‹ La colonisation de la province de QuébecChapitre 167 sur 197 · RÉPONSES AUX QUESTIONS PROPOSÉES PAR MESSIEURS LES · texte numérisé non relu

RÉPONSES AUX QUESTIONS PROPOSÉES PAR MESSIEURS LES

Emigrants français

Le Climat. — Le climat du Canada est sain, les chaleurs d’été n’y sont point excessives. Quelquefois, mais non pas tous les ans, on y sent de grandes chaleurs, mais pendant peu de jours. L’automne n’y est pas bien désagréable à quelques jours près. Les froids y commencent vers les piemiers jours de décembre ; alors le temps devient clair et dur même tout l’hiver. Le froid, à terme moyen, est de quinze à vingt degrés suivant Réaumur. On voyage promptement en hiver, en se mettant à l’abri du froid, ce qui est aisé. On a même remarqué qu’en général les Européens supportaient mieux les premiers froids de l’automne que les natifs du pays.

Les Terres. — Les terres du Bas-Canada sont en général de valeur médiocre, quoiqu’il s’en trouve de très fertiles et de très stériles, comme dans les autres pays du monde. En général, les terres nouvelles produisent de quinze à vingt minots pour un. Les anciennes de huit à dix pour un de blé. Les v ieilles terres peuvent produire vingt à vingt-cinq minots de pois par an. Les nouvelles, beaucoup moins, suivant que les années sont sèches ou pluvieuses, suivant le terrain. Une nouvelle terre peut conserver sa vigueur pendant vingt ans, avec un soin ordinaire, beaucoup plus avec un soin particulier.

Les Bois. — Les Dois qui poussent spontanément dans les terres du Bas- Canada sont le hêtre, le merisier, la plaine, l’érable, la pérus^e (.pruche), l’épinette rouge et blanche, le bouleau, le cèdre, le fresne, le peuplier. 11 y pousse très peu de chêne, et il esc très petit. Les bois les plus aisés à détruire sont le hêtre, le merisier, l’érable, le bouleau et le peuplier. Et les plus difficiles sont les autres espèces susnommées parce que les racines sont plus longues à pourrir ; et les terres où les bois sont plus aisés à détruire, sont ordinairement plus fertiles.

Pour défricher une terre, on abat le bois avec une hache. On le met en espèce de mule pour le briller, ce qui prépare la terre à être piochée pour en tirer les racines. Cette terre ainsi piochée se sème ordinairement deux ans de suite ; c t, apres les récolte», vous y mettez force animaux. On suit à peu près la même méthode dans toutes les campagnes ; c’est celle qui a paru jusqu à présent la meilleure.

Un arpent de terre prête à semer, avant néanmoins d’y passer la charrue, coûtera 18 à 20 lbs, selon les endroits. Ensuite pour réduire ce même arpent de terre à la charrue, il faudra de 15 à 18 lbs.

Un homme ordinaire bûche dans l’hiver dix cordes de bois par semaine : et en mars et avril, douze ou treize cordes. Cet homme coûte 26 à 30 sois par jour, et doit être nourri pour bûcher jusqu’en mars et avril. On peut ajouter un tiers de plus pour le bois mou, épinette, pruche, plaine, fresne, etc.

I ne terr. en bois debout ne coûte rien que le coût et le procès-verbal. Quelques seigneurs donnent un an, deux et trois ans sans payer de rente. Il faut à un nouveau cultivateur d’abord du courage, des houes, haches, une charrue garnie, de 36 à 40 lbs, une herse de 30 à 40 sous, à dents de bois. Une herse à

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dents de fer coûtera de 30 a 40 frs. 11 faut des animaux en plus grand nombre à mesure que la terre avance. On en verra ci-après. On peut avoir un homme capable de faire de la terre à 150 lbs ou 160 Ibs ou encore à 180 lbs. Bien entendu qu'il soit nourri à la maison. On trouvera aisément des hommes en les payant et en les nourrissant bien. Surtout il faut que l’œil du maître y soit.

Une servante en campagne coûtera 80 lbs et sera nourrie. Souvent il faut la fournir de souliers outre ses gages. Une paire de bœufs de charroi, de 3 à 4 ans, coûtera de 140 à 180 lbs.

