CHAPITRE V
Il travailla de toutes ses forces à ramener dans le pays l’ordre et la tranquillité. En ouvrant la troisième session du premier parlement, le 5 janvier 1795, il remercia les membres des deux Chambres du zèle qu’ils avaient déployé, à la dernière session, pour pourvoir à la tranquillité intérieure de la province, ainsi qu’à sa défense contre toute tentative du dehors. Ce zèle de votre part, ajoutait-il, ne me permet pas de douter que vous ne persévériez dans cette louable vigilance, tant que nous serons menacés de la guerre, ou d’un fléau pire que la guerre : je veux dire le nouveau système de politique insidieuse et fourbe, imaginé pour séduire le peuple, et le rendre l’instrument de son malheur et de sa destruction.
A la prorogation de la législature, le 7 mai 1795, il demanda encore aux membres de réassemblée de travailler à faire comprendre au peuple les immenses avantages qui résultent des habitudes d’ordre, de travail et de sobriété, lesquelles tendent à procurer le bien-être de tous et la prospérité générale de la province.
C’étaient là des paroles sages, et dignes de l’homme d'état, qui les prononçait.
En 1794, les récoltes ayant été bien mauvaises, Dorchester, suivant les instructions reçues, fit publier une proclamation défendant l’exportation des blés, des farines de blé et des pois à tous pays autres que la Grande-Bretagne et les autres Etats du roi (1). La situation n’était guère plus rassurante, à l’automne de 1795. Dans une enquête faite dans la province, on constata que le rendement du blé, dans trente-neuf paroisses, n’allait pas en moyenne aux sept douzièmes du produit de l’année précédente, dans les mêmes paroisses. On estimait qu'il restait dans la province, tout au plus 25,000 minots de blé et de 2,000 à 3,000 barils de farine ; lord Dorchester lança, le 19 septembre, une nouvelle proclamation, prohibant l'exportation des blés et de la farine, jusqu’au 10 décembre (2). A l’ouverture de la quatrième session du parlement, le 20 novembre 1795, il déclara qu’en agissant ainsi, il avait voulu surtout préserver les habitants de la misère.
(1) Arc. can, Q. 72-1, p. 109.
(2) Arc. can. Q. 74-1, p. 164.
Dorchester était parvenu, après bien du travail, à régler les dernières difficultés qui avaient empêché, jusqu’à ce jour, l’émission des lettres patentes des concessions de terre. Le 2 février 1796, une proclamation, signée par le gouverneur, octroyait à Thomas Dunn et à ses associés, une étendue d’environ 45,714 acres de terre dans le canton de Dunham; 8,400 acres étaient réservées pour la couronne, et 8,400 acres pour le clergé. C’était la première concession de terres incultes de la couronne, faite d’après les dispositions de l’acte de 1791. Il avait fallu cinq longues années de discussions pour en arriver là. En annonçant cette bonne nouvelle au duc de Portland (1) Dorchester lui expédiait un état des dépenses encourues pour l’obtention des lettres patentes de ce canton. Elles se montaient à £327 17 7, ainsi réparties :
Pour la présentation des pétitions et pour l’obtention d’associés approuvés par le gouvernement . £ 30 0 0
Pour le tracé des lignes extérieures, pour la subdivision du canton en fermes et pour le lotissement
des réserves du clergé et de la couronne . 145 0 0
Pour les droits d’actes des lettres patentes et un octroi d’environ 45,714 acres à £3 6 8. par
1,000 acres . 152 1 7
Pour une copie des lettres patentes . 0 100
Lord Dorchester ajoutait que, dans le cas où les concessionnaires feraient tracer à leurs frais les lignes extérieures du canton, les dépenses seraient de £30 à 40, en plus.
La situation de Dorchester devenait de plus en plus pénible. Il était maintenant en lutte ouverte avec le juge en chef Osgoode, et quelques-uns des membres du Conseil.
Au duc de Portland, qui lui avait conseillé de défendre courageusement les droits du gouvernement (2), il répondait (3) que la désorganisation du commandement était
(1) 20 février 1796. Arc. can. Q. 75-1, p. 105. Nous avons mis à l’appendice VI, p. 332, la copie des lettres patentes accordées à Thomas Dunn et à ses associés. Les lettres patentes qui suivirent sont consignées dans les mêmes termes que celles-ci. Les originaux de ces lettres patentes faits sur papier parchemin sont conservés aux Archives de la province de Québec.
(2) Portland à Dorchester, 3 septembre 1795. Arc. can. Q. 72-73-2, p. 420.
(3) Dorchester à Portland, 11 juin 1796. Arc. can. Q. 75-2 p. 460.