dignité. Sociable, poli, affable, il était néanmoins opiniâtre, tranchant, et surtout irritable; c’est ce mélange de qualités et de défauts qui fut la cause de ses égarements (1). Il quitta Québec, le 9 juin 1811, au milieu des acclamations de la population anglaise, qui traîna son carrosse jusqu’à l’embarcadère de r Amélia, qui le ramena en Anglel erre, où il décéda au mois de janvier 1812.

Son successeur, sir George Prévost, arriva à Québec, le 13 septembre 1811. C’était un militaire qui avait servi avec

(1) Bédard, Hist. de cinq, ans, p. 112.

distinction dans les Antilles anglaises et occupé la position de lieutenant-gouverneur de la Nouvelle-Écosse, depuis 1808. Fils de l’ancien général Prévost, qui avait combattu aux côtés de Wolfe, à la bataille des Plaines, il était bien l’homme qu’il fallait pour calmer les esprits et rétablir la confiance entre les deux races. Sa langue maternelle était le français, cela lui gagna tout de suite les bonnes grâces des Canadiens. Son premier soin, en arrivant, fut de visiter les principaux centres de la province, afin de se rendre compte par lui-même de l’état des esprits. Il fut frappé du prestige dont jouissait le clergé auprès de la population, et comprit que ce serait un acte de bonne politique que d’obtenir de la métropole la reconnaissance officielle de l’évêque catholique de Québec (1).

Prévost rétablissait en même temps dans leurs fonctions les officiers de milice destitués par Craig, et nommait Pierre Bédard juge aux Trois-Rivières. Enfin, il s’occupa de réorganiser le Conseil exécutif et le Conseil législatif (2).

Au mois de février 1812, Prévost ouvrit la session ; la Chambre vota plusieurs amendements à la loi des suspects. Elle décréta une enquête sur l’administration de Craig, amenda la loi de milice et autorisa le gouverneur à lever les miliciens, non-mariés, de 18 à 25 ans.

Ryland revint à Québec dans le mois de juillet 1812, avec le titre de conseiller législatif, que Craig avait sollicité pour lui, mais ayant éprouvé un échec complet dans sa mission. Une autre disgrâce l’attendait ; quelques jours après son

(1) Prévost à Ryland, 7 novembre 1811. Christie, Hi.it. of L. C. v. VI p. 281.

(2) A l’arrivée de Sir Georges Prévost, les membres du Conseil exécutif étaient : le juge en chef Jonathan Sewell, le lord évêque Mountain, Thomas Dunn, Paul-Roch de Samt-Ours, François Baby, James McGill, le jugeMonk.le juge de Bonne, John Young, Jenkin Williams, John Craigie, Pierre-Louis Panet, John Richardson et James Irvine.

Les membres du Conseil législatif étaient : Le juge en chef Sewell, le lord évêque Mountain, Thomas Dunn, Paul-Roc de Saint-Ours, François Baby, Sir George Pownal, R. -A. de Boucherville, William Osgoode, Chartier de Lotbinière, Jenkin Williams, John Haie, Charles de Saint-Ours etAnt. Duchesnay.

Prévost fit nommer au Conseil exécutif, Antoine-Juchereau Duchesnay, James Kerr, Ross Cuthbert, Michael Henry Percival, John Muir, Olivier Perrault et Wm. Batchelor Colman ; au Conseil législatif : Jean-Baptiste Hertel de Rouville, John Caldwell, Ignace Aubert de Gaspé, James Cuthbert, Charles-Gaspard de Lanaudière, Jacques Perrault et Charles William Grant.

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