Un cheval de travail coûtera de 100 à 150 lbs. Un porc d’un an, maigre, coûtera de 15 à 20 frs. Un petit porc d’un mois vaut de 20 à 40 sous. Les volailles ne s'achètent pas pour la campagne ou s'achètent pour peu de chose ordinairement. Les femmes échangent les poulets pour autres choses. Sur les marchés elles coûtent de 20 à 30 sous 1? couple. Une bonne vache coûte de 48 à 60 lbs. L’avoine, année courante, vaut de 20 à 24 sous le minot. Le foin, je l’ai vu vendre de 24 à 36 lbs. La paille coûte ordinairement le tiers du foin. Les pois et le blé de 4 à 5 lbs. Lin cheval de travail, à la campagne, consomme 300 bottes de foin et 25 minots d’a- oine. Un bœuf peut hiverner avec 400 bottes de paille et 50 bottes de foin. Le bois d charpente équarri vaut à la campagne environ 2 sous ; en ville de 3 à 6 sous. La planche, des meilleurs pins du pays, de dix pouces sur dix pieds, coûte de 40 à 50 frs le cent. Le cent de pin inférieur, de 10 à 30 frs, l’épinette de 12 à 20 frs..

Le fer d’Europe coûte 33 à 36 lbs, celui du pays de 24 à 30. La chaux coûte, suivant les endroits d’où elle sort, de 30 sous à 3 francs la barrique. La pierre, à Québec, la commune (la toise quarrée) coûte 12 lbs, la belle, 18 lbs, à Montréal, à peu près le même prix. La maçonnerie de pierre commune, de 20 à 24 lbs la toise, de bonne pierre, de 24 à 28 lbs. Un bon maçon en campagne, de 4 lbs à 4 lbs 16, à la ville 6 lbs. Un compagnon, en campagne gagne 3 lbs et en ville, de 3 à 4 lbs. Le bois de chauffage à la campagne ne coûte que les gages du bûcheron et le charroi. Si on fait défricher de la terre, il n’y a plus qu’à le charrover en ville, il coûte 4 lbs à 6 lbs, 12 sous. Le pain de fleur coûte de 2 à 3 sous la livre, la farine entière, 2 lbs, le bœuf de 4 à 7 sous, le veau de 7 à 8 ,1e mouton de 6 à 10.

Loyer. — En temps de paix, une famille peut se loger décemment pour 600 a 800 francs. En temps de guerre, on peut ajouter 33 ou 50 pour cent, et peutêtre plus, le prix des loyers devenant alors fort précaire.

Fermage. — Les conditions les plus ordinaires du fermage de terre sont les suivantes : Le propriétaire fournit les animaux, les écroits se divisent par moitié et les autres revenus de même. Les semences se fournissent aussi par moitié. Les terres neuves, les nouveaux fossés, les nouvelles clôtures se font aux frai» du propriétaire. Pour pouvoir affermer une terre à prix d’argent avec quelque avantage, ou au moins pour ne pas s’exposer à être dupe, il faudrait avoir eu quelque épreuve ou essai de la terre, sans quoi on courrait toujours des risques.

Culture. — Le genre de culture le plus fructueux dans cette partie ne peut se connaître que suivant la distance des villes où se trouvent les terres. Sur une terre près des villes, je préférerais beaucoup de foin, un peu d’avome et point de blé, parce que le foin et l’avoine y sont toujours d'un assez bon prix et que le blé qui pousse auprès des villes n’a point un meilleur prix que tout autre.

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et que le prix du foin et de l’avoine ne dédommage pas des frais de transport loin des villes. A une distance moyenne des villes, je voudrais y faire du grain et de l’avoine pour vendre et pour y élever des animaux pour éviter d’avoir trop besoin du secours des villes, qui coûte toujours beaucoup à un cultivateur.

On peut partout trouver, surtout actuellement, des terres en état de culture ou à demi défrichées, en prenant les moyens connus aux personnes nées dans le pays, qui connaissent les vrais moments et la maniéré dont il faut se servir des biens-fonds, quand ils sont à bas pris et qut les espèces sont rares.

Prix des terres. — Dans ie gouvernement de Québec, le prix des terres est de mille à quinze cents livres l’arpent de front, sur quarante de profondeur, les bâtiments compris. Près de la ville, on pourrait dire deux mille francs l’arpent, dans le gouvernement de Montréal, le luxe y ayant plus d'empire, et par conséquent ruiné plus de monde, il s’est trouvé jusqu’à présent, des terres plus fertiles au même prix, même à meilleur compte. Peut-être s’en trouverait-il encore quelques-unes, mais on ne pourrait les acheter que par décret, pour faire des acquisitions sûres. Quand je parle de mille à quinze cents francs par arpent, je parle de terres piétés à faire vivre leurs propriétaires, car on peut trouver à beaucoup moindre prix des terres moins avancées.

Prendre une terre en bois debout ou une terre défrichée, dépend de beaucoup des circonstances qu’on peut plutôt prévoir que décider. Si un homme a peu ou beaucoup d’argent, a de grands garçons ou non, s'ils ont ou n’ont point de goût pour l'agriculture, la maniern dont ils ont été élevés, le plus ou moins de nécessité, le plus ou moins de courage, d’énergie et de santé, l’habitude qu’une personne a ou n’a pas eue à l’agriculture, toutes circonstances que l’on peut peser sur les réponses des autres parts, par exemple sur le climat, sur la manière de cultiver, etc.

Concessions. — Lequel est préférable : de prendre des terres du gouvernement ou bien des fiefs dans les seigneuries ?

A cette question, t. Ile qu’on la pose, je me contenterai de détailler les conditions de chacune de ces espèces de concessions.

Le gouvernement ne vous concédé pas moins de douze cents arpents en superficie, à condition que vous paierez la moitié des frais du mesurage, et cette moitié coûte £l5, ou 260 lbs et plus. Vous êtes obligé d’avoir un certain nombre d’hommes pour établir cette partie de terre, bonne ou non. De cette partie de terre le gouvernement se réserve un septième pour l’usage du roi, et un autre septième pour l’usage du clergé anglican, de sorte que réellement vous n’avez que cinq septième encore indivis ; et, si vous faites travailler, vous ne savez si vous faites travailler pour vous, ou pour le roi, ou pour le clergé protestant. A cette condition vous ne pavez aucune rente annuelle ou autre.

Concession par les seigneurs du pays :

Un seigneur vous concédera une terre de trois arpents sur trente ou quarante arpents de profondeur quelquefois un an, deux ans et même plus, sans payer aucun droit. Le contrat et le procès-verbal coûteront 17 lbs à 18 lbs, aux conditions ordinaires suivantes : de payer 8 lbs 10 sous à 14 lbs 16 sous de rente par an, à charge de lods et ventes que votre acquéreur paiera ; de moudre au moulin banal le blé de votre consommation, sans être obligé d’attendre plus de deux fois vingt-quatre heures au moulin ; de donner du découvert aux voisins

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de tenir fen et lieu sur votre terre, dans l’an et jour, clause sur laquelle on n’est pas strict, tout obligeant d'y fermer les yeux. Enfin, le seigneur se réserve le droit de retrait, en cas de vente. Rarement les seigneurs de ce pays, si humains en tout, font usage de ce droit, si ce n'est dans le cas où ils se croient trompés par un faux prix de vente, ou dans le cas de vrai besoin de la terre de la part du seigneur. On peut, sur ces deux manières de concéder, former son opinion et prendre son parti. Trahit sua quemque voluptas.

Je crois, et il est évident que les terres près des villes, surtout les terres à foin, sont d'une plus grande valeur à cause de la facilité du commerce des denrées, i^s femmes peuvent venir sur les marchés et vendre leurs denrées; et les hommes lie discontinuent pas leurs travaux, et, comme on l’a déjà observé, les foins se vendent bien sars beaucoup déranger le cultivateur. Souvent mè ne on va, pour une petite différence, acheter le foin chez eux. En général, les habitants près des villes, pour peu qu’ils soient industrieux, sont aisés, quelques-uns même ont des propriétés dans la ville.

On a déjà vu en général le produit des semences dans ce pays. Quant à leur conversion en argent, le commerce de blé augmentant, on peut raisonnablement se flattei que les travaux sont assez largement récompensés, si l’économie et l’assiduité accompagnent toujours le cultivateur.

En général, si l’homme est industrieux et laborieux, entend l'agriculture, et ait soin de sa terre et du dehors de sa maison, surtout qu’il ne soit pas adonné à la boisson, et que sa femme, de son côté, soit industrieuse et assidue, comme aussi laborieuse, qu’elle s’entende à élever de petits animaux, je puis prévoir qu’ils seront bientôt les heureux du pays ; j'en vois tant d’exemples que je ne puis que me livrer à l’évidencr.

J’aurais désiré que mes occupations m’eussent permis de répondre plus au long aux questions qu’on m’a fait l’honneur de me poser. Je 1 aurais fait avec tout le zèle possible.

Je souhaite que tout ce que je viens de détailler puisse être de quelque utilité à ces messieurs et leur donne au moins une idée, quoique bien générale du pays.

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